Fin de la présence américaine au Niger : la Russie en embuscade ?

Si la France s’était retirée du pays fin décembre, les Américains conservaient encore certaines bases militaires au Niger, du fait d’un lien historique avec Niamey. Cette annonce tourne-t-elle la page de la présence occidentale au Sahel ? Que sait-on de l’évolution de la présence des forces militaires russes dans la région, notamment après la mort du chef de Wagner, Evgueni Prigojine, en août dernier ?

Collaboration américano-nigérienne

Ce retrait met fin à deux décennies de présence et d’intervention américaine au Niger et dans la région du Sahel. Nina Wilén, directrice de programme Afrique à l’Institut Egmont et professeur en sciences politiques à l’Université de Lund, nous explique quels en étaient les objectifs et mécanismes. « Les Etats-Unis et le Niger ont surtout investit dans une collaboration militaire et stratégique. Les Américains ont lancé plusieurs projets dans la région il y a vingt ans maintenant, comme l’initiative pan-sahélienne qui formait et équipait depuis 2003 les armées de quatre pays dont le Niger.

Avant le coup d’Etat de juillet 2023, le pays apparaissait aux yeux des puissances occidentales comme un îlot de relative stabilité au cœur du Sahel et qui accueillait l’aide internationale pour combattre les menaces djihadistes à ses portes. « Depuis 2012, l’accord SOFA permettait le libre mouvement des troupes américaines sur le territoire nigérien, tandis que la base de drones d’Agadez dans le nord du pays, a été construite grâce à l’aide américaine, précise la chercheuse*.*

Anti-occidentalisme et tentations russes

La rupture avec les Etats-Unis intervient dans un moment de revirement géostratégique au Sahel. « Depuis septembre 2023, le Mali, le Niger et Burkina Faso, trois pays ayant récemment subit des coups d’Etat, ont créé une alliance de défense. De fait, ils se sont montrés particulièrement sensibles à toute entremise étrangère et ont mis en garde la CEDEAO qui les avaient menacés d’intervention militaire. Soudés, le Mali et le Burkina avaient affirmés que toute invasion du Niger serait vue comme un acte d’agression de leur propre territoire. »

En parallèle du discours de méfiance, les nouveaux régimes se sont aussi montrés proches des forces de Vladimir Poutine, précise Nina Wilén. « Au Mali, des troupes de Wagner quadrillent le territoire depuis 2021 tandis qu’au Burkina le capitaine Traoré au pouvoir depuis septembre 2022 a déclaré que Poutine était l’un de ses principaux alliés stratégiques. La décision américaine de se retirer du Niger est une réponse au pivot de ce dernier vers la puissance russe comme ses alliés malien et burkinabé l’on déjà opéré depuis quelques années. »


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