Alors que la COP 28 touche à sa fin, sans mesure révolutionnaire face à une planète qui se réchauffe, l’agence de l’Eau vient de présenter son nouveau plan de bassin d’adaptation au changement climatique (PBACC) Rhône-Méditerranée. À travers des cartes de vulnérabilité (ci-contre), elle montre les risques qui pèsent sur ce bassin, « l’un des plus exposés au monde aux effets du changement climatique. » Les risques sont amplifiés dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et en particulier sur le littoral.
La baisse de la disponibilité en eau, déjà visible, est la principale menace. Elle va aller en s’accentuant et sera accompagnée d’autres phénomènes tels que la perte de biodiversité aquatique et humide, l’assèchement des sols, la détérioration de la qualité de l’eau entre autres à cause d’une hausse de température ou de pollutions, et des risques naturels accrus.
Réduire la consommation d’ici 2030
L’agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse (RMC) mise sur 30 défis à relever dans l’urgence, d’ici 2030, pour limiter les risques. En tête de liste vient la réduction de 10% des prélèvements en eau, tous usages confondus, du particulier à l’industrie en passant par les collectivités.
L’objectif est par exemple de moins 16% de prélèvements par les collectivités, et moins 15% par les acteurs économiques et industriels. Dans l’agriculture, les prélèvements sont maintenus à leur niveau actuel, car « le secteur a déjà réalisé 60% d’économies ces dix dernières années », souligne Nicolas Chantepy, directeur général par intérim de l’agence RMC. Cependant, l’effort des agriculteurs dans les prochaines années passera par la nécessité de compenser l’évapotranspiration des plantes, qui va augmenter de 20%, sans accroître leur consommation. D’où la nécessité de mettre en œuvre des solutions telles que le changement de cultures, l’agrivoltaïsme, ou encore une couverture des sols limitant leur réchauffement.
Apprendre à partager
« Il faudra engager de nouvelles démarches de partage de l’eau, à travers les Projets de territoires, insiste Hélène Michaux, directrice du département programme et interventions au sein de l’Agence de l’eau RMC. Déjà 65 sont engagés sur le bassin Rhône-Méditerranée, et de nouveaux territoires sont en cours d’identification. En Provence-Alpes-Côte d’Azur de nombreux bassins-versants sont concernés par ces enjeux de partage, sur la Durance ou le Verdon par exemple, mais également en Auvergne-Rhône-Alpes et sur le nord des Alpes. »
Des aides supplémentaires
Face à l’urgence, l’agence de l’eau RMC débloque 65 millions d’euros d’aides supplémentaires en 2024: 35 millions serviront à sécuriser l’alimentation en eau potable en réduisant les fuites dans les réseaux, notamment dans les communes ayant connu des tensions en 2022, comme en Provence Verte. 25 millions seront consacrés aux démarches de sobriété pour réduire la consommation. Le secteur viticole, l’hôtellerie de plein air, l’industrie, sont concernés. 5 millions iront à la préservation des zones humides. Par ailleurs l’État débloque 475 millions d’euros d’aides supplémentaires au plan national, dont l’affectation en détail reste à préciser.
En attendant, les collectivités vont pouvoir se pencher sur l’état de vulnérabilité de leurs territoires à travers les cartes fournies par l’agence de l’Eau. Tout doit être repensé dans l’urgence, y compris sans doute le renoncement à certains projets qui pourraient être désormais jugés trop nuisibles à la préservation de la ressource en eau.
Carte de vulnérabilité des territoires à l’enjeu d’amplification des risques naturels liés à l’eau.
Les centrales nucléaires aussi!
Elles sont de grandes consommatrices d’eau, entre autres pour refroidir les réacteurs. Elles devront participer à l’effort collectif de réduction de leur consommation d’ici 2030. Travailler en circuit fermé fait partie des études en cours.
L’irrigation n’est pas la panacée
Elle ne peut plus être présentée comme la solution unique en agriculture. Cela pourrait influer sur l’expansion de l’irrigation menée par le conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et la société du Canal de Provence. « Il est toujours plus facile de rêver à trouver une solution qui permet de continuer à travailler comme avant, par exemple en amenant de l’eau là où il n’y en a pas. Il faut une transformation de l’agriculture, maintenir la couverture des sols pour qu’ils se réchauffent moins et stockent plus l’eau, planter des haies ou adopter des cultures, moins consommatrices d’eau. Mais l’irrigation n’est pas l’alpha et l’oméga de l’adaptation au changement climatique », estime Nicolas Chantepy de l’agence de l’Eau, Rhône- Méditerranée. La vigne qui pouvait être considérée comme une culture chameau, ne l’est plus. Le vignoble varois fait l’objet d’un grand programme d’irrigation, comme l’oléiculture. Les innovations sur de nouveaux cépages vont moins vite que le changement climatique.
Le bassin Rhône-Méditerranée est l’un des plus exposé au niveau mondial aux effets du changement climatique.
Sols: En 60 ans, les sols se sont asséchés en moyenne annuelle, de +18% à +37%. À l’échelle mondiale, c’est un des secteurs où les sécheresses seraient les plus fréquentes et les plus marquées à l’horizon 2050.
Mer: L’élévation du niveau de la mer devrait continuer avec une hausse de 15 à 30cm d’ici 2050 et 30cm à 1,1m d’ici 2100.
Neige: Les chutes de neige ont diminué en moyenne de 10% en 60 ans et vont encore diminuer au profit des pluies, de 20 à 40% selon les secteurs d’ici 2050.
Cours d’eau: Les débits d’étiage vont continuer à baisser au cours des prochaines décennies, de l’ordre de 10 à 60% à l‘horizon 2050.
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