la perle des Antilles sombre dans la guerre des gangs

Les statistiques récentes sur la criminalité sont préoccupantes. À Haïti, en 2023, le taux d’homicide a atteint 40,9 pour 100 000 habitants, soit le double de celui de 2022. Bien que les gangs ne soient pas un phénomène récent, ils ont subi d’importantes transformations au cours des années. Le dernier rapport publié le 12 février par l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée révèle une augmentation significative de la taille et du nombre de membres des gangs, en particulier dans les zones métropolitaines comme Port-au-Prince, Delmas et Cité Soleil, comparé aux années 2000 et 2010. Le rapport souligne que les gangs les plus influents aujourd’hui n’existaient pas il y a dix ans et que de nouveaux groupes criminels apparaissent chaque semaine.

Les leaders de gangs, bien connus, ont souvent des antécédents dans les forces de sécurité ou les partis politiques d’Haïti. Ils bénéficient de l’appui, du financement et des contacts au sein de la police et du système judiciaire grâce à ces milieux. Ils disposent également de réseaux capables de trafiquer des armes lourdes et de la drogue pour des milliers d’euros. Ces gangs fonctionnent comme des entreprises sophistiquées, générant d’énormes profits. Leur principale source de revenus est le racket de protection et d’autres formes d’extorsion. Ils imposent une taxe en échange de la protection des activités commerciales et contrôlent des zones stratégiques telles que les ports de la capitale et les terminaux pétroliers.

« Cette semaine un bus a attaqué, il y a eu 14 morts. »

L’activité illégale est particulièrement lucrative pour les gangs. Les enlèvements, notamment, sont devenus un marché criminel majeur à Port-au-Prince et ses alentours, formant une « industrie » qui génère des millions de dollars annuellement. Les gangs imposent également des péages aux sorties des villes, affectant ceux qui doivent se déplacer pour le travail. « Les gens qui ont besoin de bouger pour leurs activités professionnelles, notamment les marchandises, sont obligées de payer pour pouvoir passer, alerte Ornella Braceschi, présidente du Collectif Haïti de France. Cette semaine un bus a été attaqué, il y a eu 14 morts. »

D’après plusieurs sources locales citées par l’UNODC, certains gangs se sont récemment orientés vers le trafic d’organes. Des témoignages recueillis durant une étude mentionnent des corps privés d’organes vitaux retrouvés dans les rues, à Port-au-Prince comme dans les zones rurales. Des hôpitaux ont confirmé certains cas, révélant que des gangs gèrent maintenant leurs propres cliniques, non seulement pour soigner leurs membres, mais aussi pour extraire des organes de personnes kidnappées.

« Il y a une très mauvaise gouvernance en Haïti, le Premier ministre n’a pas de légitimité, son bilan est calamiteux »

Les gangs opèrent avec impunité, confrontés à une force de police dépourvue de ressources. Ornella Braceschi dépeint la situation comme de la « guérilla urbaine » : « Ils sont dans les quartiers, ils connaissent tout alors que la police manque de formation, de moyens, d’équipements. » Elle relie cette situation à l’instabilité politique du pays depuis l’assassinat du président en 2021. Elle critique sévèrement la gouvernance en Haïti, soulignant le manque de légitimité du Premier ministre et l’absence de démocratie depuis un an.

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Ce qui ne devrait pas faciliter le travail de l’ONU, qui a décidé d’une mission internationale en novembre. « Les Haïtiens n’aiment pas du tout qu’une force armée intervienne chez eux, les missions onusiennes ont toujours apporté plus de problèmes qu’elles n’en ont résolus », résume la présidente du Collectif Haïti de France. Elle insiste sur la nécessité d’une approche globale, affirmant que tant que la communauté internationale soutiendra le Premier ministre actuel, le pays ne pourra pas résoudre ses problèmes. Elle souligne que la question de l’État et celle des gangs doivent être traitées simultanément pour parvenir à une solution durable.

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