Sitôt signées déjà caduques. Les négociations commerciales s’étaient achevées par la signature des contrats, le 1er mars 2022, entre producteurs, transformateurs et distributeurs. Avec l’obligation, faite par la loi Égalim 2, de bien tenir compte des coûts pour les producteurs, afin de leur garantir un revenu correct. Mais face à l’explosion des prix, le Premier ministre Jean Castex a actionné le 16 mars les clauses de renégociation : retour autour de la table, pour un nouveau mois de discussions.
Des coûts multipliés par dix
« C’était absolument indispensable », constate Dominique Chargé, président de la Coopération agricole (2 200 coopératives en France, 65 % de la production et 45 % de l’agroalimentaire). « Les tarifs 2022, fixés en octobre, étaient déjà totalement décalés face à l’inflation due à la reprise économique. » Le rebond du Covid, en décembre et janvier, a « ralenti l’activité et les flux ». En y ajoutant la complexité de la mise en œuvre du nouvel encadrement d’Égalim 2, « on avait déjà tout pour obtenir une flambée des prix ».
Et, catastrophe, l’invasion de l’Ukraine par la Russie « a décuplé la tension, avec des prix parfois multipliés par dix ». La France, exportatrice nette de céréales, n’est pas dépendante. « Mais les coûts des engrais, du gaz et de l’énergie deviennent prohibitifs. » Certains secteurs pourraient être « littéralement asphyxiés ». Par exemple, tous ceux qui ont absolument besoin du gaz, pour chauffer les serres ou les poulaillers, sécher le sucre ou la poudre de lait. « Le risque est réel pour la continuité de l’activité. »
Dominique Chargé est le président de la Coopération agricole. © Archives Philippe Renault, Ouest-France
Le gouvernement doit donc soutenir le prix du gaz, « avec une prise en charge par l’État ». Et laisser filer une nécessaire « hausse des prix pour faire face à cette flambée des coûts ». Un message qui va faire mal au pouvoir d’achat, sujet très sensible en période électorale. « Mais le contexte est tel qu’on ne peut pas faire autrement », estime Dominique Chargé.
+ 10 % à 15 % pour les produits laitiers
Damien Lacombe, président de la grande coopérative laitière Sodiaal (17 000 producteurs, troisième groupe laitier français, 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires), dit la même chose : « Les aides publiques ne suffiront pas à affronter cette crise. Il faut absolument obtenir des hausses de prix. »
Le choc est « colossal », redoute Damien Lacombe. « Tous nos coûts ont doublé depuis le début 2022. » Il va donc falloir « jouer collectif » et obtenir des hausses de tarifs « de 10 % à 15 % sur l’ensemble de la chaîne ». Un effort qui représentera « beaucoup pour nous, mais peu pour le consommateur ». Les consommateurs français ont dépensé, en moyenne, 638 € par famille, en 2021, pour le panier crémerie-fromages.
Et le fait que certains en profitent pour remettre en cause les objectifs de l’agroécologie ? « On redécouvre que la France doit redevenir souveraine et indépendante pour son alimentation, soupire Dominique Chargé. Oui, dans l’urgence, il faut produire plus. » Mais sans perdre de vue, à plus long terme, la décarbonation. Quoi qu’il en soit, les transitions agroécologiques « ne peuvent pas se faire dans un contexte de recul de la croissance ».
Damien Lacombe est le président de la grande coopérative laitière Sodiaal. © Archives Joël Le Gall, Ouest-France
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