Dans le sillage des objectifs de l’UE sur les métaux critiques et stratégiques, la France prépare actuellement le lancement d’un « grand inventaire» minier pour sonder les ressources du sous-sol français. Le temps presse, notent les experts.
Après l’Australie fin septembre, la France a signé le 12 octobre un accord de partenariat sur les métaux stratégique et critiques avec la Mongolie lors d’une visite à Paris du président mongol, Ukhnaa Khutelsukh.
Signataire de l’accord côté français, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), a déclaré que ce nouveau partenariat « doit permettre de construire différents projets d’intérêt commun permettant à la Mongolie de mieux connaître et valoriser ses ressources en métaux critiques ».
Les services français et mongol en ont profité pour mettre en route un projet de prospections satellitaires du lithium en Mongolie. Une aubaine pour le pays d’Asie centrale et pour l’UE, avide de diversifier ses fournisseurs de métaux critiques et stratégiques nécessaires à la réussite de sa transition énergétique et climatique.
D’autant que le tableau de bord 2021 de l’UE sur les métaux critiques et stratégiques montre que les États membres sont dépendants de partenaires extérieurs à hauteur de 75 % à 100 % pour leur approvisionnement.
Afin d’y remédier, la Commission européenne présentait en mars dernier son Critical Raw Materials Act (CRMA), qui cherche également à déployer une meilleure exploitation des ressources domestiques des États membres.
Rien que pour le lithium par exemple, la France disposerait de capacités identifiées suffisantes pour équiper plus de 700 000 à 950 000 voitures de batteries électriques par an pendant plusieurs décennies, soit un peu moins de la moitié des ambitions du gouvernement français de production de voitures électriques — 2 millions par an d’ici à 2030.
Néanmoins, le lithium seul ne suffira pas à assurer la transition énergétique française et européenne.
Fin septembre, le président français, Emmanuel Macron, annonçait donc le lancement à venir d’un « grand inventaire des ressources minières ».
Un inventaire minier complet à venir
Sur son sol, la France disposerait, entre autres, des ressources en nickel, cobalt, magnésium, cuivre, tungstène et en terres rares, mais aussi « plein de métaux mineurs nécessaires pour ajuster les propriétés des métaux critiques et stratégiques », a avancé Christophe Poinssot, directeur-général délégué du BRGM, lors d’une conférence de presse début octobre.
Dans le sillon des propos de M. Macron, M. Poinssot a aussi défendu le lancement d’un grand inventaire minier.
Le dernier du genre date du siècle dernier, nous apprend-il, précisant qu’il ne couvrait qu’une partie du territoire et de son sous-sol, sans réexamen des zones déjà forées.
« Les besoins à l’époque étaient moins importants », a-t-il expliqué. Seule une vingtaine d’éléments chimiques étaient recherchés, contre une cinquantaine aujourd’hui.
Actuellement, les autorités compétentes discutent du cadre spatio-temporel du futur inventaire. Le planning d’exercice n’est donc pas encore défini, mais des opérations pilotes ont déjà été lancées, a confié l’expert du BRGM, selon qui il faut « être prêt à aller le plus vite possible ».
Le temps presse en effet pour répondre aux objectifs européens. Déjà en juillet, M. Poinssot déclarait à Euractiv France que l’UE ne pourra jamais atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés dans son CRMA sans le lancement rapide de nouvelles mines.
Or, rien que l’inventaire, et seulement sur les régions « les plus pertinentes », prendra cinq à six ans, a-t-il confié, pour un coût d’une centaine de millions d’euros.
Et mises bout à bout — prospective, études d’impacts, autorisation, exploitation —, toutes les étapes avant l’ouverture d’une mine prennent jusqu’à 15 ans, « voire 17 ans pour le cuivre », a précisé M. Poinssot.
D’autres pays européens en avance ?
Au niveau européen, M. Poinssot s’est voulu plus rassurant, car « contrairement à la France, beaucoup de pays voisins n’ont pas arrêté leur industrie minière ».
Cette culture, combinée au respect plus accru des aspects environnementaux et sociaux de tels projets, pourrait permettre une acceptation plus rapide du retour de l’industrie minière en Europe.
« Personne ne peut contester la sensibilité environnementale réelle des Suédois ou des Finlandais par exemple. Ils ont pourtant réussi à maintenir et développer l’activité minière », a avancé l’expert.
Pour accélérer le mouvement, le CRMA prévoit de soutenir les programmes d’explorations à travers l’UE en rendant obligatoires une fois par an les mises à jour par les États membres des données sur les projets de matières premières critiques sur leur territoire.
En 2022, la base de données de l’UE dénombrait plus de 955 projets répartis dans 22 pays et portant sur 26 métaux critiques et stratégiques, nous confient les services de la Commission européenne — tout en précisant que l‘UE recueille ce type de données depuis 2018.
En outre, « les savoir-faire sont partagés au sein de EuroGeoSurveys qui rassemble les forces vives en Europe », a expliqué M. Poinssot.
Dès lors, nul besoin de développer un service européen similaire à l’US Geological Survey, qui concentre l’ensemble des activités minières des États-Unis, ajoute l’expert.
« Il vaudrait peut-être mieux demander aux trois plus grands observatoires européens des ressources minières [France, Allemagne et pays scandinaves] de coordonner leurs efforts et de partager leurs données, plutôt que de recréer ex nihilo un bureau européen », nous confie Philippe Varin, ancien patron d’industries, qui a rendu en janvier 2022 un rapport au gouvernement français sur les métaux stratégiques.
[Édité par Frédéric Simon]
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