Aménager le territoire réserve parfois de surprises… C’est ce qu’ont compris les constructeurs du Lanceur de l’Agence Spatiale Européenne Ariane 6, en Guyane Française : sous leurs pieds s’étendait en fait un site archéologique vieux de 4500 ans avant notre ère.
Découvrir de mystérieux vestiges, c’est le travail des archéologues. Plus précisément celui de l’Institut National de Recherches en Archéologie Préventives (INRAP). Le directeur de cet institut, Dominique Garcia était l’invité de Patrick Boucheron dans « Histoire de ». Ce fut le moment pour lui d’expliquer son métier d’archéologue, mais aussi de partager le résultat de ses recherches. Retrouvez ici l’une de ses plus intéressantes découvertes : celle de vestiges précolombiens sous un terrain de l’Agence Spatiale Européenne.
Des vestiges d’époques différentes
C’est en 2015 que tout débute. Un projet de construction d’un nouveau pas de tir pour le Centre spatial guyanais est décidé. Avant le début des travaux, des analyses du terrain de construction sont effectuées. Le diagnostic est sans appel : le terrain contient dans ses sols les vestiges de plusieurs occupations humaines anciennes. Les fouilles du périmètre sont réalisées en 2016 et laissent apparaître des résultats surprenants.
Dominique Garcia explique que l’équipe de chercheurs a trouvé sur place plusieurs traces d’occupations, plus ou moins anciennes. Tout d’abord, des traces amérindiennes qui datent de 4 500 ans avant notre ère : des outils en pierre polie. Mais l’équipe a aussi trouvé des sites d’habitation précolombienne plus proches de nous, ainsi que des traces de premiers contacts avec les Occidentaux.
Une autre découverte inattendue est digne d’intérêt selon l’archéologue : « En élargissant les prospections, nous avons découvert des traces d’aménagements sous la forêt. Cela montre que ce qu’on appelle la forêt primaire était pendant de longues périodes un espace cultivé avec des champs, avec des villages, avec des routes. Et donc, on retrouve cette civilisation, même où la nature paraissait être là depuis toujours ».
Faire de l’histoire locale et méconnue
Dominique Garcia montre en racontant ce genre de découverte que la discipline archéologique a évolué. « Faire de l’archéologie, ne revient pas uniquement à attribuer des racines à certains. C’est surtout offrir des repères pour tous, grâce au paysage qui garde les traces laissées par d’autres avant. Cela nous permet d’inscrire notre propre histoire dans un paysage ».
L’archéologue explique que dans le cas des fouilles du site d’Ariane 6, cela a permis à la population locale d’en connaître davantage sur son histoire. Plus précisément, ces découvertes sont très importantes pour les Amérindiens de Guyane qui représentent encore 5 % de la population. Cela leur donne accès à leur histoire avant la colonisation. Pour Dominique Garcia, « l’archéologie permet d’écrire l’histoire des régions ou des populations dont on n’a pas cru bon de faire l’histoire. Elle donne la parole à des gens qui n’avaient pas accès à l’écriture et qui ne nous ont pas laissé beaucoup de traces. Dans le cas de la Guyane, on révèle une histoire qui était peu connue et qui est rendue tangible par la découverte de ces objets. »
Dominique Garcia souligne que l’archéologie moderne remet en perspective la manière d’écrire l’histoire. « Aujourd’hui, quand l’INRAP travaille dans les territoires ultramarins, il n’y travaille pas comme si l’espace représentait les miettes d’un empire colonial. Il analyse tout de manière formelle pour connaître l’histoire de ces territoires dans des espaces régionaux beaucoup plus larges ».
Pour aller plus loin
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