Le président de la République a enfin présenté son plan pour faire face au réchauffement climatique. Il s’agit notamment de respecter les engagements européens, qui supposent de réduire d’au moins 55 % nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport à 1990), pour atteindre ensuite la neutralité climatique, en 2050. La planification écologique présentée par le président de la République relève globalement du courant dit de la « soutenabilité faible ».
Cette approche théorique, qui trouve ses racines dans les travaux d’économistes prestigieux (comme Robert Solow ou William Nordhaus), avance que les mécanismes de marché doivent nous permettre de réussir la transition écologique. Emmanuel Macron propose d’entourer le marché d’un plan cohérent et conduit par le gouvernement, mais considère que les changements attendus répondront d’abord à des signaux-prix.
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Prenons un exemple : les énergies fossiles se raréfient, elles coûtent par conséquent de plus en plus cher. Il faut donc une stratégie de décarbonation qui, tout en réduisant la dépendance de la France aux énergies fossiles, devrait permettre de créer des emplois. Outre une plus grande souveraineté, la planification écologique doit donc créer de la « valeur économique ».
Le président de la République veut une « écologie compétitive » qui permette à l’économie française de se réindustrialiser. Il se donne donc pour objectif que la France produise un million de voitures électriques et un million de pompes à chaleur par an d’ici 2027 et a annoncé des investissements conséquents dans les transports en commun (avec la création de 13 RER métropolitains) pour diminuer l’empreinte carbone des transports individuels.
Deux leviers : production et consommation
Comme les théoriciens de la soutenabilité faible, le président de la République considère finalement que de nouvelles technologies et une industrie verte doivent permettre de remporter le défi climatique. Ce discours volontariste est sans aucun doute un pas dans la bonne direction (et puis pourquoi devrions-nous importer les biens décarbonés plutôt que de favoriser nos emplois ?), mais est-ce suffisant ?
Il existe une autre approche économique, dite de la « soutenabilité forte ». Elle affirme que les raisonnements marchands ne peuvent permettre d’assumer la transition écologique. Sans nécessairement se montrer favorables à la décroissance, les économistes de ce courant considèrent qu’il n’est pas possible d’atteindre la neutralité climatique sans changements importants, tant dans les conditions de production que dans les habitudes de consommation.
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Il y a quelques mois, Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz publiaient un rapport dans lequel ils indiquaient qu’une véritable « révolution » était nécessaire sur ces deux points. Par exemple, bien que l’agriculture soit un gros émetteur de gaz à effet de serre, Emmanuel Macron n’a pas évoqué la nécessité de transformer notre modèle agricole.
De même, il a choisi de ne pas insister sur la « sobriété », qui constitue pourtant un axe majeur du projet développé par Pisani-Ferry et Mahfouz. Enfin, la transition écologique n’existera que si elle est socialement juste. Or, le président de la République a éludé ce point crucial.
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