La France est-elle prête pour la guerre en eaux profondes?

Aujourd’hui, 99% de notre activité numérique passe par des câbles sous-marins. À ce titre, notre ville voisine de Marseille est le 7e hub de l’internet mondial.

En 2024, un parc flottant éolien verra le jour en Méditerranée, dans le golfe du Lion, afin d’alimenter en électricité chaque année, via là encore des câbles sous-marins, près de 50.000 habitants. Aussi, le fond des abysses des zones économiques exclusives (ZEE) françaises, regorge de terres rares et de minerais qui pourraient être exploités dans le futur.

Une richesse à protéger

Pour protéger tout cette richesse contre des actes malveillants, la Marine s’est dotée d’une stratégie ministérielle en 2022 et la future Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 prévoit 104 millions d’euros dans le domaine. «  On est une puissance mondiale en termes de ZEE avec plus de 11 millions de km² mais une puissance moyenne en termes de budget. La guerre en Ukraine montre qu’il existe des domaines de lutte conventionnelle sur lesquels on doit faire des efforts comme le futur porte-avions nouvelle génération, analyse Patrick Chevalreau, chercheur associé à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris) et consultant international sur les questions de défense et de sécurité. Ceci dit, c’est déjà un progrès de reconnaître que les fonds marins constituent une menace. « 

La Chine et la Russie comme menaces

Dans l’enveloppe de la future LPM, sont notamment prévus, à l’horizon 2030, quatre robots aux fonctionnalités différentes capables d’atteindre 6.000mètres de profondeur (lire en page suivante). En attendant, le premier drone spécial grands fonds devrait être disponible seulement en 2026. « Tout cela n’est pas suffisant au vu de la taille de notre ZEE, affirme l’ancien responsable militaire de l’Otan. L’exploitation et l’exploration des grands fonds marins est l’un des axes de l’avenir de l’humanité. Au même titre que l’espace. »

« Le sujet est dans l’air depuis quelques années et la Marine s’en est emparée récemment, note Léo Péria-Peigné, chercheur au Centre des études de sécurité de l’Institut français des relations internationales (Ifri) Ce n’est pas un sujet d’aujourd’hui, c’est un sujet d’hier. »

Si le délai paraît si long, c’est parce que les autres puissances ne traînent pas. « On a une menace qui pèse sur l’Europe qui est la Russie et un compétiteur stratégique qui nous lance un défi qu’il faut prendre en compte avec la Chine », présente Patrick Chevalreau. Avant de développer: « Sur ces grandes profondeurs, la Russie a toujours été très forte. La Chine est en train d’apprendre à grande vitesse. À coups de développements technologiques et à coups d’investissements importants. »

Des procédures trop longues pour aller plus vite

Mais alors pourquoi attendre 2026 et 2030 alors que les risques et les menaces sont clairement identifiées? « Une part importante des délais vient des procédures d’acquisition, de développement et de certification du matériel militaire. C’est la charge de la Direction générale de l’armement. Elle est responsable d’appliquer un grand nombre de règles très complexes et pointues, ce qui peut prendre beaucoup de temps. »

Pour aller encore plus vite, avec encore plus de capacités, l’ancien officier général s’interroge: « Sur le plan capacitaire, est-ce qu’il n’y a pas des coopérations possibles avec un certain nombre de pays? Peut-être qu’une européanisation de la recherche et du développement sur les grands fonds marins est quelque chose dans lequel la France voudrait aller. Ce qui est certain, c’est qu’on a des intérêts spécifiques nationaux. »

En se dotant d’un drone en 2026 fabriqué à La Garde, la Marine souhaite être indépendante dans ce domaine.

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