Genève va devenir un centre mondial de la technologie quantique – rts.ch

La Suisse veut oeuvrer pour que les futurs ordinateurs quantiques, au potentiel énorme, soient utilisés pour le bien commun. Le conseiller fédéral Iganzio Cassis et le GESDA ont lancé vendredi à Meyrin (GE) l’Open Quantum Institute (OQI), opérationnel en mars prochain au CERN.

Cette volonté avait été annoncée il y a un an lors du sommet de l’Anticipateur de Genève sur la science et la diplomatie (GESDA). A l’époque, l’objectif affiché était d’aboutir dans les trois à cinq ans.

Mais le président du GESDA Peter Brabeck-Letmathe a fait accélérer le dispositif. « Le quantique est l’une de ces technologies qui vont changer la manière dont nous vivons », a-t-il estimé vendredi.

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Après une phase d’incubation d’un an avec 130 partenaires de dizaines de pays, l’institut sera prêt en mars. Avec l’OQI, « nous avons la première proposition concrète sur la manière dont la gouvernance internationale peut préparer les défis du 21e siècle », a dit Iganzio Cassis dans le cadre du 3e sommet du GESDA.

« Nous ne savons pas exactement » comment anticiper cette technologie « mais nous devons en discuter », a-t-il insisté devant les participants. « Ce que nous faisons est nouveau et, de ce fait, difficile », selon lui.

« Aussi ouvertement que possible »

Les ordinateurs quantiques, qui devraient arriver d’ici 10 à 20 ans, sont comparés par certains scientifiques à « l’arme nucléaire » de ce siècle. Celui qui maîtrisera cette technologie prendra un avantage certain. Les Etats-Unis et la Chine investissent massivement dans celle-ci.

Les arrivées rapides de ChatGPT, qui ont abouti à des demandes de moratoires face aux effets négatifs possibles, inquiètent certains. Avec le quantique, il faudra avancer « aussi ouvertement que possible et aussi sûrement que requis », a estimé un ministre britannique.

La Suisse souhaite dès à présent piloter également l’approche politique sur cette question. « Je suis convaincu que celle-ci sera discutée lors de la seconde présidence suisse du Conseil de sécurité de l’ONU en octobre », a affirmé à la presse Ignazio Cassis.

Autour du conseiller fédéral et du secrétaire d’Etat Alexandre Fasel, une dizaine de ministres, vice-ministre ou conseillers, dont une émissaire du président américain Joe Biden, ont participé vendredi matin au Portail de la science du CERN à un segment politique sur cette question.

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Eviter une large propagation de CO2

Peter Brabeck-Letmathe se réjouit de son côté de l’aboutissement d’un premier projet concret du GESDA. La preuve, selon lui, que la diplomatie scientifique, « qui cherche à revitaliser le multilatéralisme », « peut être très efficace ». Mercredi, le GESDA avait dévoilé un premier cursus mondial de diplomatie scientifique. Celui-ci sera établi avec une coalition d’acteurs du monde entier.

Pour l’OQI, le GESDA et le CERN présideront un comité de suivi de la phase-pilote, prévue sur trois ans. L’objectif est de rendre accessible le quantique à tous ceux qui le souhaitent pour honorer les Objectifs de développement durable (ODD), notamment sur la santé, l’énergie ou la lutte contre le réchauffement climatique.

Le défi pour l’anticipateur sera surtout de convaincre les grandes entreprises technologiques, dont certaines sont associées à l’OQI, de garantir que cette technologie soit largement répandue. « Toutes sont ouvertes », a dit Peter Brabeck-Letmathe, alors qu’elles ont déjà investi 35 milliards de dollars. Parmi les attentes déjà anticipées par les scientifiques, celle-ci pourrait améliorer le maintien du CO2 à la surface des matériaux plutôt que sa propagation dans l’air.

>> L’interview de Catherine Lefebvre, physicienne, dans Forum:

La Suisse veut que les ordinateurs quantiques soient utilisés pour le bien commun: interview de Catherine Lefebvre / Forum / 5 min. / hier à 18:07

Instrument important pour le Conseil fédéral

L’OQI devra connecter entre eux chercheurs, responsables gouvernementaux et organisations internationales. Il doit aussi contribuer à une gouvernance ouverte et équitable de cette nouvelle technologie.

Pendant trois jours, environ 1200 personnes se sont réunies au CERN ou en ligne lors du sommet du GESDA. Ils ont abordé des thématiques allant de la neuro-augmentation à l’éco-régénération en passant par l’intelligence artificielle (IA), la menace de pandémies, le vieillissement des individus ou encore les limites à établir pour la recherche.

Porté par la Suisse, le Canton et la Ville de Genève, le GESDA s’appuie encore sur neuf ans de financements de Berne. La diplomatie scientifique est au centre de la politique étrangère suisse de 2024 à 2027, avait rappelé mercredi le secrétaire d’Etat.

ats/vajo

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