« Avec mon père, vous aviez le package complet : il était à la fois maître compositeur, politicien, critique de la société. La politique était indissociable de sa musique », pour le musicien Femi Kuti, croisé au démarrage de l’exposition parisienne consacrée à Fela Kuti (1938-1997).
Fela, saxophoniste, chanteur, créateur de l’afrobeat, cet hypnotique hybride de jazz, funk et musiques d’Afrique de l’Ouest, propulsé par des percussions yorubas. Depuis les années 2000, l’influence de cette musique n’a cessé d’infuser, tant en Afrique qu’en Occident.
Paul McCartney ou Brian Eno disent toute leur admiration dans une vidéo de l’exposition. Et une plus jeune génération s’est entichée de ses pulsations. Jusqu’à Chris Martin (Coldplay), qui a travaillé à l’élaboration d’un coffret de rééditions.
Vue de l’exposition consacrée à Fela Kuti à la Cité de la Musique, à Paris. © Philippe Richard, Ouest-France
Fela, apôtre du panafricanisme, dénonciateur de la corruption, en rébellion face au pouvoir nigérian. Battu, emprisonné. Il voulait faire de sa résidence de Kalakuta, brûlée par la police en 1977, une république autonome.
Une série de photos de Bruno Barbey restitue l’ambiance de ce lieu utopique où le maître des lieux aimait se balader en slip, saxophone autour du cou. À la sélection de sous-vêtements, le visiteur pourra préférer la vingtaine de costumes de scène, cols pelles à tarte, couleurs vives et broderies, que Fela affectionnait.
Vue de l’exposition consacrée à Fela Kuti à la Cité de la Musique, à Paris. © Philippe Richard, Ouest-France
Une parcelle de son club, The Shrine, cœur du bouillonnement musical afrobeat, mûrs de tôle et couleurs sourdes, est sommairement reconstituée. Un montage vidéo en restitue l’ambiance légendaire. Fela est aussi le macho provocateur qui épousa, d’un coup, vingt-sept de ses « queens ». L’exposition rend individuellement hommage à une douzaine de ces danseuses et chanteuses, trop souvent réduites à des ornements fantasmatiques du Black President.
Vue de l’exposition consacrée à Fela Kuti à la Cité de la Musique, à Paris. © Philippe Richard, Ouest-France
Fela fut le premier artiste africain pleinement adoubé par l’Europe. Les images du concert berlinois de la tournée 1978, tournant en boucle au milieu d’affiches de concerts, en attestent. Il n’aura cependant jamais l’audience d’un Bob Marley à la musique plus accessible et au discours plus consensuel. « La musique est l’arme » , disait-il. La sienne frappe toujours.
Exposition jusqu’au 11 juin 2023, à la Cité de la Musique, à Paris.
À lire : Fela, Rébellion afrobeat, Textuel, 208 p. 49 €.
À écouter : Afrodisiac (1973), réédité le 2 décembre.
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