« Il faut une réglementation européenne plus claire sur les fonds durables »

Publié le 17 nov. 2023 à 10:10

Créée en 1992, votre filiale Morningstar Sustainalytics évalue la durabilité des sociétés. Constatez-vous des progrès en la matière ?

Je suis assez optimiste. La qualité et la comparabilité des données des entreprises se sont beaucoup améliorées, ce qui permet aux sociétés de gestion d’y voir plus clair pour leurs investissements ESG (conformes aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance). Aujourd’hui, 71 % des grandes sociétés cotées déclarent leur empreinte carbone, et en plus du scope 1, qui recouvre leurs émissions directes de CO2, les entreprises donnent de plus en plus d’informations sur leurs émissions de scope 2 et 3, qui correspondent respectivement aux émissions indirectes et à celles des activités en amont et en aval. Par ailleurs, les différentes réglementations (CSRD en Europe, ISSB créé par les Nations unies en 2021, etc.) devraient aboutir, in fine, à un standard global.

Quel est le rôle des sociétés de gestion dans la transition énergétique ?

Elles jouent un rôle essentiel dans le développement de l’offre de solutions d’investissement durable. Ainsi, les fonds article 8 et 9 de la réglementation européenne [les plus exigeants en matière de durabilité] pesaient près de 5.000 milliards d’euros à fin septembre 2023. Les investisseurs institutionnels eux-mêmes ont un rôle à jouer : d’après notre étude parue début octobre, les deux tiers d’entre eux estiment que les facteurs ESG sont devenus plus importants dans les politiques d’investissement ces cinq dernières années. Et leurs initiatives se multiplient, comme Climate 100 +, pour inciter les grands émetteurs de gaz à effet de serre à réduire leurs émissions et renforcer leur communication sur le sujet. Les sociétés de gestion et les institutionnels eux-mêmes se fixent des objectifs, comme Axa IM, qui s’est engagé à atteindre la neutralité carbone en 2050.

Qu’en est-il des investisseurs individuels ?

Dans l’ensemble, les investisseurs sont de plus en plus féminins et de plus en plus jeunes. Un public généralement beaucoup plus attaché à l’investissement durable, auquel les sociétés de gestion doivent s’adapter. L’évolution de la technologie et l’usage des smartphones leur permettent de personnaliser et cibler les offres. L’investisseur aura de plus en plus de choix.

La Commission européenne souhaite améliorer la réglementation SFDR. Il est même question de faire disparaître les articles 8 et 9. Qu’en pensez-vous ?

Ce n’est pas déraisonnable, si personne n’est satisfait du dispositif. Il faut une réglementation européenne plus claire sur les fonds durables. Le régulateur doit parvenir à une réglementation utilisable et compréhensible, qui permette d’améliorer la comparabilité de ce qui est proposé aux investisseurs.

Quels sont les principaux enjeux aujourd’hui pour les sociétés de gestion ?

Compte tenu de l’abondance de données, elles doivent savoir faire le tri et identifier ce qui compte vraiment. L’autre enjeu est de parvenir à parler un langage commun : aujourd’hui, surtout en matière d’ESG, les gestionnaires d’actifs estiment avoir leur recette secrète unique, il va falloir uniformiser tout cela. Enfin, la concurrence continue de mettre la pression sur les prix et le besoin de technologie, il est impératif pour les sociétés de gestion de nouer des partenariats ou de développer elles-mêmes des outils technologiques de pointe.

Les spécialistes des ETF (fonds indiciels cotés) seront-ils les grands gagnants ?

Aux Etats-Unis , la fiscalité leur offre un avantage majeur sur les fonds traditionnels. Mais ailleurs, ces derniers peuvent rivaliser, en abaissant les coûts, car ils ne sont en réalité pas plus chers à concevoir. La comparaison entre les stratégies actives et passives est trompeuse : le vrai débat se situe entre les frais élevés et les faibles coûts. Les investisseurs ont accès à davantage de fonds à faibles coûts – qu’ils soient gérés activement ou passivement – aux Etats-Unis, mais je pense que cette tendance s’étend à d’autres marchés. Les frais sont la première chose que devrait regarder un investisseur, car il retirera le maximum de son placement ! Pour abaisser leurs coûts et conserver des marges élevées, les sociétés de gestion ont toutefois besoin d’économies d’échelle. Les grands acteurs y sont parvenus naturellement grâce au succès de leurs produits « low cost ».

Quelle est la stratégie de Morningstar ?

Lorsque je suis arrivé dans le secteur il y a 25 ans, le profil des investisseurs était très simple : la plupart détenaient des actions, des obligations et de la trésorerie. Aujourd’hui, ils ont ajouté de nouvelles classes d’actifs dans leurs portefeuilles, notamment les actifs privés . Nous devons éclairer les investisseurs. C’est pourquoi nous avons développé une offre dans les actifs privés, avec l’acquisition de PitchBook en 2016, et nous utilisons la technologie pour offrir des conseils de plus en plus personnalisés aux investisseurs.

Avec la mise en oeuvre de CSRD dans les prochaines années, qui exigera plus de transparence des entreprises en matière d’ESG, les services de Morningstar Sustainalytics seront-ils autant demandés ?

Oui. Fruit de plusieurs décennies d’élargissement de notre couverture de données, il ressort clairement qu’il existe un besoin permanent de données de qualité et d’analyse.

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