Exploitation du pétrole en Île-de-France : « Il faut arrêter cet acharnement », supplient les écolos
Derrière le grillage, on aperçoit un chevalet basculer de haut en bas. Inlassablement, même le week-end, il vient pomper le pétrole piégé entre 1 500 m et 2 000 m de profondeur. Nous ne sommes ni aux États-Unis, ni aux Émirats arabes unis, mais bien à Itteville, en Essonne.
Car si, en 1976, Valéry Giscard d’Estaing lançait, « on n’a pas de pétrole, mais on a des idées », le Bassin parisien fait bien l’objet d’une exploitation continue d’hydrocarbures depuis plus de soixante ans. Avec plus 3 000 m de sédiments étendus sur 110 000 km carrés, il est même le plus large bassin sédimentaire de France.
Tout commence en 1958 avec la découverte de pétrole à Coulommes, en Seine-et-Marne. Puis d’autres viendront dans le département et celui de l’Essonne. Les sociétés Esso, Elf, Pétrorep se lancent alors dans l’aventure. Finalement, plus de 50 gisements sont découverts dans la région, deux mille puits sont forés permettant la production de 285 millions de barils de pétrole. En 2021, près de 60 % de la production française était issue de ce bassin. La Seine-et-Marne, qui compte actuellement 18 concessions, en fournit près de la moitié. Une goutte d’huile quand on sait que la France produit seulement… 1 % de sa consommation.
À Itteville, mille barils sont produits par jour
Il y a trente ans, ce sont près de 1,8 million de tonnes qui étaient extraites par an. Depuis, la source s’est asséchée. Les grands groupes pétroliers ont préféré quitter le navire, laissant la place au groupe Vermilion. Depuis 2012, cette société canadienne exploite notamment les quatre concessions de mines d’hydrocarbures implantées en Essonne, sur le secteur dit de La Croix-Blanche et sur les communes de Vert-le-Petit, Vert-le-Grand et Itteville.
La particularité de cette société est de reprendre des champs pétroliers conventionnels matures, c’est-à-dire qui sont exploités depuis plus de 20 ans, et de les remettre en production à des niveaux économiquement rentables.
En 2019, la société a sollicité l’État pour obtenir une prolongation jusqu’en 2040 de trois de ces concessions. Le maximum légal depuis la loi du 30 décembre 2017 visant à respecter l’engagement de la neutralité carbone à l’horizon 2050. Ce texte interdit toute prolongation de concession au-delà de cette date.
Une démarche similaire vient d’être lancée pour la 4e, celle d’Itteville, dont la concession doit prendre fin cette année. Répartie sur un périmètre de 46 km, l’exploitation compte 14 puits dont 8 sont encore producteurs d’huile de pétrole. Actuellement, « mille barils sont produits par jour », indique le département. Envoyé par canalisation vers les installations de la concession voisine de Vert-le-Grand, le pétrole brut est ensuite expédié par camions-citernes vers Le Havre pour raffinage.
« Pour 10 % de pétrole, ils puisent 90 % d’eau »
Et le groupe a encore des projets sur ce site. « Après avoir redynamisé la production et rénové les installations d’exploitation du gisement, Vermilion souhaite poursuivre l’exploitation de ce champ afin de produire le maximum possible des réserves prouvées et étudier les possibilités d’ajouter et produire des réserves additionnelles, à partir des infrastructures déjà existantes », peut-on lire dans le rapport de la consultation publique qui s’est terminée le 15 octobre dernier.
Ses dirigeants envisagent notamment de forer un nouveau puits injecteur à partir d’une des plates-formes existantes afin de maintenir la pression dans le réservoir et améliorer la production d’huile de pétrole. « Ce forage a été reporté à 2029 et pourra être envisagé dans un contexte économique favorable », précise la société dans un courriel en date du 7 septembre dernier.
Cette demande de prolongation fait bondir Christian Soubra, cosecrétaire d’Europe Ecologie-les Verts en Essonne. « Ces puits sont en fin de vie, il faut arrêter cet acharnement, estime-t-il. À Itteville, pour 10 % de pétrole, ils puisent 90 % d’eau. Les spécialistes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) estiment que pour éviter le réchauffement, il faut laisser dans le sol la moitié des réserves en énergie fossile. Sans parler des risques environnementaux. »
En mai 2015, une fuite sur une des collectes de production sur la concession pétrolière de Vert-le-Grand, a été détectée. Un mélange d’eau chaude et d’hydrocarbures s’est répandu sur 500 m2 dans un champ de blé et de colza de la commune de Leudeville. L’exploitant s’était alors engagé à dépolluer le site.
Une exploitation à 50 m d’une zone classée
« Le risque de pollution ou même d’explosion est très faible. Vermilion maîtrise la technologie, assure un géologue fraîchement à la retraite qui a travaillé sur ce Bassin parisien et qui préfère garder l’anonymat. On sait qu’il reste encore plein de champs pétroliers qui n’ont pas encore été exploités. Si Vermilion les trouve, on est reparti pour encore des années d’exploitation, sans prendre en compte les considérations écologiques actuelles. Ils vont forcément détruire des zones agricoles, et créer des nuisances au sol. Et ce qui va en sortir sera une goutte d’eau par rapport à la production mondiale. C’est pourquoi il faut passer à autre chose. »
Ce sont pour ces raisons que la municipalité d’Itteville s’oppose à ce projet. « Pour souhaiter ainsi garder ces puits ouverts, c’est que Vermilion a forcément une idée derrière la tête. On sait que cette zone géologique est intéressante. Ils espèrent peut-être un changement dans la loi autour de l’extraction du gaz de schiste, imagine Laëtitia Colonna, première adjointe. Ces puits ne sont pas au milieu du désert, mais à 50 m d’une zone classée Natura 2000, proche des points de captage de la nappe phréatique. Cette prolongation ne doit pas être validée. »
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