Le Groupe TVA a annoncé jeudi le licenciement de 547 employés, soit 31 % de son effectif, dans le cadre d’une restructuration qui comprend la refonte de son secteur de l’information, la fin de ses activités de production interne en contenu de divertissement et l’optimisation de son parc immobilier.
« La réalité est clairement difficile. Les chiffres cumulés des derniers mois le confirment. La situation déficitaire dans laquelle se trouve le Groupe TVA n’est pas viable », a expliqué en conférence de presse le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, qui a paru ému au moment d’annoncer ces importantes compressions.
En février dernier, Québecor avait déjà procédé à la suppression de 240 postes au sein de l’entreprise, dont 140 au sein de la filiale Groupe TVA. Des émissions à succès, comme Le monde à l’envers, ont aussi été retirées de la grille dans l’espoir de faire des économies « mais ces efforts sont clairement insuffisants. Dans ce contexte, Groupe TVA n’a d’autres choix que de prendre des décisions difficiles pour assurer son avenir et sa pérennité », a poursuivi Pierre Karl Péladeau.
L’homme d’affaires a indiqué que le déficit du Groupe TVA depuis le début de l’année s’élevait à près de 13 millions, seulement pour le secteur télévisuel. Or, le déficit se chiffrait à seulement 1,6 million à pareille date l’an dernier pour ce secteur. En cause : l’arrivée des plateformes d’écoute en continu, comme Netflix et Disney+, ce qui a engendré d’importantes pertes de revenus pour la télévision traditionnelle, et pas que pour TVA.
Selon des chiffres partagés jeudi par Québecor, les abonnements à la télévision ont baissé de 10 % depuis 2018. Les revenus publicitaires, eux, ont connu une chute de 25 % depuis 2012.
Dans une telle conjoncture, Pierre Karl Péladeau a de nouveau interpellé les décideurs à procéder à des allégements réglementaires pour aider les diffuseurs à sortir la tête de l’eau. Il a également déploré que les plateformes américaines soient soumises à peu de règles, contrairement aux diffuseurs.
« Les chaînes généralistes canadiennes sont réglementées et paient pour tout, alors que les plateformes mondialisées font ce qu’elles veulent et ne paient rien du tout », a résumé le président et chef de la direction de Québecor, qui a réitéré qu’il n’avait aucunement l’intention de se départir de TVA malgré le contexte difficile.
Déménagements et incertitudes
Concrètement, à l’issue de ce qui a été annoncé jeudi, les dernières émissions de divertissement qui étaient encore produites à l’interne, à savoir La poule aux oeufs d’or, le tricheur et Vlog, cesseront de l’être. Elles resteront à l’antenne, mais ces émissions seront produites dorénavant par des maisons de production privées.
Par ailleurs, TVA compte transformer le 1600, boulevard de Maisonneuve, l’édifice qui abrite TVA et le Journal de Montréal, en logements sociaux. Des discussions avec la Ville de Montréal doivent être engagées prochainement à ce sujet. L’ensemble des studios seront déménagés au 4545, rue Frontenac, l’ancien bâtiment de la salle de rédaction du Journal de Montréal dans l’est de Montréal, qui devra donc être rénové.
Idem à Québec, où le Journal de Québec déménagera dans le même édifice que la station locale de TVA. Quant aux autres stations régionales, elles continueront d’exister, mais leur mise en ondes se fera maintenant à partir de Québec. Les compressions affectent donc essentiellement les secteurs de la technique et de la production interne. L’impact pour les secteurs de l’information et des sports reste à éclaircir, alors que TVA Sports demeure un boulet financier pour l’ensemble de l’entreprise.
Pierre Karl Péladeau a évité de s’engager sur l’avenir de cette chaîne, qui n’a jamais été rentable depuis sa création, il y a une dizaine d’années. Il dit cependant avoir l’intention de respecter le contrat qui le lie à la Ligue nationale de hockey jusqu’en 2026 pour la diffusion des matchs du Canadien. C’est après que l’avenir de TVA Sports pourrait se décider.
Des incertitudes planent aussi autour d’autres chaînes spécialisées du Groupe TVA, principalement Yoopa, qui s’adresse aux enfants.
Revoir l’aide aux médias
À Québec, le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, a déploré une « triste nouvelle » dans l’univers culturel et médiatique québécois. Il a laissé entendre qu’il pourrait revoir l’aide aux médias dans leur ensemble, dans le contexte actuel de crise.
« Clairement, on doit avoir une discussion avec les entreprises de presse pour voir comment on peut les aider différemment. Comment on peut adapter notre aide au contexte d’aujourd’hui ? » a-t-il dit, depuis l’hôtel du Parlement.
M. Lacombe a confirmé avoir reçu plusieurs demandes de la part du Groupe TVA dans les derniers mois. Parmi celles-ci : le rehaussement des crédits d’impôt sur la masse salariale des médias. « Le système de financement des productions audiovisuelles date d’une autre époque », a-t-il affirmé, tout en faisant part de ses intentions de le revoir.
Avec La Presse canadienne et François Carabin
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