« La lutte contre le crime a un temps de retard », estime Jean-Michel Verne, journaliste d’investigation invité du Monaco Press Club

Journaliste d’investigation, spécialisé dans les affaires criminelles, Jean-Michel Verne porte un patronyme qui invite à l’aventure. Celui de son arrière-arrière grand-père, Jules Verne. « C’est peut-être de là que me vient ce côté investigateur, d’aller voir derrière ce que l’on nous cache ».

Bon sang ne saurait mentir, aujourd’hui l’arrière-arrière petit-fils envisage d’enquêter aussi sur le romancier en se plongeant dans les archives familiales. « Il existe beaucoup de zones d’ombre, une contre-enquête sur Jules Verne, c’est un bon sujet, je suis dessus avec la volonté d’écrire un livre sur mon illustre aïeul, mais avec l’œil investigateur ».

Un basculement dans la violence

S’il était l’invité du Monaco Press Club, c’est justement que Jean-Michel Verne consacre sa vie professionnelle à investiguer. Pêle-mêle, il cite les grands dossiers sur lesquels il s’est penché dans la région: l’affaire Tapie à Marseille avec les comptes de l’OM ; l’assassinat de la députée Yann Piat à Hyères; « l’affaire Safra à Monaco qui a jeté un coup de projecteur étrange sur le Rocher, l’affaire Hélène Pastor qui a marqué un basculement dans la violence ».

Ou plus récemment, le démantèlement d’une organisation criminelle de trafic de stupéfiants, grâce à la collaboration entre les polices françaises et monégasques.

« Les gangsters et criminels de tous les pays ont compris l’attrait que présentait la région. Ils aiment le soleil et les jolies filles. Forcément ça attire. Il semblerait que la Principauté soit dans une attitude plus dure par rapport au crime organisé. Malgré tout à Monaco, n’importe qui peut mener un certain nombre d’activités avec couverture. Ce n’est pas facile de remonter un réseau. Le territoire est poreux, comme l’est le territoire français. Via les réseaux cryptés, vous pouvez monter un trafic de drogue en un après-midi, c’est très compliqué à suivre pour les policiers. La seule solution, c’est l’alliance de plusieurs polices entre elles ».

Nouvelle dimension

Une alliance qui a permis notamment le dévoiement du système de messagerie canadienne SKY ECC. « Nous entrons dans une nouvelle dimension par l’utilisation de ces messageries cryptées » souligne Jean-Michel Verne. « La grande majorité des utilisateurs de SKY ECC sont des criminels usant de téléphones qui disposent d’une application particulière qui se vendent entre 2000/2 500 euros, sous le manteau ».

La police française a réussi à cracker ce système en octobre 2020, « et va découvrir la Caverne d’Ali Baba du crime organisé avec toutes ces horreurs. Les criminels en question étaient persuadés que les messages étaient effacés quand ils les effaçaient de leur appareil, sauf que le serveur était hébergé en France et toutes les données sont restées dans le serveur. Sous l’impact d’Europol, on va découvrir des choses incroyables pour décrypter tout le système de fonctionnement du trafic de cocaïne en Europe et du trafic d’armes ».

« Ce qui marche, c’est la peur »

De nouveaux moyens dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, différent de la French Connection d’il y a un demi-siècle, avec la même violence. « Concernant le trafic de cocaïne aujourd’hui en Europe, l’emprise des organisations criminelles, notamment la mafia marocaine dans la zone Hollande/Belgique est effrayante à tel point que des ministres ou des membres de la famille royale ont été placés sous résidence surveillée, car menacés d’enlèvement. Rien n’arrête les criminels qui n’hésitent pas à faire pression. Ce qui caractérise le crime organisé, c’est l’intimidation. Quand la mafia tue, c’est une forme d’échec. Ce qui marche c’est la peur. Et la faculté des organisations criminelles à corrompre est la principale inquiétude, à tous les étages, du type qui livre des papiers à l’élu. En ce sens, la lutte contre le crime a un temps de retard ».

Face à la situation, Jean-Michel Verne qui signe, Procureurs en France, recueillant les témoignages de magistrats face à ces réseaux, voit une réponse judiciaire qui s’organise, notamment dans la région, « avec la nomination de magistrats très spécialisés, très compétents pour gérer le stock de procédures et contrecarrer les errements de la réforme de la Justice. Mais c’est un boulot de chien ».

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