Fela Kuti, son afrobeat et sa politique à l’honneur dans une exposition à Paris – rts.ch

Inventeur de l’afrobeat qui a fait de la musique un sport de combat, le musicien, politicien et activiste nigérian Fela Anikulapo Kuti est au centre d’une exposition en forme de rétrospective à découvrir à la Philharmonie de Paris.

Fela Ransome Kuti, alias Fela Anikulapo Kuti, naît en 1938 au Nigéria dans une famille yoruba bourgeoise et militante. Il grandit en écoutant du highlife, du jazz ou encore du calypso. Ces musiques se popularisent au Nigéria en étant diffusées à la radio par les puissances coloniales.

En 1958, il part étudier la musique, la trompette et le piano au Trinity College of Music de Londres. Il y découvre de nombreux genres de musiques noires. Le jeune musicien décide alors de mélanger les styles en utilisant le jazz comme un tremplin pour la musique africaine. Il forme un groupe avec ses amis nigérians et antillais: Koola Lobitos.

Quand la musique devient une arme

À la fin des années 1960, Fela Kuti se rend aux Etats-Unis tandis que la guerre civile éclate au Nigéria. Il enregistre la chanson au message pacifiste « Viva Nigeria » à Los Angeles: « La guerre n’est pas la solution, la guerre n’a jamais été la solution […] une Nation indivisible, longue vie au Nigéria, vive l’Afrique », dit-il pendant le morceau. La chanson marque les débuts de ses engagements politiques. En août 1969, il donne un concert en faveur des droits civiques à l’Ambassador Hotel de Los Angeles. Il y rencontre la militante du groupe des Black Panthers Sandra Izsadore et découvre le courant d’idées panafricanistes, mené notamment par Malcolm X, dont il lit la biographie. Fela Kuti décide d’incorporer plus de musique africaine dans ses compositions, notamment avec le morceau « My Lady Frustration » et de rendre sa musique politique. L’afrobeat est né.

>> À écouter: « My Lady Frustration » de Fela Kuti

La république de Kalakuta

De retour au Nigéria avec son groupe, Fela Kuti rencontre de plus en plus de succès et donne des concerts dans le monde entier. Son mode de vie rebelle et controversé lui vaut d’être arrêté en 1975 – à tort ou à raison – pour possession de cannabis et détournement de mineurs. Il s’isole avec ses danseuses et ses musiciens dans sa résidence qu’il baptise « république de Kalakuta », une zone affranchie des lois et de la juridiction nigériane ouverte à tous les Africains persécutés à travers le monde.

>> À écouter: « Viva Nigeria » de Fela Kuti

Tout bascule en 1977. Fela Kuti et son groupe sortent l’album « Zombie » qui critique vivement les soldats nigérians. Le musicien organise aussi son propre festival gratuit en marge d’un festival international ayant lieu à Lagos. Stevie Wonder ou encore Gilberto Gil le rejoignent. Les médias occidentaux s’intéressent au message politique de Fela Kuti et le gouvernement le considère désormais comme un agitateur.

Le 18 février 1977, un millier de soldats font irruption dans la république de Kalakuta. Ils battent les hommes, violent les femmes et mettent le feu à la maison de Fela Kuti, dont la mère, présente sur les lieux, est blessée mortellement. Le tribunal décrétera cet incendie comme involontaire.

Fela Kuti à Kalakuta en 1980. [ © Michel Maïofiss – Cité de la musique / Philarmonie de Paris]

Un retour aux sources

Commissionnée par Alexandre Girard-Muscagorry, Mathilde Thibault-Starzyk et Mabinuori Kayode Idowu, l’exposition « Fela Anikulapo Kuti, rébellion afrobeat », à voir à la Philarmonie de Paris, est riche d’images, de sons et de documents qui racontent les luttes musicales et politiques de Fela Kuti, ainsi que la naissance de l’afrobeat.

Les enfants de Fela Kuti Yeni Kuti, Femi Kuti et Kunle Kuti ont participé à l’élaboration de l’exposition en prêtant un certain nombre d’objets personnels, comme les costumes de scène. Une vitrine entière est dédiée à ses slips. Au-delà de ses cache-sexe hauts en couleurs, le corps de Fela Kuti, mince, cicatrisé et aux antipodes des canons de beauté masculins de l’époque, était aussi un moyen de lutte.

Le musicien entretenait une relation amicale avec la France, où il se sentait « accepté, comme un poisson dans l’eau », selon sa fille Yeni Anikulapo-Kuti, qui présente l’exposition dans le communiqué de la Philharmonie de Paris. L’exposition est donc comme un retour aux sources, puisque la première affiche de Fela Kuti en France, en 1981, correspond à un concert à l’hippodrome de Pantin près de l’actuelle Philharmonie de Paris.

Sujet radio: David Christoffel

Adaptation web: Myriam Semaani

« Fela Anikulapo Kuti, rébellion afrobeat », Philarmonie de Paris, jusqu’au 11 juin 2023.

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