« Il faut une volonté politique réelle pour lutter contre la criminalité en Haïti », estime Me Lucmane Delille


Le pays ne cesse de s’enfoncer dans la violence avec une remontée spectaculaire des cas de kidnappings ces derniers temps. De son côté, le gouvernement d’Ariel Henry a accueilli favorablement la proposition du Kenya qui dit vouloir prendre la tête d’une force internationale spécialisée afin d’aider Haïti à sortir de ce climat sécuritaire délétère. L’ancien ministre de la Justice et de la Sécurité publiques, Lucmane Delille, dans une interview accordée au quotidien Le National, dit croire que la solution reste haïtienne. Pour freiner le kidnapping en Haïti, les dirigeants doivent cesser d’être de connivence avec les bandits, plaide Me Delille.

 

De l’avis de l’ancien ministre de la Justice et de la Sécurité publique, il est inacceptable que les dirigeants restent sans rien faire et laissent aux bandits le champ libre pour faire ce que bon leur semble. Si je remonte à l’histoire, depuis l’indépendance de ce pays, on n’a jamais vécu ces genres de drames, dit-il. On a eu des hauts et des bats, des problèmes d’insécurité on en a connu pas mal, mais ce que nous vivons présentement où les gangs armés opèrent en toute quiétude, les citoyens sont aux abois, des gens de bien ont dû prendre la fuite, je n’ai jamais vécu des périodes aussi sombres en Haïti de toute ma vie, poursuit l’ancien commissaire du gouvernement près du Tribunal de première instance de Port-au-Prince, Me Lucmane Delille lors de cette interview. 

 

« C’est à partir de 1994, malheureusement on avait pris la décision de démobiliser les forces armées d’Haïti. Depuis la démobilisation des forces armées, toutes les infrastructures sécuritaires du pays ont éclaté et c’est ce qui nous a menés jusqu’à cette décente aux enfers. C’est durant cette période que les bandits armés ont pris naissance », a-t-il expliqué.

 

En ce qui concerne l’intervention d’une force internationale adaptée pour accompagner la police nationale d’Haïti dans la lutte contre le grand banditisme dans le pays, Me Lucmane Delille pense que nous devons compter sur nous-mêmes. Selon lui, nous sommes dans cette situation également parce qu’il y a un manque de volonté du côté des autorités concernées. Quand j’étais commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, j’avais déclaré la guerre aux criminels de tout poil et conseille aux kidnappeurs de changer de métier. J’avais réduit le kidnapping à zéro, a-t-il souligné tout en manifestant sa bonne volonté de toujours servir son pays. Cependant il dit être prudent en cette période vu que la situation désastreuse actuelle va au-delà de sa compréhension.

 

Selon l’ancien ministre de la Justice et de la Sécurité publique, cette histoire de kidnapping peut être résolue. Pour ce faire, il a déclaré que les dirigeants actuels ou ceux qui auront prochainement à mener la barque du pays doivent aimer le pays sans bluffer, une volonté politique franche obligatoire, les autorités concernées doivent cesser d’être de connivence avec les bandits armés qui alimentent le deuil dans le pays et ils doivent agir avec courage « sans peur ni crainte », a renchéri Me Lucmane Delille qui a fait savoir que les deux ans du Premier ministre Ariel Henry à la tête du pays, ce sont deux années perdues et catastrophiques. « Le bilan est désastreux et c’est la population haïtienne qui en paie les frais. »

 

Vladimir Predvil

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