Gouvernement béninois : L’idée d’une assise nationale sur une probable limitation des naissances fait jaser

Le Conseil des ministres du mercredi 3 mai 2023 a annoncé des dispositions pratiques prises par le gouvernement béninois afin d’organiser une table-ronde autour de la mise en œuvre des actes visant à réduire les naissances ou du moins, contrôler la fécondité des Béninois et Béninoises les mois, voire les années, à venir. L’annonce fait sursauter de ‘’rage’’ certains citoyens béninois tandis que d’autres applaudissent une mesure de raison.

Selon le gouvernement béninois, à travers son porte-parole, il s’agit pour l’exécutif de travailler pour instaurer une « procréation responsable ».

« Le gouvernement du Bénin n’a pas dit qu’il va limiter les naissances. Le gouvernement convoque plutôt des assises nationales où toutes les forces-vives, toutes les composantes de la société, se retrouvent et discutent d’une préoccupation majeure pour notre pays, pour aujourd’hui et pour demain. Encore une fois, il ne s’agit pas de limitation de naissance. Il s’agira d’une procréation responsable », a réagi le porte-parole du gouvernement à la polémique suscitée par l’annonce. Il poursuit en soutenant que les assises nationales sur la croissance démographique visent à « voir quelle est la dynamique optimale qu’il faut observer pour la progression de la démographie au Bénin, pour que cela ne rompt pas l’équilibre entre population et développement ».

« Si nous sommes aujourd’hui en 2023, nous devons savoir en maîtrisant la dynamique des populations, en 2030 ou en 2050, combien de centres de santé dans telle localité, combien d’écoles il nous faut dans telle autre localité. Si on n’a aucune maîtrise de la dynamique des populations, nous n’aurons pas non plus de prise sur ces questions-là. Et, nous risquons, malgré nos efforts, malgré la volonté du gouvernement actuel et de ceux de demain, de travailler et de ne pas ressentir conséquemment les efforts de notre travail », convainc le gouvernement.

Le porte-parole fait savoir que « si on laisse chacun fait le nombre d’enfants qu’il veut, comment il veut, quand il veut et où il veut, il y a des risques majeurs que les réponses que l’Etat apporte montrent toujours des limites et nous aurons des insatisfactions ». D’où l’organisation des assises nationales pour permettre de mener des débats aux fins de définir la ligne de conduite pour assurer l’équilibre entre démographie et développement.

Le député de l’opposition, Mitokpe Dossou Guy, du parti Les Démocrates, lui, n’est pas allé du dos de la cuillère pour ‘’déconstruire’’ l’idée du gouvernement. « Dès l’annonce de l’information, un frisson traversa tout mon être. Je me suis posé la question de savoir, jusqu’où ce gouvernement voudrait marquer cette génération, les générations à venir et le monde qui nous entoure ?. (…). Quel est le problème auquel ils souhaiteraient trouver des solutions, en mettant sur la table le sujet de la réduction des naissances ? », a exprimé l’élu, s’interrogeant sur ce que cache un tel projet.

« Nous avons certes des difficultés, le chômage galopant, des universités publiques surchargées, des centres de santé mal équipés, des prisons bondées et que sais-je encore ? Mais, nous ne sommes ni surpeuplés, ni densément occupées », rassure le géographe de formation.

Dans cette déclaration relayée par le journal béninois, L’investigateur, le député démontre … : « Les chiffres existent aujourd’hui et tout le monde peut les vérifier. Les cinq pays africains possédant les densités de populations les plus élevées sont le Rwanda, le Burundi, les Comores, et la Gambie et l’île Maurice. A l’évocation de ces noms, on peut rapidement comprendre que ce sont de ‘’micro’’ pays à l’échelle de leurs superficies comparativement à leurs populations dépassant les millions d’habitants. Par exemple, le Rwanda n’a qu’une superficie de 26 000 km2 avec un peu plus de 12 millions d’habitants (pour information, le Rwanda et le Burundi ne composait qu’un seul pays jusqu’à récemment). Donc, le Bénin au niveau de sa superficie fait environ cinq fois le Rwanda avec sensiblement le même nombre d’habitants. Mais pourtant, le Rwanda ne prend pas la fécondité de sa population comme un frein. (..).

Le continent africain avec ses pays sont nettement sous-peuplés comparativement à toutes les nations qui nous mettent la pression pour réduire les naissances chez nous. Nous savons tous que les Etats les plus peuplés du monde sont l’Inde, la Chine, les Etats-Unis, l’Indonésie et le Pakistan, ensuite vient le Brésil, le Nigeria, le Bangladesh, la Russie, le Mexique, le Japon et j’en passe. Cependant le Bengladesh qui fait partie de ces nations est deux fois moins grand que le Gabon. Alors, en citant les pays les plus peuplés, on se rend compte que seul le Nigéria fait partie des pays avec un peu plus de 100 millions d’habitants, ensuite en Afrique on pourra citer l’Ethiopie et l’Égypte. Si la forte population était un inconvénient et à la base de nos maux, pourquoi réexportons-nous toutes nos grandes importations vers le Nigeria ? Lorsque nous recevons des investisseurs, pourquoi vantons-nous notre proximité avec le plus grand marché de consommateurs que constitue le marché nigérian ? Les clichés et les pressions pleuvent sur les pays africains afin de les voir réduire une démographie déjà faible. Les pays asiatiques se sont d’abord bien multipliés et se sont ensuite développés, avant de prendre des mesures de réduction démographiques… ».

De son avis donc, l’urgence, c’est de scolariser les populations, recadrer les systèmes éducatifs obsolètes afin de les adapter au mieux aux défis d’aujourd’hui et de demain, et il appartient aux gouvernants de prendre des mesures pour trouver et pérenniser les solutions face aux différents défis.

« On constate aisément que les nations développées sont bien plus peuplées que les nations africaines. Donc, le problème n’est pas le peuplement, mais la formation des populations aux enjeux actuels. Il semblerait qu’il y ait un plan Marshall pour le développement de l’Afrique dont a parlé le président français dans un de ses discours et dans la mise sur pied dudit plan Marshall pour le développement de l’Afrique, il est aussi question de la transition démographique en Afrique. Bon Dieu, bon sang, ne nous nous faisons pas avoir une énième fois ? Rien ne concerne l’Afrique dans ce qu’ils appellent transition démographique. Ce sont encore des clichés qu’on veut nous imposer, hormis le Nigeria, les habitants des quatorze autres ou quinze autres états de la CEDEAO réunis, n’atteignent pas les populations de la France, de l’Allemagne et de l’Italie réunis. La transition démographique doit s’appliquer aux pays européens même si leurs populations sont vieillissantes et au sous-continent indien. L’Inde qui est désormais le pays le plus peuplé de la planète est bien moins vaste que le continent africain, mais plus peuplé qui toute l’Afrique réunie, de quoi parle-t-on ? », ravive le député Mitokpe Dossou Guy.

Le débat ainsi posé, et au-delà du Bénin (environ 13 millions d’habitants), intéresse d’une manière ou d’une autre de nombreux autres pays africains, quand on sait qu’en 2017, des déclarations du président français, Emmanuel Macron, sur la natalité en Afrique ont créé des vagues.

En attendant la suite du processus annoncé au Bénin, on retient que cet internaute, régissant à un autre favorable à l’annonce du gouvernement, a son idée toute faite sur ce sujet : « Mon frère, Jacob dans la Bible a 13 enfants et c’est le treizième qui a sauvé tout un peuple, le calcul des hommes diffère de celui de Dieu, qui sait l’enfant qui le gardera demain, même toi qui es là, tu n’en sais rien d’abord, laissons tout à Dieu ».

O. L

Lefaso.net


Crédit: Lien source

Les commentaires sont fermés.