A quelques jours d’IBT(1), le nouveau salon BtoB qui réunit en un même lieu Industrie, Bâtiment, Arômes et parfums et technologie, Marcel Ragni, président de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie des Alpes-Maritimes (UIMM06), fait le point sur les grands défis de la filière: décarbonation, réindustrialisation, formation…
Comment se porte la filière industrielle dans les Alpes-Maritimes?
Elle se porte plutôt bien avec 4.042 entreprises, 33.000 emplois. Avec près près de 8 milliards d’euros, elle représente 27% du PIB azuréen – presque aussi important que le tourisme. La métallurgie, ce sont 900 entreprises pour 15.000 emplois. Et l’IUMM06 compte 200 entreprises adhérentes, soit 10.000 emplois.
Quels sont les grands défis de la filière industrielle azuréenne?
Ce sont la réindustrialisation et la transition énergétique. A l’UIMM06, nous devons les accompagner pour mettre en place des codes de bonne conduite. Et surtout leur expliquer que la décarbonation doit être considérée comme une opportunité pour gagner de l’argent, attirer des talents et s’ouvrir vers de nouveaux métiers.
La première édition d’IBT se tiendra jeudi prochain à Nice et remplace un peu le salon Industria en plus élargi. Pourquoi?
Quand j’ai pris la présidence de l’UIMM06, mon ambition était de rassembler les entreprises locales. Je dis souvent que tout est industrie. Dans le BTP, il y a de l’industrie; dans la tech aussi mais également dans le parfum… Je me suis donc rapproché de la Chambre de commerce et d’industrie Nice Côte d’Azur, de la Fédération du BTP06, de l’UPE06 ainsi que Prodarom [Syndicat national des fabricants de produits aromatiques, ndlr] qui est un acteur important du pays grassois.
Pour vous, l’union fait la force…
J’en suis persuadé. Quand on représente près de 30% du PIB azuréen, il est primordial de maintenir une activité sur le territoire, de montrer notre savoir-faire et nos industries.
Une des cibles d’IBT est la jeunesse. L’industrie d’aujourd’hui est-elle attirante pour les jeunes?
Je dirais qu’elle n’est pas attirante parce qu’on ne la leur explique pas. C’est la raison pour laquelle près de 1.200 élèves viendront découvrir tous les métiers du BTP et de l’UIMM. L’industrie en général, c’est mille métiers et il y aura toujours de la place pour les nouveaux arrivants. Les jeunes pourront grandir, s’y plaire et faire carrière.
L’industrie, pourtant, souffre d’un déficit d’image…
Parce qu’on est resté sur l’image de l’industrie du film LesTemps modernes de Charlie Chaplin où on voyait les gens dans la poussière. Le mal-être au travail, c’est terminé. On parle désormais de RSE, de confort et d’ergonomie au travail. On se rapproche de l’humain et c’est mon credo. Jamais l’industrie n’a jamais autant brillé et été aussi intéressante. De plus en plus de jeunes y viennent. A titre d’exemple dans mon entreprise [Ragni, solutions d’éclairage public, ndlr], la moyenne d’âge est de 34 ans avec une ancienneté de 14. Les gens y font carrière.
L’offre de formation de la filière est-elle suffisante?
Quand on prend la présidence d’une fédération, on ne peut pas s’attaquer à tous les problèmes en même temps. La décarbonation est un sujet sur lequel on doit s’employer et expliquer à nos adhérents comment s’y mettre. La formation est tout aussi importante. Nous n’avons pas de pôle de formation sur le territoire; il y en a un à Istres et c’est un peu loin. On travaille donc à l’ouverture d’une école de formation d’électricien en maintenance sur la Métropole Nice Côte d’Azur et pourquoi pas en établir une seconde vers Sophia Antipolis? Il y a de la formation, comme par exemple le lycée Don Bosco à Nice, mais il n’y en jamais assez. Les entreprises s’y mettent aussi en interne: la Covid a été une révélation qui a permis de se rendre compte que l’industrie existait et qu’il fallait l’accompagner. Je pense qu’il y aura de plus en plus de formations.
La décarbonation est la thématique d’IBT. Quelles sont les solutions déjà mises en place au sein des entreprises?
Dans une entreprise, on parle au départ davantage RSE que de décarbonation. C’est avant tout une affaire de bon sens. Quand on ne jette pas, on économise… Et donc on gagne de l’argent. En changeant un four énergivore contre un plus récent, l’amortissement se fait très vite, ne serait-ce que par les économies réalisées sur l’énergie qui ne cesse d’augmenter. Toute action de décarbonation sera une économie réalisée et un investissement. La Région propose de nombreux accompagnements à destination des entreprises et c’est à elles de s’investir. L’UIMM06 a mis en place un pôle RSE à leur intention. Le syndicat, au niveau national, a créé un label UIMM que l’on répercutera sur le territoire. Je vais tenter de montrer l’exemple en essayant de le décrocher au sein de mon entreprise.
Justement, qu’avez-vous mis en place au sein de votre entreprise pour accélérer cette décarbonation?
Avant, on faisait de l’éclairage esthétique qui faisait de la lumière. Désormais, on fait de l’éclairage raisonné. On peut éteindre la nuit sans se soucier de l’insécurité ou du danger car le système est rallumé dès qu’il y a du passage grâce à une simple détection. L’économie est réelle, ne serait-ce qu’en changeant les luminaires standard tels qu’on les voit sur la voie, une commune peut économiser 80% sur sa facture énergétique et avoir un retour sur investissement en trois ou quatre ans.
En interne, notre nouveau bâtiment bénéficie des nouvelles technologies: tous nos éclairages sont en Led; les luminaires s’éteignent quand il n’y a personne dans les pièces. La filiale d’accompagnement que nous avons créée pour les territoires nous sert aussi. Elle nous apportera des systèmes de télégestion pour l’énergie électrique, du gaz, de l’eau… On réfléchit à de nouvelles découpes laser, à remplacer les machines vieillissantes et énergivores.
On parle beaucoup de réindustrialisation et de made in France. Vous y croyez?
Oui et j’y ai toujours cru. Sinon j’aurais délocalisé à l’étranger mais je suis toujours resté en France. Je crois aussi évidemment à la réindustrialisation: on a de la place sur le territoire français pour faire de nouvelles usines et trouver des solutions pour qu’elles soient plus pérennes.
Vous avez une vision très transversale en tant que président de l’UIMM06 et en tant que dirigeant d’une entreprise presque centenaire. Qu’aimeriez-vous faire remonter au gouvernement pour épauler l’industrie?
J’aurais beaucoup de propositions à faire remonter! Mais la première est d’accompagner les industries dans leur transition et leur développement. Les pouvoirs publics nous empêchent de faire certaines réalisations comme, par exemple, bâtir en hauteur et donc agrandir le bâtiment.
(1) Coorganisé par la CCI Nice Côte d’Azur, l’UIMM Côte d’Azur (Union des Industries et Métiers de la Métallurgie), la FBTP 06 (Fédération du Bâtiment et des Travaux Publics), Prodarom (Syndicat national des Fabricants de produits aromatiques) et l’UPE06, IBT aura lieu le 12 octobre à Nice.
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