Guerre Israël-Hamas : la France va envoyer un deuxième porte-hélicoptères « transformé en bateau hospitalier »

Au 27ᵉ jour de la guerre opposant Israël et le Hamas, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU a estimé ce jeudi que les bombardements israéliens sur le camp de réfugiés de Jabaliya pourraient être des crimes de guerre. La France, par la voix du Quai d’Orsay a réitéré son appel à une trêve humanitaire immédiate. Elle va également envoyer un deuxième porte-hélicoptères « transformé en bateau hospitalier » au large de Gaza. L’armée israélienne a annoncé jeudi soir avoir mené une « vaste frappe » contre le mouvement libanais Hezbollah en réponse aux tirs depuis le Liban plus tôt dans la journée. France Bleu fait le point.

L’essentiel

  • Selon le Hamas, une nouvelle frappe israélienne sur une école de l’ONU a fait au moins 27 morts dans la bande de Gaza, ce jeudi
  • Les frappes sur le camp de Jabaliya, dans la bande de Gaza ont fait 195 morts et 777 blessés selon le Hamas, mais ce bilan est impossible à vérifier pour le moment
  • En raison du nombre de victimes et des dégâts, ces bombardements « pourraient être des crimes de guerre », estime l’ONU
  • La France va envoyer « autour de la mi-novembre » un deuxième porte-hélicoptères « transformé en bateau hospitalier » au large de Gaza
  • L’ONU estime que les frappes contre des cibles civiles dans la bande de Gaza ont entraîné la mort de plus de 3.500 enfants depuis le 7 octobre 2023. Plus de 20.000 blessés se trouvent toujours dans la bande de Gaza selon Médecins Sans Frontières (MSF)

Le porte-hélicoptères français Dixmude envoyé au large de Gaza

Le porte-hélicoptères Dixmude, l’un des trois porte-hélicoptères amphibie de la flotte militaire française, « est en train d’être équipé pour être transformé en bateau hospitalier » afin d’être envoyé au large de Gaza, a annoncé sur franceinfo le ministre des Armées Sébastien Lecornu ce jeudi.

A l’instar du « Tonnerre », porte-hélicoptères qui est parti le 25 octobre de Toulon pour soutenir les hôpitaux de Gaza, privés d’électricité, le Dixmude « pourrait être équipé d’un certain nombre de lits hospitaliers », a expliqué le ministre. « La planification » de son envoi « est en train d’être faite », a assuré Sébastien Lecornu. Actuellement en préparation à Toulon, il sera prêt à appareiller « autour de la mi-novembre », selon l’entourage du ministre.

Un avion militaire français, un A400M, s’est « posé » ce jeudi en Egypte « pour déposer plusieurs dizaines de tonnes de fret sanitaire » et deux autres vols suivront, « les 3 et 5 novembre prochain », a précisé le ministre. « Nous serons en mesure aussi peut-être de déployer des éléments de notre médecine militaire », a-t-il aussi avancé. « Le service de santé des armées dispose d’antennes de chirurgie avancée, par exemple, avec une bonne expertise des blessures de guerre. C’est autant d’objets de moyens que la France met sur la table », a souligné le ministre des Armées.

L’attaque d’une école de Gaza fait plusieurs morts selon le Hamas

Une nouvelle frappe israélienne près d’une école de l’ONU, dans un camp de réfugiés de Gaza a fait au moins 27 morts, selon le ministère de la Santé du Hamas. Un bilan pour le moment impossible à vérifier. L’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, qui gère cette école n’a pas encore réagi.

En Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, trois Palestiniens et un Israélien ont été tués ce jeudi dans des violences. La Cisjordanie est en proie à une intensification des violences depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza.

Condamnations des frappes sur le camp de Jabaliya

Le camp de réfugiés de Jabaliya, dans la bande de Gaza, a été visé à deux reprises par des bombardements, mardi 31 octobre et mercredi 1er novembre. Selon le Hamas, ces frappes ont fait 195 morts, 777 blessés et 120 disparus sous les décombres. Mais ce bilan ne peut pas être vérifié dans l’immédiat. Israël a expliqué avoir visé – avec succès – Ibrahim Biari, présenté comme un des responsables de l’attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien du 7 octobre en Israël.

Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU estime sur X (ex-Twitter) que ces bombardements « pourraient être des crimes de guerre, compte tenu du nombre élevé de victimes civiles et de l’ampleur des destructions ».  Mais ce n’est pas au Haut-Commissariat de dire si oui ou non un crime de guerre a été commis. Cela relève des compétences de Cour pénale internationale.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres s’est dit pour sa part « atterré » par ces bombardements et « condamne dans les termes les plus forts la mort de civils », répétant l’appel à « toutes les parties de mettre un terme à ces violences et souffrances choquantes » ainsi que la libération des otages par le Hamas.

La France a également condamné les frappes contre le camp de Jabaliya. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères se dit « profondément inquiet du très lourd bilan pour les populations civiles palestiniennes des frappes israéliennes contre le camp de Jabaliya  » et exprime « sa compassion à l’égard des victimes ».

La France « rappelle que la protection des populations civiles est une obligation du droit international qui s’impose à tous », et elle « réitère son appel à une trêve humanitaire immédiate afin que l’aide puisse parvenir à ceux qui en ont besoin de façon durable, sûre et suffisante », conclut le communiqué du Quai d’Orsay.

« Dernier appel » pour l’hôpital al-Shifa

Mohammed Abu Selmeya, directeur de l’hôpital al-Shifa à Gaza, le plus grand du territoire, a lancé un  « dernier appel concernant l’arrêt du générateur principal » , faute de carburant. « Si ce générateur s’arrête, la prochaine annonce sera la mort de bébés sous incubateurs, de patients sous ventilateurs, dans les soins intensifs et les salles d’opération » .

Par ailleurs, un centre de traitement du cancer est désormais hors service en raison du manque de carburant et des dégâts occasionnés par des frappes aériennes dans le quartier, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Selon le chef de l’OMS, 14 hôpitaux sur 36 que compte la bande de Gaza ne fonctionnent plus, ainsi que deux centres médicaux spécialisés. Et Tedros Adhanom Ghebreyesus de préciser que l’OMS continuait à exiger un « cessez-le-feu humanitaire ».

Selon le chef de l’OMS, 14 hôpitaux sur 36 que compte la bande de Gaza ne fonctionnent plus, ainsi que deux centres médicaux spécialisés. Et Tedros Adhanom Ghebreyesus de préciser que l’OMS continuait à exiger un « cessez-le-feu humanitaire ».

La communauté internationale poursuit sa mobilisation

  • L’ONU s’inquiète des violations des droits des enfants

Ces dernières heures, une partie de la communauté internationale a de nouveau condamné la guerre entre Israël et le Hamas. L’ONU a dénoncé « les graves violations des droits des enfants » dans la bande de Gaza. Le Comité des droits de l’enfant a déclaré : « une guerre qui tue des milliers d’enfants n’a pas de vainqueur ». Selon l’Organisation des Nations unies, les attaques israéliennes contre des cibles civiles dans la bande de Gaza ont entraîné la mort de plus de 3.500 enfants depuis le 7 octobre 2023. Le Comité des droits de l’enfant de l’ONU se dit également « profondément préoccupé » par le sort des enfants qui continuent être retenus en otages par le Hamas.

Des experts de l’ONU, dont la rapporteure spéciale sur la situation des droits humains dans les territoire palestiniens occupés, ont estimé pour leur part jeudi que le peuple palestinien « court un grave risque de génocide« , dans un communiqué commun diffusé à Genève.

« Nous restons convaincus que le peuple palestinien court un grave risque de génocide », écrivent ces experts indépendants mandatés par le Conseil des droits de l’homme mais qui ne parlent pas au nom des Nations unies.

  • Les États-Unis favorables à une « pause » du conflit

Joe Biden s’est dit mercredi favorable à une « pause » du conflit afin de permettre aux « prisonniers » de quitter l’enclave. Le président américain, candidat à un second mandat, s’exprimait lors d’un événement destiné à lever des fonds quand un membre de l’assistance l’a interpellé : « En tant que rabbin, je vous demande d’appeler à un cessez-le-feu immédiatement ».

La Maison Blanche, interrogée sur ces propos, a par la suite précisé que par « prisonniers », le président faisait référence aux otages du mouvement islamiste Hamas. La Maison Blanche refuse jusqu’ici d’évoquer un cessez-le-feu, estimant que cela ferait exclusivement le jeu du Hamas, mais a déjà appelé à des « pauses humanitaires » pour permettre d’acheminer de l’aide ou de procéder à des évacuations.

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken est attendu vendredi en Israël, où il s’entretiendra avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Il doit aussi retourner en Jordanie et pourrait faire d’autres étapes, mais il s’est refusé à donner des précisions.

C’est dans ce contexte que le Congrès américain commence ce jeudi à discuter d’une aide à Israël (14 milliards de dollars) et à l’Ukraine (61 milliards de dollars). Joe Biden 9 milliards de dollars pour répondre à des crises humanitaires internationales, y compris dans la bande de Gaza.

  • L’Allemagne réitère sa solidarité avec Israël

Mercredi, le chancelier allemand Olaf Scholz a rappelé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu que la protection des civils dans la bande de Gaza et l’acheminement de l’aide humanitaire étaient cruciaux. Le chef du gouvernement allemand a tout de même « réitéré la solidarité indéfectible de l’Allemagne avec Israël », lors d’une conversation téléphonique entre les deux hommes.

  • L’Égypte va aider à évacuer des étrangers de la bande de Gaza

L’Egypte va aider à évacuer « environ 7.000 » étrangers et binationaux de la bande de Gaza, par le point de passage de Rafah, a annoncé jeudi le gouvernement égyptien. Ces personnes qui seront évacuées représentent « plus de 60 nationalités », selon le vice-ministre égyptien des Affaires étrangères, Ismail Khairat.

  • La Turquie ouvrira ses hôpitaux de campagne pour traiter les blessés palestiniens

La Turquie dit attendre le feu vert des autorités égyptiennes pour ouvrir ses hôpitaux de campagne à Rafah, à la frontière égyptienne de la bande de Gaza, afin d’y traiter des blessés palestiniens. « Nous avons fait les préparatifs nécessaires à l’établissement de vingt hôpitaux de campagne sur l’aéroport d’El Arish, dans un secteur proche de Rafah », a déclaré le ministre turc de la santé sur X (ex-Twitter).

La Turquie, soutien traditionnel de la cause palestinienne, a haussé le ton récemment contre Israël pour condamner les bombardements qui frappent les populations civiles de Gaza. Elle a déjà envoyé plusieurs avions-cargos chargés de vivres, de matériel médical et de médicaments à destination de Gaza.

Des Français et des Américains parmi les personnes évacuées de Gaza mercredi

Un « premier groupe de cinq ressortissants français » figure parmi les plus de 400 personnes évacuées mercredi 1er novembre de Gaza vers l’Égypte, a annoncé le ministère français des Affaires étrangères. Les cinq Français évacués sont des humanitaires, dont quatre de Médecins sans Frontières (MSF).

Joe Biden a annoncé pour sa part que des citoyens américains faisaient partie des personnes évacuées et a dit « prévoir d’autres départs ces prochains jours ». Le président américain ne précise pas le nombre d’Américains évacués, mais assure que c’est grâce au « rôle moteur » des États-Unis que « des Palestiniens blessés et des citoyens étrangers » ont pu quitter l’enclave, fuyant la guerre entre Israël et le Hamas.

Au total, 76 blessés palestiniens et 335 étrangers et binationaux ont été évacués mercredi de la bande de Gaza, selon un responsable égyptien.

Ce jeudi, un groupe d’une centaine d’étrangers et de binationaux, parti dans la matinée du sud de la bande de Gaza à bord de deux bus, est arrivé en Egypte via le terminal de Rafah. Près de 500 personnes devraient traverser la frontière, selon des responsables égyptiens.

Le bilan

Plus de 20.000 blessés se trouvent toujours dans la bande de Gaza, affirme Médecins Sans Frontières (MSF). L’ONU et plusieurs ONG alertent sur la situation humanitaire catastrophique dans le petit territoire palestinien qui compte 2,4 millions d’habitants.

Au total dans la bande de Gaza, près de 9.000 personnes ont été tuées depuis le 7 octobre dans les bombardements israéliens, selon le Hamas. 217 camions d’aide sont entrés à Gaza par Rafah depuis le 21 octobre, indiquent les Nations Unies. Avant le 7 octobre, environ 500 camions entraient à Gaza chaque jour.

« A Gaza, des femmes, des enfants et des hommes meurent de faim, sont traumatisés et tués dans des bombardements. Ils ont perdu toute foi en l’humanité et tout espoir dans l’avenir », a déclaré Martin Griffiths, le chef des opérations humanitaires de l’ONU, de retour d’un déplacement en Israël et en Cisjordanie.

Selon les autorités israéliennes, au moins 1.400 personnes ont été tuées en Israël, en majorité des civils et la plupart le 7 octobre, jour de l’attaque du Hamas d’une ampleur et d’une violence inédites depuis la création d’Israël en 1948.

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