Le Regroupement des Haïtiens du Manitoba souligne une des journées les plus importantes pour les personnes d’origine haïtienne, la Fête du drapeau, ce samedi après-midi au Théâtre Cercle Molière à Winnipeg.
Tout le monde n’a toutefois pas le cœur à la fête, étant donné la situation dans laquelle se trouve le pays aujourd’hui
. Le chanteur Wilbert Chancy donne le coup d’envoi au rassemblement avec deux chansons créoles empreintes de chagrin.
Wilbert Chancy, qui détient un doctorat en littérature, se réjouit de voir la diaspora haïtienne continuer de faire briller la «perle des Antilles». Il rappelle que l’un des membres de l’Académie française est haïtien. «Il y a même un Haïtien qui vient d’avoir le prix Goncourt de la poésie, c’est extraordinaire!»
Photo : Radio-Canada / Catherine Moreau
Aujourd’hui, je dois vous dire franchement, je fais un rapprochement avec la situation actuelle en Haïti. Le sentiment que ça me donne maintenant, c’est un sentiment de tristesse, parce que je me rends compte que tellement de choses ont été écrasées au point que le drapeau n’est plus qu’un symbole
, se désole le musicien.
Le drapeau, comme dans tous les pays du monde, symbolise les aspirations du pays.
C’est un sentiment que partage son compatriote, Pierre Ebert Delcy. Quand on parle du drapeau haïtien, on doit penser au pays aussi. Il y a une dualité là, tristesse et puis joie aussi.
.
L’idéal haïtien, une source d’espoir
Ce sont des esclaves qui ont décidé de devenir libres. Haïti est un pays qui a voulu en quelque sorte exporter la liberté et donc, on garde ça en tête. On garde l’espoir que la nation et les idéaux du drapeau demeurent
, explique Pierre Ebert Delcy

« Entre la tristesse et la joie, je préfère rester du côté de la joie parce que le drapeau haïtien, Haïti même, est un idéal », déclare Pierre Ebert Delcy, qui est accompagné de ses filles Aurélie et Brielle.
Photo : Radio-Canada / Catherine Moreau
Le Bicolore haïtien a été créé en 1803, à une époque où ce qui allait devenir Haïti, alors connu sous le nom de Saint-Domingue, était sous le contrôle de la France depuis le 17e siècle. L’indépendance sera proclamée le 1er janvier 1804, faisant d’Haïti la première république noire indépendante.
Bleu blanc rouge, c’était le drapeau français, alors nous avons enlevé le blanc. Depuis lors, le drapeau national est un symbole d’indépendance, d’appartenance et de fierté pour les Haïtiens
, ajoute M. Chancy.
Étant un Haïtien qui vit à l’étranger, cette fête représente pour moi un moment de me souvenir de l’histoire de mon pays et aussi de nourrir une certaine nostalgie. Toute personne qui quitte son pays a un peu le secret désir d’y retourner
, raconte celui qui a fui son pays natal il y a plus de soixante ans.
M. Delcy a, lui aussi, quitté Haïti comme jeune adulte. Il est à Winnipeg depuis 2001. Ça ramène en arrière. Quand on était à l’école, c’était le jour que tout le monde attendait pour s’habiller aux couleurs du drapeau et puis faire des parades
, se remémore-t-il.
continuent à travailler dans leur propre domaine et à faire briller Haïti », »text »: »C’est important de se retrouver et de se rappeler les bons moments qu’on a passés ensemble. De se rappeler que le pays n’a pas toujours été ce qu’il est aujourd’hui. Se rappeler aussi que, même si, sur place, il y a beaucoup de choses qui disparaissent, il y a encore des hommes et des femmes haïtiens et haïtiennes qui continuent à travailler dans leur propre domaine et à faire briller Haïti »}} »>C’est important de se retrouver et de se rappeler les bons moments qu’on a passés ensemble. De se rappeler que le pays n’a pas toujours été ce qu’il est aujourd’hui. Se rappeler aussi que, même si, sur place, il y a beaucoup de choses qui disparaissent, il y a encore des hommes et des femmes haïtiens et haïtiennes qui continuent à travailler dans leur propre domaine et à faire briller Haïti
, déclare Wilbert Chancy dont la fille, Myriam J.A. Chancy, est écrivaine. Son dernier roman, Voix, éclairs, tonnerres, porte d’ailleurs sur le tremblement de terre de 2012 en Haïti.
Malgré les nouvelles peu réjouissantes, je pense avoir un certain espoir. Mais il y aura beaucoup beaucoup à faire. Ça va prendre au moins une cinquantaine d’années avant qu’on retrouve la belle Haïti que j’ai connue quand j’étais enfant
, maintient l’octogénaire.
Identité éclatée
Mais le lien et l’attachement au drapeau peuvent connaître différentes variables, en fonction du vécu et des expériences personnelles.
Selon le Regroupement des Haïtiens du Manitoba, en moyenne, une personne sur cinq au Canada est née sous un autre drapeau, et, en situation d’immigration, le sentiment d’appartenance est souvent controversé.

Suzanne Chrispin est la responsable des projets spéciaux du Regroupement des Haïtiens du Manitoba
Photo : Radio-Canada / Catherine Moreau
Par exemple, moi, je suis née en Haïti et je me considère aussi comme une femme d’ascendance africaine, mais complètement imprégnée de la culture haïtienne. J’ai immigré au Canada, au Québec, je suis devenue canadienne et, maintenant, je suis au Manitoba et je me considère comme une Manitobaine francophone. Et, quand je me présente, c’est toutes ces différentes facettes que je veux présenter
, explique la responsable des projets spéciaux du Regroupement, Suzanne Chrispin.
Elle a ainsi saisi cette célébration du symbole d’appartenance pour les Haïtiens pour explorer la question et encourager les jeunes à se réapproprier leurs origines, qui sont souvent multiples.
Il n’y a pas de nécessité de choisir, on est une multitude d’identités et c’est une richesse.
Aujourd’hui, je veux inviter à comprendre que la question « D’où venez-vous? » peut être l’occasion de vous présenter sous toutes vos facettes, dans toutes vos appartenances
, déclare Mme Chrispin.
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