Après les semaines de grave crise que traverse le Sénégal, conséquence du report des élections présidentielles du 25 février, la population et l’opposition étaient suspendues aux annonces du président Macky Sall ce jeudi 22 février espérant un épilogue. Mais l’entretien accordé par le chef de l’État à la presse sénégalaise n’a pas levé le flou, le président renvoyant la responsabilité du choix d’une date du scrutin à la tenue d’une concertation nationale. Celle-ci devrait débuter lundi 26 février pour deux jours.
Si les incertitudes demeurent sur la date des élections, le président a assuré que “le 2 avril 2024 sera la fin de mon mandat”. Une réaffirmation de laisser le pouvoir qui n’apparaît cependant pas si tranchée. La question de la transition, et donc d’une éventuelle prolongation de ses fonctions, demeure en suspens. En ne déterminant pas rapidement de nouvelle date, il semble de plus en plus compliqué de tenir les délais pour une élection avant le 2 avril. Juste après avoir assuré que “l’élection peut se tenir avant ou après le 2 avril”, le président a précisé douter de la possibilité d’un scrutin avant cette date. Que se passerait-il alors ? “Il est clair que le pays ne peut pas rester sans président “, a-t-il avancé, avant de rappeler à deux reprises l’article 36, alinéa 2 de la Constitution. Celui-ci indique que “le président de la République en exercice reste en fonction jusqu’à l’installation de son successeur”.
Une concertation rejetée
Plutôt que de décider seul, le président a préféré la tenue à partir du 26 février d’une “concertation nationale”. Les 19 candidats retenus par le Conseil constitutionnel, mais aussi ceux recalés, la société civile, les religieux ou encore les syndicats, sont ainsi convoqués pour statuer sur la date du scrutin. “La date ne peut être fixée tant qu’on n’a pas les arguments des uns des autres”, a argumenté le président, assurant que dès qu’un consensus sera trouvé, il prendra aussitôt un décret pour convoquer le corps électoral. Parvenir à ce consensus apparaît cependant peu probable tant les points de vue divergent : les candidats plaident pour une élection le plus rapidement possible tandis que ceux qui ont été rejetés réclament la reprise à zéro de tout le processus électoral, ce qui modifierait ainsi la liste des candidats à la magistrature suprême et reculerait la tenue des élections présidentielles. En l’absence de consensus, “le Conseil constitutionnel avisera”, a précisé Macky Sall.
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Autre problème, et de taille : 16 des 19 candidats à l’élection présidentielle, ainsi que le collectif de la société civile Aar Sunu Election, refusent de participer à cette concertation et exigent la tenue d’une élection avant le 2 avril. Le collectif dénonce une “tentative de diversion à travers l’invitation à un dialogue inapproprié (qui) est inacceptable”. Le Front des candidats à l’élection présidentielle du 25 février fustigeait déjà “une lenteur inexplicable” dans l’organisation de l’élection. “Le président est en train de tuer ses propres institutions”, s’est indigné Boubacar Camara, candidat à la présidentielle. Par sa décision du 15 février d’annuler le report des élections présidentielles au 15 décembre, le Conseil constitutionnel en reconnaissant l’impossibilité du maintien des élections à la date initiale du 25 février, enjoignait en effet au président de la république d’organiser “dans les meilleurs délais” le scrutin, tout en rappelant que cette élection devait avoir lieu avant la fin du mandat présidentiel le 2 avril. L’opposition et la société civile ont appelé au maintien de la mobilisation alors que plusieurs manifestations sont prévues au cours des prochains jours.
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Pacification et réconciliation
Lors de son échange avec la presse, Macky Sall a affirmé une volonté de décrispation et d’apaisement du climat social. Adressant habituellement un discours de fermeté à l’encontre de l’ex-Pastef, le parti d’Ousmane Sonko, il a opéré un tournant en se disant prêt à permettre la remise en liberté provisoire de cet opposant incarcéré depuis juillet 2023 et rendu inéligible, ainsi que de son dauphin, Bassirou Diomaye Faye, emprisonné depuis avril 2023 et candidat à la présidentielle. Une libération qui leur permettrait de participer à la concertation.
Depuis la fin de la semaine dernière, dans cette optique de décrispation, environ 400 détenus, arrêtés lors des émeutes de mars 2021, juin 2023 mais aussi février, ont été libérés. “Le pays a besoin de réconciliation. Nous allons prendre les dispositions pour arriver à ce pardon y compris par toutes les voies de droit que cela devra permettre de faire. Si ça doit permettre d’éviter ce que nous vivons aujourd’hui, je suis prêt à aller aussi loin pour que tous bénéficient du pardon”, a indiqué Macky Sall. Il a aussi annoncé qu’une loi d’amnistie était en discussion et a dénoncé une “campagne internationale nauséabonde, entretenue pour créer la tension et la déstabilisation” du Sénégal.
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