1. Bill Evans, «You Must Believe In Spring» (1981)
Il faut croire au printemps, se persuadait Bill Evans en enregistrant son album You Must Believe in Spring. Nous sommes en 1977, cela sera son dernier disque en trio. Le pianiste vit un drame tragique, la perte de sa femme. Reprenant La Chanson de Maxence de Michel Legrand, issue des Demoiselles de Rochefort (1975), le pianiste américain en signe une version jazzifiée devenue mythique. Après les thèmes exposés au piano, le solo d’Eddie Gomez à la basse électrique et la délicatesse de la batterie, une sorte de méditation musicale à trois s’installe. Car ce disque élégiaque est malgré tout traversé par un infaillible souffle vital. Un acte d’équilibre où le musicien, cherchant l’espoir, magnifie les qualités qui ont fait de lui un interprète si unique et énigmatique. La sensibilité de son toucher monte en flèche, exprimant l’émotion, la profondeur. Un disque à ressortir chaque printemps.
2. Yoann Loustalot, «Primavera» (2006)
Allongé dans l’herbe, bugle sur la tête, le Bordelais Yoann Loustalot se révélait avec son premier opus en voix singulière de la trompette. S’il participait récemment à la tournée française Free du légendaire Iggy Pop, et sortait en parallèle son nouveau disque, Yeti, c’est un retour à ses débuts que nous vous proposons. Primavera, titre éponyme de l’album, possède une simplicité dans les lignes qu’on aime réécouter. La mélodie post-bop, aux sonorités feutrées, fait apparaître la guitare en contrepoint. A la différence de la trompette, le bugle procure ici cette douceur soyeuse et cuivrée parfaite pour un jazz printanier.
3. Maya Dunietz, «Artichoke» (2021)
Artichoke, voici un titre surprenant pour une composition de jazz. Mi-fleur à écailles, mi-légume chafouin, l’artichaut se mérite avant de livrer son cœur. On retrouve dans ce titre de Maya Dunietz, musicienne performeuse israélienne, quelques-unes de ces caractéristiques. Pulsation rythmique progressive et mélodie sinueuse qui ne se donne pas d’entrée de jeu. Le changement brutal de la coda, comme un pied de nez à la musique, révèle l’esprit malicieux de sa compositrice. Car cette artiste adore croiser les disciplines, interroger le monde et mélanger ses influences. Elle a prêté sa voix à John Zorn, rencontré à la New School for Jazz and Contemporary Music de New York, qu’elle intègre en 1999, signé un disque avec John Edwards et Steve Noble, deux figures du free jazz anglais, collaboré avec plusieurs groupes pop et rock israéliens. On prend la mesure de l’univers fantasque de Maya Dunietz avec ce disque étonnant dans lequel le trompettiste Avishai Cohen fait une jolie apparition.
4. Gabi Hartmann, «Buzzing Bee» (2023)
Le bourdonnement de l’abeille… qui buzze. En janvier dernier, l’autrice, compositrice, guitariste et chanteuse Gabi Hartmann détrônait avec son premier disque, en tête des ventes jazz, Ibrahim Maalouf et Nina Simone. Ecrit et enregistré au gré de ses voyages entre Paris, New York et Rio, Buzzing Bee évolue entre chanson, jazz et folk. Derrière cette apparition miraculeuse se cache le producteur Jesse Harris, mentor de Norah Jones, Mélody Gardot et Madeleine Perroux. La voix de velours de Gabi Hartmann, qui rappelle parfois celle de Clara Luciani, illumine ce premier album agréable qui dévoile le talent incontestable de la jeune chanteuse.
5. Mohs, «Quartz» (2023)
Une musique minérale, des arrangements translucides aux textures envoûtantes. Mirage, deuxième disque du quartette lausannois Mohs, est la grande nouveauté de ce printemps. Ce groupe qui tire son nom du minéralogiste ayant inventé une échelle pour mesurer la dureté des minéraux évolue dans l’univers du jazz électronique. Il ne se cache pas non plus de prendre sa source dans le courant des minimalistes américains, Philip Glass en tête.
6. Manon Mullener, «Neiges d’avril» (2023)
C’est assurément l’un des nouveaux noms de la scène jazz suisse à suivre de près. Férue de latin jazz, la jeune pianiste fribourgeoise Manon Mullener est allée en cueillir l’essence directement à Cuba. Quelques rythmes plus tard, la voici qui publie Insomnia, un opus entièrement composé par ses soins. Dans ce disque où on trouve le titre Neiges d’avril, on est touché par son sens aiguisé de la mélodie. La fusion rythmique des cuivres et des percussions de Lucien Mullener fait entendre de jolies improvisations, notamment de Victor Decamp au trombone.
7. Ireke, «T’es Haut» (2023)
En avril ne te découvre pas d’un fil, dit l’adage… Sauf pour écouter Ireke! A la tête de ce jeune groupe originaire de la Roche-sur-Yon, Julien Gervaix et Damien Tesson. Ces deux aventuriers du highlife et de l’afrobeat convoquent les maîtres du genre (Pat Thomas, Tony Allen, Fela Kuti) et l’audace des machines pour donner vie à de nouveaux territoires à la croisée des chemins. Dans ce premier disque rafraîchissant, nos oreilles jubilent à l’écoute d’un métissage exotique. En yoruba, Ireke signifie d’ailleurs canne à sucre, et les musiciens ne se privent pas d’un groove suave et de mélodies enivrantes. On prend donc un peu d’avance sur les dance floor de la saison estivale, et on fait doucement monter la température.
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