À moins de six mois des Jeux olympiques de Paris 2024, un rapport parlementaire dresse un portrait au vitriol du fonctionnement des fédérations sportives françaises. « Entre-soi« , « omerta à tous les étages » et « défaillances systémiques » en matière d’éthique, de gouvernance et de lutte contre les violences sexuelles. Voilà comment résumer le contenu du rapport qui sera publié mardi -j our où Emmanuel Macron doit faire ses vœux aux sportifs – issu d’une commission d’enquête parlementaire et rédigé par la députée écologiste Sabrina Sebailhi.
À la suite d’auditions houleuses de dirigeants ou anciens dirigeants sportifs à l’Assemblée, le parquet de Paris avait déjà ouvert plusieurs enquêtes sur d’éventuels « faux témoignages » de dirigeants sportifs devant les parlementaires. Ce rapport de 250 considère notamment comme étant « très élevées, voire anormales« , les rémunérations de certains d’entre eux. Un salaire attire particulièrement l’attention, celui d’actuelle ministre de l’Éducation nationale et des Sports Amélie Oudéa-Castéra. Lorsqu’elle était directrice générale de la Fédération française de tennis de 2021 à 2022, elle a touché 500.000 euros brut annuel, dont 100.000 euros de prime d’objectif.
Amélie Oudéa-Castéra accusée d’avoir minimisé sa rémunération
Au cours de trois heures d’audition en novembre, Amélie Oudéa-Castéra, qui se trouve actuellement dans la tourmente en tant que ministre de l’Éducation, avait alors précisé que sa rémunération était « très proche de celle de son prédécesseur ». Dans son rapport, la commission d’enquête relève ainsi qu’elle a « minimisé de 86.000 euros » son salaire puisque celui de Jean-François Villotte, qui l’a précédée à ce poste, touchait 373.750 euros brut annuels assortis d’une prime de 37.375 euros.
Le rapport fait aussi part d’une demande de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) – non publique jusqu’ici -, datant de février 2022, avant l’arrivée d’Amélie Oudéa-Castéra à la FFT, de « reconsidérer » les dix plus hautes rémunérations, « les avantages en nature« , et juge « considérable -voire anormale- compte tenu du statut associatif de l’organisation (…) » la rémunération du directeur général de l’époque. Ces montants avaient fait réagir pendant la longue audition de la ministre. « Comprenez qu’on puisse s’interroger au niveau du sport amateur qu’une dirigeante de fédération touche 500.000 euros par an alors que je vois dans ma ville de Toulouse qu’on a plein de clubs qui sont exsangues« , avait taclé le député LFI François Piquemal.
Une nomination qui « étonne » au sein du comité national
Autre grief à l’encontre de la ministre, avoir justifié son salaire à la FFT par la richesse de cette fédération qui, a-t-elle dit lors de l’audition, ne recevait pas d’argent public. Elle a rectifié très rapidement après l’audition en expliquant que la FFT avait reçu 1,2 million en 2022 – en réalité 1,45 million selon les parlementaires. Le rapport « s’étonne » aussi que la ministre des Sports « ait pu nommer au sein du comité national, pour renforcer l’éthique et la vie démocratique dans le sport, en mars 2023, M. Franck Latty, président du comité d’éthique de la Fédération française de tennis« .
Ce comité « peut être amené à se prononcer sur la gestion de l’ancienne directrice » et « un décret du 4 août 2022 a entendu à juste titre rompre tout lien entre la ministre des Sports et son ancienne fédération« . Par ailleurs, le président actuel de la FFT, Gilles Moretton, auditionné par la commission, est visé par une enquête du parquet de Paris, comme six autres dirigeants du sport français soupçonnés d’avoir livré de faux témoignages.
Le milieu sportif gangréné par la « culture du secret, du mensonge et du faux témoignage »
Sabrina Sebaihi, la députée écologiste qui a rédigé ce rapport, juge le milieu sportif gangréné par la « culture du secret, du mensonge et du faux témoignage » et « pas suffisamment habitué à rendre des comptes« . La parlementaire réclame un « choc de contrôle, de transparence et de culture démocratique« , grâce à la mise en place d’une « autorité administrative indépendante chargée de la protection de l’éthique du sport« .
Elle pointe aussi les « défaillances de l’État » dans ses missions de contrôle, critiquant les nouveaux contrats de délégations mis en place avec les fédérations, « lacunaires » et « assortis d’engagements insuffisamment précis« . Sabrina Sebaihi insiste également sur des « accusations graves » visant la fédération française de kickboxing et son club d’Aulnay-sous-Bois en réclamant un « état des lieux« .
Dans la foulée de l’audition du journaliste Romain Molina devant la commission, le ministère des Sports avait saisi la justice après avoir eu connaissance de faits susceptibles de révéler un système de chantage de nature sexuelle, dans un club de kickboxing. La Fédération conteste en bloc ces accusations, et assure qu’elle va porter plainte pour diffamation contre Romain Molina.
Les violences sexuelles dans le sport « invisibilisées »
En matière de violences sexuelles, qui secouent le monde du sport depuis les révélations en 2020 de la patineuse Sarah Abitbol, Sabrina Sebaihi dénonce un « long silence« , « long déni » et une « longue inertie » du sport français. Elle considère notamment que la plateforme Signal-Sports lancée par le ministère en 2020 est « invisibilisée« , « sous-dimensionnée » et « très largement méconnue« .
En décembre, l’ex-ministre des Sports Marie-George Buffet avait déjà réclamé dans un rapport une « autorité indépendante » pour prévenir et traiter les violences sexistes et sexuelles dans le sport, une proposition avec laquelle la ministre Amélie Oudéa-Castéra s’était dite en désaccord, privilégiant la cellule actuelle.
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