Frédéric Lemaitre, journaliste au Monde a été successivement chef du service économique, rédacteur en chef correspondant à Berlin et en poste à Pékin de 2018 à 2023. Il est l’auteur de Cinq ans dans la Chine de Xi Jinping, qui vient de paraître aux éditions Tallandier.
Les origines de la cybercratie
La cybercratie, c’est quand l’outil numérique permet à un gouvernement de contrôler les faits et gestes de ses citoyens, on pense évidemment à la Chine. Comme le rappelle le rédacteur en chef Cyril Lacarrière dans cette émission, l’héritage de la cybercratie vient de Norbert Wiener, un des plus grands mathématiciens du XXᵉ siècle. C’était un véritable précurseur. Bachelier à douze ans, docteur en sciences à 18 ans, c’est surtout le père de la cybernétique, la science des communications, et de la régulation dans l’être vivant et la machine, c’est en fait l’origine de l’informatique. En inventant la cybernétique, Norbert Wiener devient en quelque sorte celui par qui, un jour, la cybercratie est arrivée.
La première expérience qu’on pourrait rapprocher de la cybercratie date de 1970. À l’époque, c’est Salvador Allende qui dirige le Chili. Durant sa très courte présidence, Allende va mettre en place un système qui va permettre de planifier l’économie du Chili en temps réel et d’anticiper les besoins de la population grâce à une machine à gouverner. Son nom, Cybersyn, contraction de cybernétique et de synergie. Le principe de cette machine est de relier toutes les entreprises chiliennes à un ordinateur central qui permet au gouvernement de connaître à l’instant T, l’état de la production et donc de pouvoir l’ajuster en temps réel. Allende va mourir lors du coup d’Etat de Pinochet et on ne saura jamais ce qu’il aurait donné si le Chili n’avait pas été dans le viseur des Etats-Unis.
La cybercratie en Chine
Dans son livre, Frédéric Lemaitre explique que le gouvernement chinois s’enquiert de savoir ce que pensent les gens et que parfois, celui-ci ne fait pas n’importe quoi : « Il y a une opinion publique en Chine, il n’y a pas de société civile constituée, mais il y a une opinion. De fait, les Chinois arrivent à faire passer des messages. Ça peut aller de la propreté des toilettes à la lutte contre la corruption par exemple. Le gouvernement chinois a des capteurs pour voir ce que pensent ses habitants, mais on ne leur demande pas formellement leur avis. »
La Chine de Xi Jinping
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La technologie au service de l’opinion publique
Pour Frédéric Lemaitre, la cybercratie, c’est l’utilisation de la technologie pour diriger, et pour prendre en compte l’opinion de la population, il prend comme exemple encore une fois, la Chine : « La Chine est un mélange de Big Brother où grâce à l’utilisation du téléphone portable, on sait absolument tout sur vous, puisque vous payez avec, vous choisissez vos restaurants. Mais la Chine, c’est aussi le comité de quartier avec les vieilles mamies qui dans le meilleur des cas vous aident et dans le pire des cas, assez fréquemment, vous surveillent. »
Peut-il faire bon vivre en cybercratie ?
Plus de 1,2 milliard de Chinois utilisent WeChat, équivalent à la fois de Facebook, WhatsApp et Amazon et symbole de l’Etat Big Brother, mais pour l’immense majorité, cette application simplifie la vie et la rend plus sûre, et c’est surtout la fin de la corruption et la peur de se faire agresser : « Non seulement, c’est moins de corruption au quotidien, mais c’est aussi du temps de gagné parce qu’il y a encore quinze ans, les Chinois, il passait des heures tous les mois à payer leur loyer ou à recevoir leur salaire. Aujourd’hui, ça se fait en un clic. La cybercratie, c’est aussi une surveillance généralisée, et en tant que parent, on est plutôt ravi d’avoir des caméras dans la rue qui fait que votre fille peut rentrer tard le soir en toute sécurité. »
Pour en savoir plus, écoutez l’émission…
L’invité d’un jour dans le monde
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