De mémoire de festivalier, cette projection restera sans doute comme l’une des plus attendues de l’histoire de Cannes. Quinze ans après le peu glorieux « Le Royaume du crâne de cristal » — déjà montré sur la Croisette pour la dernière venue en date d’Harrison Ford —, la sélection hors compétition du cinquième opus de la saga, « Indiana Jones et le Cadran de la Destinée », en présence de son équipe, était guettée par les cinéphiles et les médias du monde entier.
Avec une interrogation à la clé : ce nouveau film allait-il faire oublier le précédent et renouer avec le charme des trois premiers et la magie du personnage créé par George Lucas et Steven Spielberg ? Autant le dire tout de suite : c’est oui, un grand « oui » de soulagement, consécutif à un plaisir absolu, un divertissement haut de gamme, une grande aventure cinématographique.
Qui a tout d’abord débuté en fanfare, avant même que le film ne soit lancé. Harrison Ford, accompagné du réalisateur James Mangold, des autres acteurs du film, et de Bob Iger, le patron de Disney, mais sans Steven Spielberg, que des rumeurs annonçaient présent, a zappé la séance d’autographes à ses fans costumés en Indiana Jones au pied des marches…
Ce qui ne l’a pas empêché d’être ovationné sur le tapis rouge, avant une montée conclue par un magnifique baiser à sa femme, la comédienne Calista Flockhart, dans le hall du Palais, suivie d’une deuxième longue ovation dans la grande salle Lumière. La légende d’Hollywood a ensuite reçu une Palme d’or d’honneur surprise avant la projection du film. « Je suis profondément touché par cette distinction », a réagi l’acteur américain de 80 ans, visiblement très ému, qui a également remercié sa femme après avoir reçu la récompense des mains de Thierry Frémaux, le délégué général du Festival.
Un aventurier régénéré
Le film pouvait commencer. Il a d’emblée rassuré sur un point : le tant craint rajeunissement numérique du visage d’Harrison Ford, lors du prologue qui se déroule en fin de Seconde Guerre mondiale, s’avère totalement bluffant, une réussite absolue. Indy y affronte des nazis — comme à la grande époque des « Aventuriers de l’Arche perdue » — pour leur dérober un mystérieux cadran qui aurait été fabriqué par Archimède.
Puis on bascule en 1969, année qui servira de cadre à la majeure partie du film. Fraîchement retraité, l’aventurier va voir débarquer sa filleule Helena (Phoebe Waller-Bridge). Trafiquante d’objets d’art, elle veut retrouver le cadran pour le vendre, mais Indiana, bien décidé à l’en empêcher, va la coller de près. Les voilà de nouveau pourchassés par des nazis, qui sont persuadés que le cadran peut les aider à voyager dans le temps…
Le choc initial du film vient de la toute première image d’Indiana Jones en 1969 : torse nu, Harrison Ford, 80 ans, y assume la façon dont le temps a flétri son corps, et c’est aussi magnifique qu’émouvant à voir. D’un bout à l’autre, le comédien va tenir son rôle qu’il connaît si bien, aventurier régénéré par une nouvelle course au trésor, mais qui a l’âge de ses artères, ce qui le ralentit parfois. Tout de même, on aimerait bien se montrer aussi casse-cou que lui quand on atteindra ce même nombre d’années : que de cascades, de coups d’éclat, d’actions spectaculaires… Sacré Indy, sacré Harrison !
James Mangold inspiré, Phoebe Waller-Bridge déchaînée
L’autre grande réussite du film est à mettre au crédit de l’homme aux manettes, James Mangold, à qui l’on doit déjà les brillants « Copland », « Logan » ou « Le Mans 66 ». Conscient de l’aura culte de la saga qu’il a en charge de relancer, il nous offre un épatant divertissement « à l’ancienne », tout en le modernisant de façon exemplaire. D’un côté, le respect du personnage et de ses folies aventurières, de nombreuses références aux trois premiers films, le retour très touchant de personnages connus, et le fameux thème musical composé par John Williams qui revient régulièrement au cours du film.
De l’autre, une succession d’idées remarquables, comme celle de plonger Indiana Jones en 1969, en pleine parade new-yorkaise célébrant le retour des astronautes qui ont marché sur la Lune. Une longue séquence hyper spectaculaire, reconstituant parfaitement l’époque, saturée de figurants, rythmée par des chansons des Beatles et de David Bowie, et où le héros renoue avec sa passion des cavalcades à cheval… dans les rues et le métro de New York ! Un décalage sidérant, exaltant, sensationnel, sur lequel Mangold va jouer à plusieurs reprises, et il y en aura pour tous les goûts et tous les âges.
Enfin, on applaudit à cette idée épatante d’avoir confié le rôle d’Helena à Phoebe Waller-Bridge, créatrice et interprète de la phénoménale série « Fleabag » et scénariste du prochain « James Bond » : déchaînée, elle insuffle une incroyable énergie à son personnage et au film. Elle forme avec Harrison Ford un duo époustouflant. Ces deux-là cassent tout à l’écran, et offrent un spectacle décoiffant aux spectateurs, qui devront patienter jusqu’au 28 juin pour le voir en salles…
« Indiana Jones et le Cadran de la Destinée », film d’aventures américain de James Mangold, avec Harrison Ford, Phoebe Waller-Bridge, Mads Mikkelsen, Antonio Banderas (2h34). Sortie le 28 juin
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.