Une revue sur le contenu des enseignements de Guyane renaît de ces cendres : GuaÏana. Elle veut aider les professeurs à adapter leurs enseignements avec la réalité culturelle et sociale de leurs élèves.
Elle s’était arrêtée subitement en 2010 et elle revient de manière encore plus subite : GuaÏana. Une revue d’enseignants/chercheurs pour les professeurs et les étudiants est sortie au mois de mai.
Au programme : une réflexion sur la nécessité de rapprocher les enseignements au plus près du milieu culturel et social de l’élève et quatre cours clefs en main.
Derrière cette revue, on retrouve des membres de l’ancienne équipe de GuaÏana (2000-2010) comme Bruno Niederkorn et Alex Marcin, professeurs d’histoire et des membres de l’université comme les docteures Dominique Boisdron (sciences de l’éducation) et Linda Amiri (histoire).
GuaÏana se place de manière affirmée dans le champs des études postcoloniales. Un courant qui rencontre beaucoup d’oppositions dans les universités françaises.
Ses études remettent en cause l’impérialisme occidental, la violence et l’exploitation coloniales, déconstruisent les représentations coloniales de la culture, de l’identité, et de la « race », les interactions culturelles.
Homi Bhabha, Frantz Fanon, Edward Saïd
Les auteurs font appel aux sommités de ce mouvement Homi Bhabha et son célèbre « Les lieux de la culture » ; Edward Saïd « Culture et impérialisme » ; Frantz Fanon « Les damnés de la terre », « Peau noire masques blancs »
« On est convaincu par notre expérience intellectuelle et militante des bienfaits de cette réflexion sur notre métier. Souvent je commence un cours d’EMC en questionnant mes élèves pour leur faire prendre conscience de la situation : « Pourquoi je suis blanc, professeur et j’enseigne à des élèves noirs ? Quelle est notre histoire pour que cela se produise ici en Guyane ? », confie Bruno Niederkorn, professeur d’histoire et de lettres modernes au lycée Michotte de Cayenne.
« Le premier numéro est le témoin de notre conviction », affirme Dominique Boisdron. « Maintenant, nous voulons engager un travail de partage pour faire parler et écrire d’autres collègues. Je pense que nous devons nous rapprocher des étudiants de l’université aussi. C’est une réflexion commune sur la manière d’enseigner en Guyane. J’aime rappeler les travaux du sociologue Boaventura de Sousa Santos qui insistent sur ces savoirs qui échappent au savoir scientifique conventionnel et participent de la diversité du monde », se projette l’ancienne documentaliste.
Attention, pas d’onanisme intellectuel dans cette revue mais du concret. Les professeurs d’histoire et de géographie découvrent quatre séances à utiliser directement : sur les inégalités économiques et sociales en Guyane et dans l’hexagone ; sur l’expansion du monde connu (des Européens) du XVe au XVIIe ; une organisation d’un débat sur la citoyenneté française et européenne…
Des cours placés en début d’année de quatrième, troisième ou cinquième qui peuvent aider des professeurs nouvellement arrivés afin de coller au plus près des réalités des élèves.
« Le mot colonial est tabou »
« Il n’ya pas que le mot postcolonial qui pose problème mais le mot colonial, surtout. C’est un mot tabou en Guyane. On préfère utiliser le mot anticolonialisme qui limite la lutte à un système connu dans le temps. Les privilèges attachés à l’homme blanc continuent. Je peux, aujourd’hui oublier les papiers et traverser sans problème les barrages routiers de Régina ou d’Iracoubo », constate Bruno Nierderkorn, syndiqué au Steg-UTG.
Une réalité que met du temps à cerner des personnes qui arrivent en Guyane ou qui refusent de poser les problèmes en utilisant ce prisme. Un obstacle qui aboutit à des gestions de classe difficiles liées plus à l’incompréhension des deux parties qu’à un manque de bienveillance.
GuaÏana est la revue qui tente de remédier à ces écueils. On peut la retrouver dans tous les CDI et les médiathèques.
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