Amoxicilline pour enfant ? Paracétamol pédiatrique ? Corticoïdes en inhalation ? « Désolés, nous sommes en rupture de stock. » Lors d’un point presse, il y a quelques semaines, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a reconnu des difficultés importantes de répartition de certains médicaments couramment prescrits. Cette pénurie, désormais chronique, concerne des dizaines de médicaments dans toute l’Europe. Plusieurs rapports du Sénat, de l’Académie de médecine et du gouvernement se sont fait l’écho ces derniers mois de cette situation de crise. Aucune solution pérenne n’est évidente à court terme.
Cette pénurie invraisemblable est multifactorielle. La consommation mondiale de médicaments augmente de 5 % par an, et les capacités de fabrication ne suivent pas ce rythme. Par ailleurs, plus de 80 % de la production est délocalisée en Asie pour des raisons de coût, et certains principes actifs ne dépendent parfois que d’un seul fournisseur. « De surcroît, les médicaments doivent répondre à des normes très strictes. Si un défaut survient sur un lot, la production s’arrête et le monde entier est touché. Cette production concentrée fragilise l’indépendance sanitaire de l’Europe », souligne le docteur Thomas Borel, directeur scientifique au syndicat professionnel du médicament, le Leem. S’ajoutent à cela l’augmentation du coût des matières premières et des prix réclamés par les industriels qui expliquent la fragilité particulière de la France. Les prix négociés par les autorités y sont en effet 20 à 30 % inférieurs à ceux de l’Espagne, du Royaume-Uni, de l’Italie et de l’Allemagne. Or, les fabricants servent en priorité les marchés plus lucratifs : tous ces pays sont frappés par des pénuries, mais la France l’est encore plus.
Plus de 80% de la production est délocalisée en Asie
Notre modèle de « gratuité » des médicaments – grâce à l’Assurance maladie et aux mutuelles – montre là ses limites. Un rapport de la DREES révélait en 2020 qu’en Europe, et en moyenne, 27 % des dépenses pharmaceutiques étaient à la charge des ménages. C’est en France que ce reste à charge est le plus faible : 13 %. Enfin, certains grossistes profiteraient du prix bas des médicaments en France pour les acheter sur le territoire national et les revendre là où ils se vendent plus cher. Selon France Assos Santé, 37 % des Français ont déjà été confrontés à une pénurie de médicaments. Quelles en sont les conséquences ? 45 % d’entre eux ont été contraints de reporter leur traitement, de le modifier, voire d’y renoncer. Et 68 % des oncologues médicaux considèrent que ces pénuries ont un impact sur la vie de leurs patients, dans les cinq ans qui suivent.
Que faire ? Les mesures proposées sont conjoncturelles : s’adapter à la pénurie avec la dispensation des antibiotiques à l’unité, ou mieux répartir les stocks. « Par ailleurs, explique David Paitraud, pharmacien d’officine à Niort et journaliste spécialisé, 60 pharmacies en France ont reçu l’autorisation de réaliser des préparations magistrales pour compenser certaines pénuries. Pour les patients, c’est indispensable, mais la solution n’est pas pérenne non plus. »
La seule mesure efficace serait la relocalisation en Europe de la production industrielle des molécules indispensables. C’est une entreprise de longue haleine, et les prix des médicaments produits en France ou en Europe seraient sans doute prohibitifs par rapport à ceux de l’Asie. En attendant, l’Académie de médecine affirme que chaque État européen ne pourra résoudre seul ses propres pénuries. Le Sénat, quant à lui, propose des négociations européennes communes sur les prix des médicaments en tension, pour éviter le « chacun pour soi » qui prévaut actuellement.
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