Ils dégainent leur smartphone plus vite que leur ombre: qui sont les chasseurs de supercars à Monaco?

Comme Lucky Luke, ils dégainent vite plus que leur ombre et mitraille à tout-va. Mais à la différence du cow-boy solitaire, l’arme est un simple smartphone ou un appareil photo. Un ronronnement lointain et un bout de carrosserie rutilante se dévoilant au détour d’un virage de la Principauté suffisent à éveiller les sens de ces mordus d’automobile.

Dans le milieu, on les surnomme les « cars spotters ». Ces derniers jours, en raison de la tenue du salon Top Marques, ces chasseurs de supercars et hypercars, souvent âgés d’une vingtaine d’années, pullulent entre la place du Casino et le rond-point du Portier.

« Une chasse au trésor »

Toute une journée, malgré la chaleur accablante, le Marseillais Nicolas Martin campe dans l’épingle du Fairmont, sans l’once d’une lassitude. En l’espace d’une minute, il shoote une Ferrari 458 Italia puis une Lamborghini Huracán. « L’automobile, c’est toute ma vie. Je ne vis que pour ça. C’est une vraie chasse au trésor. L’objectif est de prendre en photo des voitures rares puis de les poster sur les réseaux sociaux, résume ce jeune de 20 ans venu pour le week-end avec ses parents. C’est un milieu parfois compétitif et certains ne partagent pas toujours les informations. Mais globalement, il y a une bonne entente entre nous »

Tous s’accordent à le dire : Monaco est un paradis en la matière. Davantage encore que Londres, Genève ou Paris.

Posté devant le Grimaldi Forum, Lumix autour du cou, Lilian récite les modèles de voitures sans erreur. « Là, c’est une 992 GT3 RS. Elle appartient à Raul Marchisio, souffle l’adolescent de 15 ans, sûr de lui. Quand on publie les photos de leurs voitures, on floute systématiquement les plaques d’immatriculation car sinon les propriétaires peuvent porter plainte. » 

Son plus beau coup ? Une Koenigsegg One : 1, « une voiture tout en carbone, très chère et très rare ».

Un concours récompense les cars spotters

L’activité réclame de la patience et, parfois, de la condition physique. Si certains campent toute la journée sur un même spot stratégique, d’autres comme Cyril Desforges, 25 ans, arpente la Principauté en long, en large et en travers. « Ici, tout est petit et on peut prédire les trajets des voitures. Ailleurs, si tu les rates, c’est fini. Je parcours environ 25 000 pas par jour », sourit-il. Soit 15 kilomètres pour assouvir une passion qui a, d’ailleurs, été récompensée par les organisateurs du salon Top Marques lors d’un concours dédié.

Avec son sublime cliché d’une Ferrari F12 TDF devant le Casino de Monte-Carlo, il a convaincu le jury composé de GMK, célèbre youtubeur automobile et résident monégasque, Boutsen Classic Cars et Simon Potée-Gallini, journaliste reporter pour l’émissionTurbo sur M6.

« Ce phénomène prouve que l’automobile en France est encore appréciée par les jeunes qui se déplacent sur leur temps libre, parfois de très loin, pour ça. À l’heure où l’on nous vend la voiture comme un mode de déplacement, que le thermique n’est plus dans l’ère du temps, ces gens-là sont dans la passion pure et dure. Elle les réunit plutôt qu’elle ne les divise, analyse le journaliste. Il n’y a pas mieux que Monaco pour le car spotting. Il y a un vrai culte de l’automobile ici et les gens sortent leurs voitures pour faire un tour. On peut voir des pépites. »

Plus de 50 bolides placés en fourrière par la police

Cyril Desforges nuance néanmoins : « Ce n’est plus comme il y a quelques années, regrette-t-il. Les Monégasques n’osent plus sortir leurs très grosses voitures pendant le Top Marques, de peur qu’elles finissent à la fourrière. La police est très stricte, c’est bien car ça évite les débordements, mais une grosse amende suffirait… »

Depuis 2018 et d’importants débordements au niveau de l’épingle du Fairmont qui avaient menacé l’avenir du salon Top Marques, l’État monégasque a accentué la répression. Dissuadant ainsi les propriétaires de ces puissants bolides de débouler de toute l’Europe pour parader (bruyamment) en Principauté, perturbant la quiétude des résidents.

La moindre accélération, pétarade ou incartade routière est sanctionnée de cinq jours d’immobilisation à la fourrière et d’amendes qui peuvent se cumuler. Selon les informations de Monaco-Matin, ce dimanche vers 12 heures, une cinquantaine de véhicules avaient été saisis par la Sûreté publique et se trouvaient autour du chapiteau de Fontvieille.

Des accès interdits aux cars spotters

De récents débordements, également constatés chez les cars spotters, ont conduit la police monégasque à déployer des rubalises près du rond-point du Portier pour leur en interdire l’accès. Certains, en effet, n’hésitant pas à s’allonger sur la chaussée, au plus près de la circulation, pour prendre des clichés sous des angles inédits, à contre-plongée. D’autres se positionnent sur les plots en béton dans le tunnel Louis-II au risque de se faire happer au passage d’une voiture.

« Le comportement de certains dégrade l’image du car spotter, déjà très péjorative, peste Nicolas Martin. C’est dommage car une passion est censée être quelque chose de sain et pas un excès. »

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