Il y a un mélange de sidération et de colère chez les salariés d’Habitat qui n’ont pas pris la mesure de ce qui se tramait au sein de leur entreprise depuis cet été et qui s’est soldé par une liquidation judiciaire prononcée par le Tribunal de commerce de Bobigny, ce jeudi 28 décembre.
Dans les Alpes-Maritimes et à Monaco, ils sont une trentaine sur le carreau, dont beaucoup ont plus de 50 ans. Pour nombre d’entre eux, l’ancienneté dans l’entreprise se compte en décennies.
Fermetures les unes après les autres
« J’ai 15 ans de maison, explique Eve, 51 ans. J’ai travaillé à Nice-Etoile. Puis Habitat a ouvert le 15 décembre 2022 avenue Jean-Médecin. Tous les salariés étaient très motivés avec l’ouverture du nouveau magasin qui marchait très bien. Depuis la fermeture définitive le 11 décembre dernier, c’est le coup de massue. »
Nathalie, quant à elle, est restée plus de 10 ans à Monaco. La boutique a baissé le rideau le 30 novembre. À quelques années de la retraite, célibataire, elle s’inquiète pour l’avenir. « Tout s’écroule. On a tout perdu et on ne nous a rien dit. C’est une tragédie. L’entreprise avait une histoire, une identité et des valeurs portées par Terence Conran depuis 1964. »
À Antibes, Christelle, 36 ans, célibataire, « pense à [ses] collègues plus âgés. Le magasin a fermé le 4 décembre au soir. »
Tous les salariés sont dans la même situation. Ils n’ont rien vu de leur 13e mois. Le salaire de novembre a été payé mi-décembre. Celui de décembre a été versé à hauteur de 60% en début de mois. Les 40% restants devraient être donnés mi-janvier.
Et pour l’heure, impossible de chercher du travail ailleurs car les 315 salariés de France et Monaco ne sont pas encore licenciés.
Et la machine s’emballe
Tout est allé très vite dès lors que les graves difficultés financières de l’entreprise ont été révélées dans les médias. « Les salariés se sont mobilisés le 23 novembre devant le magasin de Nice quelques jours avant sa fermeture », explique Dominique Chave-Larose, responsable du commerce sur le 06 pour la CGT. Trop tard. Moins de dix jours après le placement en redressement judiciaire, les administrateurs judiciaires ont annoncé le 15 décembre qu’ils comptaient demander la liquidation de l’entreprise. C’est aujourd’hui chose faite.
L’état de sidération des salariés s’explique peut-être par le manque de transparence de leur direction. « On ne recevait plus aucune marchandise depuis cet été, explique la salariée monégasque. On ne comprenait pas ce qu’il se passait. » Même situation à Nice: « On a commencé à comprendre qu’il y avait de gros problèmes dans l’entreprise quand il n’y a plus eu de livraison en octobre, explique Eve. Mais on ne nous disait rien. » À Antibes, idem: « La “Liquidation pour travaux » organisée du 23 août au 23 octobre nous a mis la puce à l’oreille parce que le magasin n’avait clairement pas besoin d’être rénové, note Christelle. Mais la direction Habitat disait que tout allait bien. »
Ratiba Hammache, déléguée centrale CGT d’Habitat, insiste sur « l’esprit de famille » qui animait les salariés. » On se sent abandonnés. On va entreprendre toutes les actions nécessaires pour comprendre ce qui s’est passé. »
L’enseigne qui a démocratisé le mobilier design devait fêter ses 60 ans en 2024.
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