la France à nouveau devant l’œil acéré des agences de notation

Leur verdict fait trembler l’exécutif. Ce vendredi 20 octobre, l’agence de notation Moody’s delivrera sa nouvelle note concernant la dette française. En avril dernier, la note française avait été abaissée d’un cran par l’agence Fitch. Depuis, le gouvernement a voulu donner des gages de sérieux dans son projet de budget pour 2024.

Moody’s, qui attribue actuellement à la France une note « Aa2 » avec perspective stable, ouvrira le bal vendredi. Suivra Fitch le 27 octobre, puis Standard & Poor’s (S&P) le 1er décembre. S’il a entraîné peu de conséquences sur les marchés, l’abaissement de la note financière de la France par Fitch à « AA- » avec une perspective « stable » en avril dernier avait été un coup de semonce.

Pour justifier sa décision, Fitch avait évoqué « des déficits budgétaires importants et des progrès modestes » concernant leur réduction, après trois ans d’abondantes dépenses publiques destinées à amortir le choc du Covid et de l’inflation. L’agence de notation s’était aussi inquiétée des fortes tensions sociales autour de la réforme des retraites, y voyant une « impasse politique » de nature à compliquer la tâche du gouvernement dans sa volonté de réformes.

La situation politique « stabilisée »

Quelques semaines plus tard, la France échappait de peu à une dégradation de la note attribuée par S & P. Cette agence, considérée comme la plus influente des trois, avai finalement maintenu sa note (« AA »). Mais elle n’avait pas non plus touché à la perspective « négative », ce qui signifie qu’un abaissement de la note est possible. S & P avait relevé des « risques » relatifs à l’exécution des objectifs budgétaires, comme « l’absence de majorité absolue » au Parlement.

Depuis ces dernières actualisations, « les risques endogènes pour la France sont assez limités. On a vu que l’aspect politique est à peu près stabilisé », analyse pour l’Agence France-Presse l’économiste et consultant indépendant Norbert Gaillard, notant que les agences ont mis au crédit de la France les réformes du marché du travail et des retraites.

À LIRE AUSSIDette : le mauvais signal de Standard & Poor’sConfronté à une dette qui a dépassé les 3000 milliards d’euros et à un déficit largement hors des clous européens, le gouvernement a voulu donner des gages de sérieux en dévoilant fin septembre son projet de loi de finances pour 2024. Au moins 16 milliards d’euros économies sont prévus, résultant pour leur plus grande part de la fin de mesures exceptionnelles, comme le bouclier tarifaire pour l’électricité. « Notre trajectoire vise à stabiliser et faire reculer le niveau de la dette », a déclaré récemment le ministre des Comptes publics, Thomas Cazenave.

Des objectifs trop optimistes ?

Le gouvernement mise sur une croissance économique de 1 % cette année, puis de 1,4 % en 2024. Il prévoit de ramener le déficit public de 4,9 % du PIB cette année à 4,4 % en 2024, puis à 2,7 % en 2027. L’endettement resterait stable à 109,7 % du PIB en 2024, pour atteindre 108,1 % en fin de quinquennat.

« Nous confirmons (…) notamment par l’adoption de la loi de programmation des finances publiques en nouvelle lecture à l’Assemblée nationale, et par le dépôt du projet de loi de finances qui a été examiné en commission la semaine dernière, notre détermination à tenir la trajectoire des finances publiques qui avait été définie au moment du programme de stabilité », indique-t-on à Bercy. Mais les projections sont jugées optimistes par certains économistes et organisations économiques.

À LIRE AUSSIArtus – La vérité sur les difficultés économiques de la France« Normalement, le projet de budget est de nature à rassurer les agences, sauf si elles mettent en doute sa crédibilité », remarque Eric Dor, directeur des études de l’IESEG School of Management. Or, « les perspectives du FMI montrent que l’assainissement budgétaire est beaucoup plus lent que ce que dit Bercy ».

L’abaissement de la note encore possible

D’autres facteurs pourraient éventuellement conduire à une dégradation de la perspective de Moody’s à « négative », voire à un abaissement de la note de S&P. Norbert Gaillard pointe le risque de « hausse du prix des matières premières due aux tensions géopolitiques qui pèserait sur la consommation des ménages et la croissance, ce qui ne serait pas bon pour la dynamique des recettes budgétaires ».

Il souligne aussi « le risque d'(une nouvelle) augmentation des taux de la BCE (Banque centrale européenne, ndlr) », lors de sa réunion du 26 octobre, qui alourdirait davantage une charge de la dette déjà élevée.

L’enjeu est de taille alors que la France prévoit d’emprunter un montant record de 285 milliards d’euros sur les marchés en 2024. Cependant, souligne Eric Dor, « la dette de la France reste une dette attractive globalement car l’économie française est très diversifiée et solide ».

dmp

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