la capitale « en état de siège », la situation humanitaire toujours plus précaire

Le chef pour Haïti de l’Organisation internationale pour les migrations (IOM), Philippe Branchat, décrit « une ville en état de siège ». Il a alerté samedi sur la situation des habitants de la capitale, qui vivent enfermés et « n’ont nulle part où aller ». « Les gens qui fuient ne parviennent pas à contacter les membres de leur famille et amis qui sont dans le reste du pays pour pouvoir trouver refuge. La capitale est encerclée de groupes armés et de dangers. »

« L’insécurité est en train de grandir à l’échelle nationale : il y a des violences à Artibonite (région au nord-ouest de la capitale, NDLR), des blocages à Cap-Haïtien (nord), et des pénuries de carburant au sud », note Philippe Branchat. Des pillages sur le port ont aussi été relevés, selon Jocelin Villier, directeur général de l’Autorité portuaire nationale (APN).

Les bandes criminelles contrôlent la majeure partie de la capitale ainsi que les routes menant au reste du territoire, rendant toute sortie de la ville impossible. Elles s’en prennent depuis plusieurs jours aux commissariats, prisons et tribunaux, en l’absence du Premier ministre Ariel Henry, dont elles réclament la démission tout comme une partie de la population. Celui-ci est, selon les dernières nouvelles, bloqué dans le territoire américain de Porto Rico après un voyage à l’étranger.

La veille au soir, des hommes armés ont attaqué le palais national présidentiel et le commissariat de Port-au-Prince, a confirmé le coordonnateur général du Syndicat national de policiers haïtiens (Synapoha). Plusieurs assaillants ont été tués, selon la même source.

Les civils, premières victimes des violences

Selon l’IOM, 362 000 personnes – dont plus de la moitié sont des enfants – sont actuellement déplacées en Haïti, un chiffre qui a bondi de 15 % depuis le début de l’année. Le gouvernement haïtien a décrété l’état d’urgence dans le département de l’Ouest qui comprend Port-au-Prince, ainsi qu’un couvre-feu nocturne, difficilement applicable par des forces de l’ordre déjà dépassées. Il a été prolongé d’un mois ce jeudi 7 mars.

Premières victimes des violences qui s’accroissent, les habitants de la capitale sont exposés au risque de perdre leur logement, leurs proches ou leur vie. Fabiola Sanon, habitante de Port-au-Prince, a perdu son mari, James, 32 ans, tué au cours des récentes violences. « James n’a jamais été en conflit avec personne. Il est un simple vendeur de cigarettes », a-t-elle confié après l’avoir retrouvé « étendu dans la rue ». « Nous avons perdu tous nos biens, tout ce que nous possédions. Nous perdons nos familles », confie Reginald Bristol, sans abri depuis l’attaque des gangs armés.

Des dizaines d’habitants ont investi samedi les locaux d’une administration publique à Port-au-Prince, espérant y trouver refuge. « Depuis hier soir, nous n’avons pas pu dormir. Nous sommes en train de fuir, moi avec mes effets personnels posés sur ma tête, sans savoir où aller », raconte Filienne Setoute, une fonctionnaire contractuelle, qui a dû quitter sa maison. Elle déplore les violences qui secouent actuellement le pays, au bord de la guerre civile : « Aujourd’hui, ce ne sont pas nos voisins de la République dominicaine qui se battent contre Haïti, mais ce sont des Haïtiens, du même sang, qui se battent entre eux ».

Face à cette flambée de violence, la Communauté des Caraïbes (Caricom) a convié des représentants des États-Unis, de la France, du Canada et de l’ONU à une réunion lundi en Jamaïque.

« Haïti aura faim bientôt ».

L’ONG Mercy Corps a alerté sur les risques pour l’approvisionnement de la population du pays le plus pauvre des Amériques. « Avec la fermeture de l’aéroport international, le peu d’aide fournie actuellement à Haïti pourrait ne plus arriver », a prévenu l’ONG jeudi. Et « si l’on ne peut plus accéder à ces conteneurs, Haïti aura faim bientôt ».

Les administrations et écoles sont fermées, l’aéroport et le port ne fonctionnent plus. L’accès aux soins est fortement compromis, avec « des hôpitaux qui ont été attaqués par des gangs et qui ont dû évacuer personnel médical et patients, y compris des nouveaux-nés », selon l’IOM.

« Si la paralysie de la zone métropolitaine de Port-au-Prince se poursuit au cours des prochaines semaines, près de 3 000 femmes enceintes risquent de ne pas pouvoir accéder aux soins de santé essentiels », ont alerté dans un communiqué commun plusieurs représentants de l’ONU en Haïti. Selon eux, « près de 450 d’entre elles pourraient souffrir de complications obstétricales potentiellement mortelles sans assistance médicale qualifiée ».

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