La délinquance progresse-t-elle dans les transports en commun?

« Je lui ai dit “Tu ne vas quand même pas me frapper? » Même si je ne pensais pas qu’il allait vraiment le faire… »

Le 21 juillet dernier, une septuagénaire raconte devant le tribunal correctionnel de Nice une scène surréaliste. Trois semaines plus tôt, un trentenaire l’a frappée au visage, dans le tram’, après lui avoir refusé son siège. Sanction: un an de prison, dont moitié ferme.

82% des délits sont des vols sans violence

Une telle agression reste plutôt rare. Selon le ministère de l’Intérieur, 82% des délits recensés à bord des transports en commun sont des vols sans violence. Les chiffres donnent néanmoins le tournis. En 2022, police et gendarmerie ont enregistré 124.570 victimes de vols ou violences dans les transports publics. C’est 2% de plus qu’en 2021, mais moins qu’avant la Covid.

Reste que la tendance diffère d’un département à l’autre. Et celle-ci n’est pas flatteuse pour les Alpes-Maritimes: +28% en 2022. Soit la plus forte progression des dix départements les plus touchés. 2581 victimes y ont été recensées. Dont 1855 à Nice, où leur nombre bondit de 26% par rapport à 2021.

Ressenti différent sur le terrain

Ces chiffres reflèteraient-ils une insécurité galopante? Non, assurent les forces de l’ordre. Pas ces temps-ci du moins. « Sur le terrain, on ne constate pas de recrudescence. C’est équivalent aux années précédentes », estime le major Léonard Duprez, chef de la brigade de surveillance des transports en commun de la sécurité publique des A.-M. Créée en 2016, cette brigade déploie quinze policiers dans les bus et tramways métropolitains. Deux groupes en tenue, un troisième en civil. « Ils visent surtout les vols à la tire, notamment en période de forte affluence, pendant l’été et le Mondial de rugby, explique le major Duprez. Des groupes organisés venus de pays de l’Est emploient des mineurs, qui ciblent les touristes et les personnes vulnérables. »

Travail d’équipe

Si les délinquants ont vu arriver de nombreuses proies potentielles avec le Mondial, ils ont aussi vu du bleu. « Nous avons rehaussé le dispositif de sécurisation générale, notamment dans les transports. Et nous avons été renforcés par des équipes venues d’autres départements », témoigne le commissaire Audrey Basquin, chargée pour l’occasion de la sécurité du pôle multimodal Nice Saint-Augustin.

Des policiers en uniforme pour dissuader, d’autres en civil pour interpeller. Telle est la stratégie policière, en lien avec la gendarmerie, la police municipale, les militaires de l’opération Sentinelle, la police ferroviaire ou les agents Lignes d’Azur. Un effort collectif. Il faudra transformer l’essai lors des JO 2024.

Les pickpockets dans le viseur

Hors Coupe du monde, les transports publics azuréens seraient-ils plus rattrapés que d’autres par la délinquance? En chiffres absolus, Nice présente un ratio similaire à d’autres grandes villes: 5,4 victimes pour 1000 habitants en 2022, peu ou prou comme Toulouse (5,3) et Montpellier (5,2). « Il n’y a pas d’insécurité systémique. Mais il y a une réalité, qui est essentiellement celle des pickpockets », selon Gaël Nofri, président de la régie Lignes d’Azur. Celle-ci vient de créer une brigade de nuit pour les bus et tramways métropolitains. Plus alarmiste, le groupe des élus niçois d’union de la droite appelle à une « police métropolitaine des transports », à l’instar de Montpellier. En attendant, le commissaire Basquin en appelle aux voyageurs: « tre vigilant. Veiller à ses effets personnels. Ne pas hésiter à alerter. La sécurité est aussi une question collective. » Comme le rugby.

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