Très répandu – plus de 4 millions de Français sont concernés – l’asthme n’est pas pour autant une pathologie banale.
En région Paca, 223.861 patients sont atteints de cette maladie respiratoire et pour 6.387 d’entre eux, la maladie revêt une forme sévère.
Dans ce cas de figure, malgré un traitement classique de l’asthme adéquat et bien observé, les patients sont confrontés à des symptômes extrêmement forts, récurrents, voire permanents.
Un handicap respiratoire au quotidien
« Très souvent lié à un dérèglement immunologique, cet asthme sévère représente un vrai handicap respiratoire au quotidien », indique le Dr Mathieu Larrousse, pneumologue à Toulon.
« Il se manifeste par une incapacité à effectuer des tâches ou des efforts ou encore par des exacerbations, c’est-à-dire des décompensations aiguës et répétées de la maladie asthmatique, qui peuvent conduire à des hospitalisations, voire au décès. »
Allergique ou éosinophile
L’asthme peut être d’emblée sévère, ou le devenir, notamment s’il n’est pas ou mal contrôlé, par défaut de suivi médical ou d’observance des traitements.
« L’asthme sévère peut avoir plusieurs origines, allergique (par le contact avec un allergène comme les acariens, les moisissures, les pollens, poils d’animaux, etc.) ou non allergique », complète le spécialiste.
Non allergique, il se caractérise par une inflammation des bronches dans laquelle intervient un type particulier de cellules: les éosinophiles. « On parle alors d’asthme sévère à éosinophiles. «
Traitements révolutionnaires
Pendant des années, l’asthme sévère est resté très difficile à soigner. « Les traitements, à base de corticostéroïdes oraux produisaient à long terme autant de dégâts que la maladie elle-même », relate le Dr Larrousse.
« Depuis dix ans, on dispose de biothérapies: des anticorps monoclonaux permettent de bloquer le dérèglement immunitaire et contrôler la maladie. C’est révolutionnaire: les patients reprennent une vie quasi normale, voire tout à fait normale! »
« La condition de cette efficacité, c’est de bien phénotyper – autrement dit bien caractériser – l’asthme sévère, parce que selon son origine – allergique ou éosinophile – les traitements ne sont pas les mêmes. »
Contrôle aléatoire
Le problème, c’est que de nombreux patients ignorent leur état. D’abord parce que le diagnostic d’asthme sévère est long et parfois compliqué: il faut éliminer les diagnostics différentiels, traiter les comorbidités, vérifier l’observance et la bonne utilisation des traitements inhalés.
Ensuite, parce que plus de la moitié des patients admet ne pas prendre son traitement de fond tous les jours, et parce que leur perception même du contrôle est parfois erronée: « 89% des patients considèrent leur asthme contrôlé, alors qu’ils ne sont en réalité que 17% à l’être vraiment. »
La bonne prise en charge
Si l’asthme léger peut être soigné par le médecin généraliste, les formes plus sévères nécessitent un suivi par un spécialiste.
« Le pneumologue joue un rôle de chef d’orchestre dans la prise en charge pluridisciplinaire du patient asthmatique sévère qui peut rassembler d’autres spécialistes: allergologues, ORL, etc. » rappelle le Dr Larrousse.
Avec toutes les conditions réunies – le bon diagnostic, la bonne prise en charge, le bon traitement et une bonne observance –l’asthme sévère peut être bien contrôlé et n’est plus une fatalité.
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