Assurant la mission Jeanne d’Arc 2024 avec la frégate Guépratte, le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Tonnerre, de la Marine nationale, a été mobilisé ces derniers jours pour participer aux évacuations de ressortissants français et d’autres nationalités à Haïti.
La France a lancé le week-end dernier une opération d’aide au départ volontaire de ressortissants souhaitant quitter Haïti, confronté depuis le début du mois à une crise politique et sécuritaire majeure. Alors que la capitale Port-au-Prince est plongée dans le chaos et la violence, en proie aux attaques de gangs locaux qui déstabilisent les institutions du pays, 1100 Français et binationaux résidaient sur le territoire au début de la crise. En raison de l’interruption des lignes aériennes commerciales, les forces armées françaises sont intervenues depuis la mer. L’objectif du Quai d’Orsay, qui s’est appuyé sur l’ambassade de France à Port-au-Prince pour assurer le lien avec les résidents et coordonner la manœuvre avec les militaires, était d’évacuer prioritairement les personnes « en situation de vulnérabilité », des gens âgés ou ayant besoin de soins médicaux, par exemple.
Le 12 mars, au lendemain de la démission du premier-ministre haïtien Ariel Henry, le Tonnerre est arrivé à Fort-de-France après avoir traversé l’Atlantique en provenance du Cap Vert. Initialement, il était prévu que le PHA rejoigne la Guyane mais la situation à Haïti a entrainé son déroutement vers la Martinique. Le bâtiment y a embarqué des moyens complémentaires afin de pouvoir assurer les opérations d’évacuation. Des moyens acheminés depuis la métropole, avec notamment l’arrivée à l’aéroport du Lamentin, le 13 mars, d’hélicoptères transportés par A400M. Des forces spéciales, ainsi que des Cougar et Caracal ont ainsi embarqué sur le Tonnerre, qui disposait déjà à son bord de deux Gazelle de l’ALAT et un Dauphin de la flottille 34F de l’aéronautique navale. Le bâtiment, qui accueille par ailleurs dans le cadre de son déploiement un groupement tactique de l’armée de Terre fort de 120 soldats et 40 véhicules, ainsi que des moyens amphibies, s’est positionné devant les côtes haïtiennes pour déployer les hélicoptères et amener à bord les ressortissants souhaitant quitter le pays. Ils ont été pris en charge par les marins et l’équipe médicale du Service de santé des armées présente sur le bâtiment, qui dispose de solides infrastructures hospitalières. Les ressortissants ont été installés dans le hangar du PHA, où des rangées de lits picots avaient été mises en place.
Récupération de ressortissants à Haïti.
Transfert de ressortissants sur le PHA Tonnerre.
Prise en charge des ressortissants sur le Tonnerre.
L’opération a été déclenchée le 23 mars par le ministère des Armées, en lien avec le Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Ce dernier a indiqué mercredi 27 mars que « plus de 170 ressortissants français » et « près de 70 ressortissants européens et d’Etats tiers » ont été transférés sur le Tonnerre, qui a mis le cap sur Fort-de-France, où ces personnes seront débarquées.
Le Tonnerre à son départ de Toulon le 19 février.
L’édition 2024 de la mission Jeanne d’Arc a donc connu un deuxième évènement d’importance avec cette opération d’évacuation de ressortissants, qui suit la saisie, le 4 mars, de près de 900 kilos de cocaïne au large des côtes africaines. Le concept de cette mission, qui a succédé en 2010 aux campagnes de l’ancien bâtiment-école Jeanne d’Arc, prouve donc une nouvelle fois sa pertinence. Ce déploiement annuel vise en effet à parachever la formation à la mer des officiers-élèves de la Marine nationale et, dans le même temps, de pré-positionner dans une zone d’intérêt stratégique une force opérationnelle prête à intervenir en cas de besoin. Ce qui fut le cas à plusieurs reprises depuis 15 ans, tant pour des opérations d’aide à des populations sinistrées par des catastrophes naturelles que pour des évacuations de ressortissants, ou encore le soutien logistique et médical à Mayotte lors de la crise du Covid en 2020.
Pour mémoire, le Tonnerre et le Guépratte ont appareillé le 19 février de Toulon pour un déploiement qui durera jusqu’à la fin juillet. Ce groupe amphibie, qui compte près de 800 marins et soldats, dont 162 officiers-élèves, va faire le tour de l’Amérique latine. Il doit normalement passer par le Brésil, l’Argentine, le Pérou, Panama et la Colombie, avant de revenir dans la zone des Caraïbes puis mettre le cap au Nord vers les Etats-Unis et Saint-Pierre et Miquelon. Il retraversera ensuite l’Atlantique, avec un passage prévu à la pointe Bretagne en juillet à l’occasion des fêtes maritimes de Brest, avant de revenir à Toulon.
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