Le tribunal correctionnel s’est penché sur une affaire de piège tendu aux dépens du directeur de la Fondation Hector-Otto. Perpétré par un couple français dans l’établissement à vocation sociale d’aide aux aînés, l’artifice, propice à mettre dans une situation périlleuse le responsable et, à terme, l’évincer de son fauteuil d’administrateur, s’articulait autour d’une série de procédés déloyaux dans le courant du second semestre 2020.
Rien n’arrêtait ces contradicteurs roquebrunois, pour fomenter trouble et désordre: atteinte à la vie privée, menaces de mort, dénonciation calomnieuse, diffamation.
Autant d’infractions dont l’issue est venue conforter des soupçons d’ambitions professionnelles, carriérisme, prospective, pouvoir, caressés principalement par le mari de la prévenue.
Harcèlement épistolaire et téléphonique
A l’époque, cette femme de 36 ans, aujourd’hui licenciée et sans emploi, occupait le poste important d’attaché de direction. Sans être spéculatif, le président Florestan Bellinzona se lance dans une interrogation existentielle. « En tant que numéro deux, convoitait-elle la place hiérarchique?
– Non, répond le prévenu en l’absence de son épouse à l’audience.
– Pourtant, objecte le magistrat, Madame avait déjà démontré jadis plein d’idées sur une possible amélioration de la gestion de la fondation. Faut-il percevoir une finitude dans cet acharnement à descendre son supérieur hiérarchique au cours des mois concernés? Pourquoi ces lettres anonymes adressées au personnel et diffusées massivement sur la Principauté, jusqu’au Palais, Ministère d’État, mairie, Sûreté publique, voire la presse locale et même nationale? Une expertise graphologique certifie que vous en êtes l’auteur afin de dénoncer une profonde corruption de la part du directeur en poste et de ses éventuels profits: pots-de-vin, studio, enveloppes d’argent, repas et autres avantages.
– Je n’étais pas bien moralement, répond globalement le contrevenant après avoir nié toute participation au processus d’élimination pendant l’enquête.
– Mais c’est pire! Il est question de haine. Voire d’une jalousie féroce! Vous vouliez nuire. C’est quoi ces menaces de mort en russe qui ont imposé une surveillance policière pour la famille? »
Le mari dément en partie ce qui lui est reproché à la barre ou bien il ne peut pas l’expliquer.
« J’ai commis une erreur! Je vis actuellement avec l’argent versé par Pôle emploi, ponctue-t-il sur le ton du désespoir.
– Votre épouse a-t-elle pardonné votre comportement? s’enquiert le magistrat.
– C’est très dur actuellement… »
A la suite de cette réponse laconique, le prévenu se referme sur lui-même. Alors, la partie civile déploie arguments, convoitises et douleurs consécutives à une trahison des plus basses.
« J’ai beaucoup travaillé avec cette dame sur le projet Giaume dans la bonne entente, rapporte le plaignant. Or, aux menaces de mort insupportables sur ma famille s’ajoutaient des dénonciations invraisemblables! Jusqu’à recevoir une centaine de courriers et d’appels téléphoniques par jour sur un trimestre remplis de reproches. Si j’ai bénéficié de quelques possibilités, elles m’ont été accordées à titre exceptionnel par la Fondation. Cette femme que vous jugez, pétrie d’ambition, se serait bien vue me remplacer après quatorze ans à la tête de l’établissement et plus de cent vingt employés. »
« Un personnage aux intentions funestes »
Relayé par son conseil, l’avocat fait état « d’un déferlement de vomissures ». « Mon client serait un assassin, dénonce Me Régis Bergonzi, qui pousserait au suicide! Un roitelet qui bénéficierait d’une garçonnière! L’affaire est particulière! Surtout quand le détracteur arrose les autorités de la place pour évincer la victime de son poste, alors que toute l’équipe loue ses capacités et qualités de gestionnaire. Le véritable coupable est enfin devant vous. Il a menti aux policiers et a tout manigancé afin de placer son épouse numéro un pour en toucher les dividendes. Madame est absente afin d’esquiver vos questions. Je sollicite la liberté d’épreuve et mes demandes financières. »
Dans son long réquisitoire, le parquet estime que le faisceau d’indices n’est pas là pour faire tomber l’épouse, présentée comme une complice.
« Alors, reste-t-il un chevalier blanc, se demande le premier substitut Valérie Sagné. Plutôt un personnage aux intentions funestes, pétri de haine, aux proportions délirantes. Il n’apporte aucune preuve de tout ce qu’il dénonce avec calomnie. Jusqu’aux menaces de mort! Ce n’est pas anodin… Madame, trahie par son mari, a perdu son emploi. Je propose deux mois avec sursis. Monsieur, par ses agissements, doit-il être incarcéré? Il me manque l’explication. Une imbécillité crasse? Une thérapie tenant de la psychiatrie? Six mois assortis du sursis. »
Finalement, Me Maeva Zampori, dans sa plaidoirie, confirme la version la plus plausible: « L’incompréhension de tout ce qui a pu passer dans la tête de mon client. Tout au long de l’audience, il a été incapable de donner la moindre explication ou motif sur son implication. Prenez en compte ses activités dans le bénévolat. Soyez cléments, il est sans antécédents judiciaires. Madame n’est pas coauteur des infractions commises: elle n’en avait aucune idée. »
Le tribunal a allégé a minima les peines avec sursis: un mois pour l’épouse, cinq mois pour son mari et le versement de 11.000 euros à la partie civile.
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