La bibliothèque de Léopold Sédar Senghor, bientôt achetée par le Sénégal ?

Depuis plusieurs années, l’Hôtel des ventes de Caen disperse une partie des propriétés de Léopold Sédar Senghor et, après plusieurs tableaux, dont un Soulages, la bibliothèque de l’écrivain et homme politique passera sous le marteau dans quelques jours.

Organisée en deux parties, les 15 et 16 avril, la vente aux enchères proposera quelques pièces exceptionnelles, dont un livre d’heures du XVe siècle de l’Atelier du Maître de l’Échevinage de Rouen, estimé entre 12.000 et 15.000 €. Mais aussi l’intégrale de La Divine Comédie de Dante, ainsi que des ouvrages de Kant, La Fontaine, Federico Garcia Lorca ou Paul Valéry, parfois dans des éditions rares.

Quelques ouvrages dédicacés se sont également frayé un chemin jusqu’à la vente, dont un exemplaire des Paroles de Jacques Prévert, avec une signature datée de mars 1960.

Léopold Sédar Senghor est mort en 2001 à l’âge de 96 ans à son domicile de Verson, en Normandie, dans lequel il s’était installé après avoir quitté la présidence du Sénégal, en 1980. Élu président de la République du Sénégal en 1960, peu après l’indépendance du pays, l’écrivain-chef d’État a laissé un héritage politique controversé.

En effet, Senghor est resté proche des anciennes puissances coloniales, et a fini par installer un régime autoritaire qui accompagna son maintien au pouvoir pendant plusieurs années. Il démissionne finalement en 1980, après avoir rétabli le multipartisme, qu’il avait écarté.

Un patrimoine à conserver

Le groupe de recherche international Léopold Sédar Senghor, qui travaille sur la figure et l’héritage de l’homme à partir de ses archives, demande aux autorités sénégalaises d’intervenir pour empêcher la vente.

« On a, à peu près, un millier d’ouvrages de la bibliothèque personnelle de Senghor. Il y a tous les ouvrages des amis de Senghor et du mouvement de la négritude, Aimé Césaire, qui dédie par exemple le Discours sur le colonialisme à ce vieux Léopold Sédar Senghor », détaille Céline Labrune-Badiane, membre du groupe, auprès de RFI.

« Les modalités de leur rapatriement au Sénégal ne nous appartiennent pas, néanmoins, on voudrait attirer l’attention des nouvelles autorités, du futur ministre de la Culture, sur la nécessité, justement, de ramener ce patrimoine au Sénégal afin qu’il puisse être accessible au public. L’État du Sénégal peut très bien racheter au moins une partie de ces ouvrages », poursuit-elle.

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Une proposition soutenue par l’ancien Secrétaire d’État aux Sénégalais de l’Extérieur, Moïse Sarr, qui voit même dans cette dispersion « une perte sèche pour notre pays et pour les enfants d’Afrique ».

Le Sénégal a déjà préservé une partie des biens de Senghor en 2021, quand l’Hôtel des ventes programmait une vente d’environ 200 lots. Des cadeaux diplomatiques, notamment un collier offert quand il fut décoré de l’Ordre du Nil en Égypte, avaient été retirés de la vente et acquis par l’État du Sénégal.

Les catalogues sont accessibles à cette adresse, pour la première partie, et ici, pour la seconde.

Photographie : Léopold Sédar Senghor en 1975 (Roger Pic, BnF, domaine public)


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