Interview. Le livre du grand reporter de Ploërmel saisit la France qui “craque” mais qui se bat encore
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“Ça craque”, semble-t-il à tous les étages. Sujet planifié par le reporter, ou s’est-il imposé comme une évidence au fil des reportages ?
C’est d’abord l’histoire d’un titre, tenant aux multiples rencontres. «À force d’entendre de la bouche d’avocats, d’enseignants, de directeurs d’hôpitaux que “ça va craquer”, nous avons eu le titre», raconte François-Xavier Ménage. Suit l’idée majeure de cette série de reportages : donner une parole «100 % de terrain, montrer des gens dans l’action», poursuit le journaliste. Autant de rencontres, de descriptions, qui «racontent quelque chose».
Ce livre d’enquête revendique l’absence de commentaires d’experts, de “off” de cabinets ministériels. Un parti-pris ?
Le journaliste répond avec ce qui fait son métier : «Du reportage, du reportage, du reportage…», revendique-t-il en guise «d’unique matière première». Celle faite des récits et des expériences de ses témoins. Bien sûr, «il y a aussi des points de vue». Mais la volonté affichée est celle-ci : «aller vers ces personnes silencieuses, celles qui ne tapent pas du poing sur la table», mais agissent.
Ces Français qui «ne s’expriment jamais publiquement». Face à «la France des opinions», le reporter y oppose «la France des faits». En journaliste de terrain et attaché à ceux qui vivent ce qu’il veut raconter, il ajoute encore : «Il est important d’aller vers les gens qui n’ont pas levé le doigt…»
Que racontent toutes ces situations décrites ?
François-Xavier Ménage évoque une «France éclatée» devant tant d’expériences qui interpellent. «Je ne suis pas sociologue ni politologue. Mais quand je vois ces gens portant plusieurs casquettes, comme ce maire qui se fait pompiste dans sa commune, ça m’interpelle. Ou cet autre maire (à Pleucadeuc, ndlr), qui fait appel à un détective pour trouver un médecin, ou cette directrice d’école qui consacre 80 % de son temps à la paperasse, c’est, là aussi, interpellant».

Au fil des récits, une chose saute aux yeux : le sentiment, souvent, d’une sorte de fatalisme…
François-Xavier Ménage confirme : «Ça craque, mais on continue, et on n’appelle plus à l’aide», poursuit-il. Ainsi en est-il de cette infirmière libérale travaillant 7 jours sur 7, de cette commune se battant depuis des années pour avoir droit à un centre commercial, de ces usagers blasés devant le peu de fiabilité des lignes de bus ou de trains, annulées à la dernière minute. Il en est de même dans le domaine de la précarité énergétique, alimentaire, locative chez les étudiants…
Un système que certains, qui en constituent le socle, menacent parfois de quitter, tels ces médecins tentés par le déconventionnement. Créant (ou accentuant) la France d’une médecine à deux vitesse…
Le politique n’est pas convoqué dans cette série de reportages. Pourtant, ce sont des sujets éminemment politiques…
Là encore, c’est ici un parti-pris du reporter. Et «les seuls moments où je parle de politique, c’est moi qui ai lancé le sujet». Car à travers toutes ces expériences décrites, là où “Ça craque”, il y a «un divorce frappant» avec cette classe dirigeante.
Y compris, tel est le sujet d’un des chapitres, au niveau local, quand est tenue la “comptabilité” du taux de démission des élus dans le Morbihan. «Ça craque même pour les élus locaux…»
La lecture de toutes ces galères du quotidien, décrites à travers le prisme des expériences de tous ceux que tu as pu rencontrer, peut paraître plombante. Et pourtant…
François-Xavier Ménage se dit «très mitigé» sur ce qu’on peut ressentir de ces témoignages. Mais est plutôt partisan du verre à moitié plein. «Je trouve que les gens se battent avec énormément de force. C’est ce qu’il faut mettre en avant», argue-t-il au profit d’un sentiment d’optimisme.
Reste que même si «je ne dis pas que la France va vers le cataclysme, il faut se poser des questions sur ces Français qui luttent et en bavent». Le reporter poursuit : «Ce livre a été écrit avec l’idée de dire et d’expliquer la France où l’on vit».
Une France caractérisée par un mot-clé : c’est «la France de la débrouillardise». Mais si débrouillardise et bricolage sont nécessaires, c’est donc «qu’il y a un dysfonctionnement».
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