[Grand reportage] Haïti : Pleurs au pays bien-aimé

« Le monde a besoin de voir ça, c’est l’enfer ici », glisse Walgens Pierre Jean, 33 ans, qui vit dans les ruines de l’ancien théâtre Rex, de Port-au-Prince, détruit par le séisme de 2010.

1 068 personnes s’y entassent dans des conditions insalubres, chassées de leur quartier de Carrefour-Feuilles par le gang de Grand Ravine qui s’est emparé de cette position stratégique du sud de la capitale.

Le pays ne cesse de se désagréger depuis l’assassinat du président de la République, Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021. Son successeur, le Premier ministre, Ariel Henry, soupçonné d’être en lien avec les auteurs du crime, gère l’intérim dans des conditions fragiles. Depuis plusieurs mois, il n’y a plus ni Parlement ni Sénat, faute d’élections. Les gangs prolifèrent. Issus de milices armées mises en place par les factions politiques, ils ont échappé à tout contrôle et font désormais régner la peur dans la capitale, multipliant meurtres, kidnappings et viols.

En avril 2023, le mouvement d’autodéfense Bwa Kale a tenté de régler le problème par la vindicte populaire, la population pourchassant et lynchant parfois les membres des bandes armées. Mais leur emprise touche dorénavant la province. La population quitte en masse le pays, aidée par les visas délivrés par les États-Unis, ce qui accentue la fuite des cerveaux. La communauté internationale, elle, n’ose s’engager, de peur de revivre le désastre de la mission onusienne (Minustah) entre 2004 et 2017. Et les conséquences à venir semblent toujours plus dramatiques: la production agricole, qui fait vivre nombre d’habitants en province, subit les contrecoups du blocage de la capitale par les gangs. Une crise alimentaire commence à émerger, aggravée par la fragilité du pays face au réchauffement climatique.

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