la date du 2 juin loin de faire l’unanimité


Après deux jours d’échange, du 26 au 27 février, les participants aux consultations nationales, initiées par le président Macky Sall pour trouver une sortie à la grave crise que traverse le Sénégal depuis début février et l’annonce du report des élections présidentielles, semblent avoir trouvé un consensus. Plusieurs heures de discussions à huis clos ont été nécessaires pour que les deux commissions techniques parviennent à dégager trois propositions concernant le processus électoral. Celles-ci seront transmises au président de la République lundi 4 mars avant qu’il ne puisse prendre un décret convoquant le corps électoral. Le Conseil constitutionnel doit également être saisi pour rendre son arbitrage.

Nouvelle date d’élection et intérim

Très attendue, la date du scrutin présidentiel était au centre de toutes les attentions. Initialement prévues le 25 février, les élections présidentielles avaient été reportées au 15 décembre avant que le Conseil constitutionnel n’invalide cette loi le 15 février dernier et demande au président de fixer une nouvelle date « dans les meilleurs délais ». La question, épineuse, concentre les divergences entre les partisans d’une élection avant le 2 avril, date de fin de mandat du président Macky Sall, et ceux favorables à une autre échéance. C’est la date du 2 juin, pour le premier tour de l’élection présidentielle, qui a finalement été retenue mardi soir. D’après les participants au dialogue, cela permet un vote avant l’hivernage, la saison des pluies qui a lieu entre fin juin et septembre. Une option conforme à la volonté exprimée par le président lors de son discours d’ouverture lundi 26 février. La date laisse également passer plusieurs fêtes religieuses, notamment le ramadan, qui doit commencer dans quelques semaines.

Une autre commission a proposé que le président reste en fonction jusqu’à l’installation de son successeur. Cela signifierait ainsi que le président prolongerait son mandat d’au moins deux mois. Le chef de l’État avait assuré à plusieurs reprises vouloir quitter le pouvoir à l’issue de son mandat, qui prend fin le 2 avril, et avait réitéré son intention de ne pas vouloir faire de troisième mandat.

Révision de la liste des candidats

Autre point discuté lors de ces concertations, la question des candidats. La commission a proposé de conserver la liste des 19 candidats précédemment validés par le Conseil constitutionnel, tout en ajoutant la possibilité de l’ouvrir aux candidats recalés, en réévaluant leurs dossiers de candidature. Des candidats rejetés, dont Karim Wade, exclu pour cause de double nationalité, pourraient ainsi revenir dans la course à la présidentielle.

Le sort du leader de l’opposition, Ousmane Sonko, actuellement en prison et rendu inéligible, reste en suspens. Il pourrait en effet bénéficier de la loi d’amnistie générale concernant les arrestations survenues lors des manifestations politiques entre mars 2021 et 2024 que le président Macky Sall va proposer à l’Assemblée nationale après avoir été adoptée en conseil des ministres ce mercredi.

Sur les 19 candidats à l’élection présidentielle retenus par le Conseil constitutionnel, seuls deux ont répondu à l’appel au dialogue du président : l’actuel Premier ministre, Amadou Ba, ainsi que Mahammed Boun Abdallah Dionne, ancien chef du gouvernement de Macky Sall. La majorité des candidats avait préféré boycotter ce dialogue national qu’ils avaient jugé être une « mascarade » et digne d’une « pièce de théâtre ». Quinze d’entre eux ont préféré lundi 26 février déposer des recours auprès du Conseil constitutionnel pour « dénoncer la carence du président Macky Sall qui use de tactiques dilatoires politiciennes pour ne pas fixer une date de l’élection présidentielle ».

Rejet et critiques

À l’annonce des synthèses du dialogue, les réactions de la classe politique ont été vives. « Les « dialogueurs » ont livré à 100 % la commande de Macky Sall. Son assemblée sélectionnée à Diamniadio a moins de légitimité que l’Assemblée nationale du Sénégal », a déploré Thierno Alassane Sall, candidat à la présidentielle. Même critique du côté d’Amadou Ba, mandataire de Bassirou Diomaye Faye, dauphin d’Ousmane Sonko et candidat aux présidentielles : « Ces propositions sont illégales et anticonstitutionnelles. Macky Sall veut faire entrer par la petite fenêtre ce que le Conseil constitutionnel avait interdit par la porte », a-t-il réagi. L’opposition accuse le président de vouloir passer par le dialogue national pour imposer des propositions déjà rejetées par cette institution. En effet, le Conseil constitutionnel avait abrogé le report des élections au 15 décembre et avait enjoint le président à fixer une nouvelle date d’élection « dans les meilleurs délais ». « Le Conseil n’a pas donné de délai fixe, mais a déterminé que cela devait avoir lieu avant la fin du mandat présidentiel le 2 avril. Un décret validant des élections en juin serait en porte à faux avec sa décision et créerait un vide juridique », insiste Babacar Gueye, membre du collectif Aar Sunu Élection et constitutionnaliste.

Une lecture rejetée par le Parti démocratique sénégalais (PDS). « Il n’est écrit nulle part dans la décision du Conseil constitutionnel que l’élection doit se tenir avant le 2 avril ! Les candidats doivent arrêter leurs enfantillages ! » assure Maguette Sy, mandataire de Karim Wade qui brandit l’article 36 – qui prévoit que le président reste au pouvoir jusqu’à la passation avec son successeur – pour justifier le maintien au pouvoir de Macky Sall. « Le PDS adhère parfaitement aux conclusions », affirme M. Sy, notamment sur une reprise partielle du processus électoral avec la révision de la liste des candidats qui « permettrait de rétablir dans ses droits » son candidat, Karim Wade, et assurerait des « élections plus inclusives ». Mais, là encore, l’opposition s’y oppose, rappelant que le Conseil constitutionnel a déjà validé la liste des 19 candidats habilités. « Ces propositions sont correctes, reste au chef de l’État à les valider et à voir avec le Conseil constitutionnel », botte en touche Abdou Mbow, porte-parole de l’Alliance pour la République, le parti présidentiel.

Toutes les attentes de l’opposition se portent désormais sur la décision que rendra le Conseil constitutionnel. « Il a un rôle extrêmement important et peut combler ce vide juridique. J’espère qu’il fera preuve de sagesse et de courage pour assurer l’État de droit du Sénégal. S’il valide ce processus électoral, il se renierait lui-même », souligne M. Gueye. « Le Conseil doit arbitrer et mettre fin à cette cacophonie. Il n’y a plus d’échappatoire, la stabilité du pays est entre ses mains », insiste M. Ba, qui espère que l’institution videra ainsi définitivement le processus électoral.


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