Haïti-Les USA demandent au PM d’accélérer la transition politique – 07/03/2024 à 03:22

par Steven Aristil et Sarah Morland

Les Etats-Unis ont
dit mercredi qu’ils demandaient au Premier ministre haïtien
Ariel Henry d’accélérer la transition politique en Haïti, alors
que des gangs armés cherchent à l’évincer et que la situation
sécuritaire et la crise humanitaire empirent dans le pays.

Ariel Henry se trouve depuis mardi à Porto Rico, territoire
américain, apparemment incapable ou peu désireux de retourner
dans son pays après avoir effectué une visite au Kenya, lors de
laquelle il a signé un accord de sécurité pour lutter contre la
violence des gangs.

Un porte-parole du département d’Etat américain a déclaré
que Washington ne poussait pas Ariel Henry à démissionner, mais
qu’il souhaitait que le Premier ministre haïtien « accélère » la
transition politique.

Les Etats-Unis ont également indiqué qu’ils n’aidaient pas
Ariel Henry à rentrer en Haïti.

« Nous ne fournissons aucune assistance pour aider le Premier
ministre à rentrer en Haïti », a déclaré Karine Jean-Pierre,
porte-parole de la Maison blanche.

Les gangs haïtiens ont prévenu que si Ariel Henry ne
démissionnait pas de ses fonctions et qu’il continuait à
bénéficier du soutien de la communauté internationale, une
guerre civile pourrait éclater.

« Si Ariel Henry ne se démissionne pas, si la communauté
internationale continue de le soutenir, alors ils nous
conduiront directement à une guerre civile qui se terminera par
un génocide », a déclaré mardi Jimmy Chérizier, un ancien
officier de police devenu chef de gang, lors d’une conférence de
presse.

PAS DE CONSENSUS

Ariel Henry, arrivé au pouvoir en 2021 après l’assassinat du
président Jovenel Moïse, s’était précédemment engagé à quitter
le pouvoir avant le début du mois de février. Il a par la suite
affirmé que la sécurité devait d’abord être rétablie afin de
garantir des élections libres et équitables.

Les dirigeants de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) ont
rencontré trois jours durant des représentants du gouvernement
haïtien et des personnalités de l’opposition des secteurs privé,
civil et religieux, a déclaré le président de la CARICOM, Irfaan
Ali, également président du Guyana.

Irfaan Ali a indiqué qu’il n’avait pas été possible de
trouver « une quelconque forme de consensus » entre les principaux
acteurs haïtiens, ajoutant qu’il était essentiel d’y parvenir,
alors que des pays s’apprêtent à déployer des soldats en Haïti.

« Ils sont tous conscients du prix de l’échec », a-t-il dit.
« Le fait qu’il y ait eu plus de morts en Haïti au début de cette
année qu’en Ukraine doit faire réfléchir tout le monde. »

UNE SITUATION PLUS QU’INTENABLE

Le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme,
Volker Turk, a appelé au « déploiement urgent et sans délai » de
la mission de sécurité étrangère approuvée par le Conseil de
sécurité de l’Onu en octobre, affirmant qu’il n’y avait pas
d’alternative réaliste pour protéger les vies: « Cette situation
est plus qu’intenable pour le peuple haïtien. »

Près de 1.200 personnes ont été tuées et près de 700 autres
blessées en Haïti depuis le début de l’année, selon les Nations
unies. Quelque 360.000 personnes ont également été déplacées
dans le pays.

Des viols et des actes de torture ont été signalés et
l’accès aux produits de première nécessité et aux services de
base a été bloqué.

« Chaque jour qui passe apporte de nouvelles privations et de
nouvelles horreurs », a déclaré Catherine Russell, directrice de
l’UNICEF.

Une association d’hôpitaux privés a déclaré mercredi qu’en
raison du conflit, de nombreux hôpitaux avaient été victimes
d’attaques violentes et étaient confrontés à de graves pénuries,
notamment de carburant et d’oxygène.

Le Conseil de sécurité de l’Onu se réunit à huis clos
mercredi pour discuter de la situation en Haïti.

(Reportage Harold Isaac et Steven Aristil à Port-au-Prince,
Sarah Morland à Mexico, Ricardo Aruengo, Ivelisse Rivera et
Julio-Cesar Chavez à San Juan, Roberston S. Henry à Kingstown,
Gabrielle Tetrault-Farber à Genève, Rami Ayyub et Humeyra Pamuk
à Washington et Michelle Nichols aux Nations unies; version
française Camille Raynaud)

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