Fast-food : la France risque-t-elle de renoncer à la vaisselle réutilisable ?

C’est un drôle d’anniversaire pour la vaisselle réutilisable, imposée en France il y a presque un an dans les restaurants de plus de 20 couverts quand les clients mangent sur place. Nous avons pu accompagner une visite de contrôle de l’ONG Zero Waste France dans Paris cette semaine. Et la situation laisse à désirer dans les MacDonalds, KFC ou Burger King parisiens où nous sommes passés. Parfois, il n’y a pas du tout de vaisselle réutilisable comme l’oblige pourtant la loi Ajec de 2020, ou alors les différentes poubelles aboutissent dans le même sac. «La plupart du temps, il n’y a pas de signalétique expliquant clairement aux clients comment trier leurs déchets ni de formation pour que le personnel le leur indique. Et les process ne sont pas adaptés», pointe Manon Richert, la responsable communication de Zero Waste France. Les géants du fast-food ont pourtant assurés à Capital qu’ils prenaient la chose au sérieux. Ils publient d’ailleurs régulièrement des communiqués de presse pour indiquer que le déploiement progresse et que leur parc est majoritairement aux normes à l’échelle du pays.

Mais il y a plus grave. La loi française risque d’être édulcorée par un règlement européen sur les emballages qui sera voté ce mercredi 22 novembre après-midi en assemblée plénière au Parlement de Strasbourg. Transcendant les pays, les groupes et les partis, il a fait l’objet d’une âpre bataille entre les partisans de la réduction des emballages et ceux qui veulent préserver les intérêts économiques de ce secteur, qui a généré un chiffre d’affaires de 355 milliards d’euros en 2018. Personne ne sait encore qui va l’emporter. La seule certitude que l’on ait, c’est que la présidence espagnole du Conseil de l’Union européenne souhaite aboutir le plus vite possible à un accord entre le Parlement, le Conseil et la Commission pour une adoption du texte avant la fin de sa mandature en janvier prochain.

Un règlement sous le feu des lobbyistes

La production et la consommation d’emballages sont en augmentation dans l’Union européenne. Les déchets qu’ils engendrent représentaient 188 kilos par habitant en 2021, soit une hausse de près de 11 kilos par rapport à l’année précédente, d’après une étude d’Eurostat. «Sans mesures nouvelles, le volume des déchets plastiques augmentera de 46% en 2030 et jusqu’à 60% en 2040», avait rappelé en début d’année l’eurodéputée belge Frédérique Ries, la rapporteure du règlement. Avec des impacts sur les émissions de gaz à effet de serre et donc sur le réchauffement climatique mais également sur notre santé et la biodiversité. D’où ce fameux règlement dit PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation) proposé par la Commission européenne pour réduire leur quantité.

Depuis deux ans maintenant qu’il est en discussion, le texte était plutôt passé sous les radars. Mais au mois d’avril dernier, les représentants du plastique, du carton et du fast-food s’en sont mêlés et se sont unis sous le slogan trompeur ensemble pour un emballage durable, afin de réclamer une pause législative et un adoucissement des articles. Parmi les signataires, MacDonald’s, Dunkin ou Yum! (KFC, Pizza Hut, Taco Bell). MacDonald a également produit une étude très controversée concluant notamment que les solutions de réemploi généreraient plus d’effets négatifs que les emballages jetables. Un lobbying dénoncé par le député européen Pascal Canfin dans une tribune parue dans le journal Libération au mois d’avril dernier mais aussi par des scientifiques.

Le danger d’un recul en France

Des avancées notables devraient, certes, être actées sur l’interdiction de substances comme les polluants éternels ou le bisphénol A dans les emballages. Mais des reculs sont encore possibles. «Des députés pourraient intervenir pour restreindre au plastique et aux composites la liste des matériaux concernés par l’interdiction des emballages à usage unique pour la restauration sur place», prévient la députée du groupe des Verts Marie Toussaint. Certains groupes de parlementaires réclament également le retrait pur et simple de l’interdiction des emballages jetables en restauration sur place et pour les sauces et condiments. S’ils l’emportent ce mercredi, la loi française, qui va plus loin avec sa vaisselle réutilisable, pourrait être remise en cause. «C’est un danger car le règlement sera d’application directe et immédiate dans tous les Etats européens», nous explique encore Marie Toussaint. Les fast-food pourraient alors servir de nouveau sur site des gobelets jetables en carton mêlé à du plastique, ou encore des boîtes en carton imprimé.

En attendant l’issue du vote, la coalition européenne Rethink Plastic Alliance représentée par les ONG environnementales Surfrider Foundation Europe, Zero Waste Europe, Zero Waste France et European Environmental Bureau a manifesté ce mardi devant le Parlement européen pour défendre les principes de réduction des emballages et de réemploi des contenants.

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