La France envoie ses œufs de requins dans l’un des plus beaux endroits du monde

  • Confronté à une baisse dramatique de ses populations de requins, l’archipel de Raja Ampat va « importer » des œufs pondus en captivité.
  • L’aquarium Océanopolis de Brest est le seul établissement français à participer à cette mission de repeuplement des eaux turquoise du lagon de Papouasie.
  • Plusieurs œufs de requin zèbre voyageront par avion pour rejoindre les eaux tropicales de ce paradis des plongeurs.

On l’appelle « Raja Ampat ». Les « quatre rois » en français. Situé près de la côte nord-ouest de la Nouvelle-Guinée, cet archipel fait partie des merveilles de ce monde, que l’émission Koh-Lanta avait contribué à faire connaître en France. Considéré comme le paradis des amateurs de plongée sous-marine, ce territoire composé de plus de 1.500 îles est un incroyable réservoir de biodiversité. Dans les eaux turquoise bordées de bancs de sable blanc, les scientifiques ont identifié plus d’un millier d’espèces de poissons, des centaines de variétés de coraux et au moins autant de mollusques, sous le regard curieux du cendrawasih ou « oiseau de paradis ». Un paradis, on vous a dit. Désormais protégées, ces aires marines portent toujours les cicatrices des campagnes de pêche sauvages qui y ont longtemps été perpétrées, au point que certaines espèces ont quasiment disparu. C’est notamment le cas du requin zèbre, petite espèce menacée d’extinction.

Le requin le plus mignon ?

L’animal, qui tire son nom des étranges rayures noires et blanches qu’il arbore lorsqu’il est un requineau, est totalement inoffensif pour l’homme. Assez peu sauvage, il est trop souvent pêché pour sa chair et son huile mais surtout pour ses ailerons, qui font partie d’une recette de soupe très populaire en Chine. Face à la menace réelle de disparition de cette espèce parfois considérée comme « la plus mignonne » chez les requins, un programme de sauvegarde a été créé. Mené par le collectif international ReShark, ce projet baptisé StAR (pour Stegostoma tigrinum Augmentation and Recovery) vise à réintroduire des requins zèbres reproduits en aquarium dans le milieu naturel.

Véritable sanctuaire de biodiversité, les eaux du Raja Ampat, en Papouasie Nouvelle-Guinée, sont un véritable paradis pour les amateurs de plongée sous-marine. – A. Kydd/Solent News/Sipa

Cette mission de sauvegarde se fera avec la participation d’une dizaine de structures du monde entier. Seul représentant français, l’aquarium public Océanopolis de Brest enverra prochainement ses premiers œufs de requin zèbre en Papouasie-Nouvelle-Guinée pour tenter d’enrayer la chute vertigineuse des populations. « L’objectif est de réinjecter du sang neuf avec de jeunes individus mais en respectant la génétique. Il y a des sous-populations qui existent et il est important d’en conserver la diversité », explique Dominique Barthelemy, conservateur en charge du milieu vivant à Océanopolis. L’arrivée de ces bébés serait un joli clin d’œil à la légende du Raja Ampat. Ici, on raconte que quatre des sept œufs trouvés par une femme avaient éclos pour en faire les rois des principales îles.

C’est dans les eaux artificielles de l’aquarium du Finistère que des œufs sont en cours de développement. Pour y parvenir, les scientifiques ont organisé quelques rencontres entre des mâles et des femelles élevés en captivité. En 2013, Océanopolis avait été le premier site européen à y parvenir, ce qui lui avait permis de partager ses œufs avec d’autres aquariums. Cet instant magique avait même été filmé par les équipes, après vingt nuits à veiller sur la poche embryonnaire.

La différence cette fois-ci, c’est que les œufs d’environ 20 centimètres seront introduits dans les eaux turquoise de l’archipel de Raja Ampat, à plus de 12.000 kilomètres du Finistère. « Je ne sais pas si je pourrai faire partie du voyage. Je l’espère », glisse en rigolant le conservateur, avant de s’expliquer. « Ce sont des œufs donc ils n’ont pas besoin qu’on les tienne par la main pendant le voyage. Ils seront sans doute acheminés dans les soutes d’un avion ». Mais sans leur maman ? « Absolument. Les requins zèbres n’ont pas besoin d’être près de leur mère. Il n’y a aucun soin parental après la ponte. On peut même parfois constater une prédation des parents pour leurs enfants. » Mieux vaut quitter le coin sans tarder.

Le requin zèbre tire son nom des jolies rayures lorsqu’il est bébé, avant qu’il n’adopte sa robe définitive tachetée de points marron. – D. Charlet/AFP

Avant de faire voyager ses œufs de requin à l’autre bout du monde, Océanopolis a dû envoyer des prélèvements aux Etats-Unis et attendre le feu vert des autorités américaines. Un laboratoire a d’abord vérifié que les spécimens nés en Bretagne étaient « génétiquement compatibles » avec la population sauvage de l’archipel de Raja Ampat.

Les soigneurs de l’aquarium de Brest attendent maintenant une prochaine ponte pour faire voyager leurs bébés dans les airs et mieux aider la mer. « C’est notre mission de participer ainsi à la sauvegarde des espèces. Les requins sont menacés d’extinction dans cette zone. Leurs populations s’effondrent à cause de la surpêche. C’est dramatique car ça déséquilibre le milieu », rappelle le scientifique breton. Certaines espèces comme le requin-tigre sont parmi les seules à manger les tortues marines. « Si elles disparaissent, on pourrait voir leur population exploser et menacer les herbiers qui doivent être maintenus. C’est un équilibre naturel qu’il ne faut pas chambouler ».




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