On peut compter 94 sélections avec la Nouvelle-Zélande, être un double champion du monde de rugby (2011 et 2015), avoir évolué trois ans en Top 14 avec la Section Paloise, ou encore avoir remporté six fois le Tri Nations et le Rugby Championship, mais se réjouir comme un enfant du début de la Coupe du monde de rugby en France. Comme tous les fanas du ballon ovale, le Néo-Zélandais Conrad Smith, 41 ans, est impatient que le Mondial tricolore commence.
Pour Ouest-France, celui qui s’occupe désormais de défendre les intérêts des joueurs a évoqué depuis son pays la compétition à venir, comme le choc d’ouverture entre les Bleus et les All Blacks. Entretien avec l’un des meilleurs centres de l’histoire, à quelques heures de France – Nouvelle-Zélande.
Quel est votre regard sur le choc d’ouverture entre la France et la Nouvelle-Zélande ?
Cela devrait être un grand match. Mais, pour être honnête, il ne comptera pas pour celui qui gagnera le Mondial ensuite. Nous avons vu lors de la dernière Coupe du monde que l’Afrique du Sud a été championne après avoir perdu contre la Nouvelle-Zélande en poule. La compétition commence en quarts de finale. Et là, qui préférez-vous affronter ? L’Irlande, ou l’Afrique du Sud ? Je ne sais pas qui choisir ! Je pense qu’il faut juste profiter du match. C’est une superbe manière de commencer la compétition. Et, quelle que soit l’équipe qui gagne, elle se dira que perdre ou gagner ne compte pas tant que ça. Que ce qui compte, c’est ce qui se passera plus tard.
Quel bilan tirez-vous des derniers mois et de l’année néo-zélandaise ?
J’espère que c’est le début d’une grande année pour l’équipe. Nous sommes un petit pays, mais il y a beaucoup de fierté à voir les All Blacks être compétitifs à ce niveau. Le Rugby Championship (compétition qui rassemble l’Afrique du Sud, l’Australie, l’Argentine et la Nouvelle-Zélande) a été la meilleure préparation possible, avec de nombreuses positions confirmées côté joueurs ; les centres, Beauden Barrett en 15, les ailiers… Mais comme toujours, le Rugby Championship n’est pas la meilleure indication de forme dans une année de Coupe du monde. Les All Blacks jouent bien, mais le Mondial sera différent. Les Sud-Africains sont prêts, et je pense que les Australiens auront plus de mal, vu leur forme actuelle.
« Tout commence vraiment en quarts de finale »
La paire de centres Barrett – Ioane sera opposée à Gaël Fickou, accompagné de Yoram Moefana ou Jonathan Danty. Quel est votre regard d’ancien centre sur ce duel clef du match ?
Jordie (Barrett) et Rieko (Ioane) ont très bien joué ensemble. C’était important, à la fin de l’année dernière, d’être le premier choix. Ils ont bien démarré la saison, il fallait garder cette combinaison. Il peut évidemment y avoir des blessures (Jordie Barrett est justement incertain), et il y a des joueurs comme Anton Lienert-Brown qui peuvent sortir du banc, mais je pense qu’ils conserveront Jordie et Rieko, car ils ont très bien joué. Ils doivent juste continuer d’évoluer à deux, et ils combinent bien avec Richie (Mo’Unga, le demi d’ouverture) et Beauden (arrière). Ils sont forts, portent bien la balle. L’équipe est équilibrée maintenant, c’est important pour la Coupe du monde.
Que pensez-vous du niveau des All Blacks ? On semble avoir assisté en partie au retour de la Nouvelle-Zélande d’avant, celle qui gagnait tout.
J’espère ! Je pense que l’équipe est différente aujourd’hui. Ils doivent être différents, le jeu a changé par rapport à quand je jouais, quand on jouait. Mais j’ai aimé ce que j’ai vu en termes de jeu et de domination sur l’Afrique du Sud (il y a deux mois, au moment de l’entretien, victoire 35-20). Je parle de style de jeu. Je pense que le style des All Blacks est d’être rapide, de ne pas laisser la défense s’installer avec des passes après contact, de la vitesse de balle, une attaque constante. Et j’ai aimé voir cela.
J’ai aimé ce que j’ai vu en termes de jeu. Le style des All Blacks est de jouer rapidement, de conserver une grande vitesse, d’attaquer constamment. Il y a encore des choses sur lesquelles il faut travailler, la mêlée, la défense, les mauls… Même l’attaque et la technique. Le jeu n’offre plus autant d’opportunités. Contre la France, ils n’auront peut-être que quelques occasions. Il faut assurer la base. Et même après le premier match, les équipes progresseront, jusqu’aux quarts de finale, où tout commence vraiment.
« La France et l’Irlande ont les deux meilleures équipes »
On a le sentiment, après ces quatre années mitigées avec le sélectionneur Ian Foster, que les All Blacks ont moins de pression. Est-ce vrai, vous qui êtes en Nouvelle-Zélande ?
Effectivement. La pression sera sur la France et l’Irlande, deux équipes qui n’ont jamais expérimenté ça avant, c’est quelque chose que les deux pays devront appréhender. Bien sûr, ils « méritent » cette pression, car ils ont les deux meilleures équipes au monde en ce moment. Vous voulez être à ce niveau, toujours, mais ça amène de la pression. Une pression que ces deux équipes n’ont jamais expérimentée. Je sais combien ça peut être difficile pour l’avoir vécu en 2007, quand on a échoué. C’était difficile de gérer cela.
Mais pour moi c’est ce qui va rendre cette Coupe du monde excitante. Il y a beaucoup de bonnes équipes, et les meilleures équipes ne sont pas les habituelles favorites au titre. Cela va être un superbe tournoi, et honnêtement, je ne sais pas qui va gagner. J’ai hâte !
C’est potentiellement la Coupe du monde la plus dense de l’histoire, avec la France, l’Irlande, l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande en favoris, et des outsiders qui peuvent également gagner le titre.
À 100 %, sans aucun doute ! Il y a peut-être huit équipes qui peuvent se qualifier en demi-finales, on n’a jamais vu ça auparavant. Avant, quatre ou cinq formations étaient certaines de rallier les demies. Personnellement, je pense toujours que seulement trois ou quatre peuvent gagner le titre, mais pour les demies, je ne sais vraiment pas !
Pour conclure, quelle est votre opinion sur la France ? Vous y avez joué de 2015 à 2018, à Pau, à un moment où les Bleus n’avaient pas ce niveau.
Leur niveau est le résultat de beaucoup de bon travail, d’organisation. Je regarde les U20, vous avez gagné un nouveau titre, c’est maintenant excellent par rapport à quand j’étais en France. D’un seul coup, l’organisation a changé avec Fabien (Galthié, le coach des Bleus) et d’autres, pour amener les jeunes joueurs à jouer, pour les suivre… Quand je suis arrivé, ce n’était pas le cas et ça m’avait stupéfié, car en Nouvelle-Zélande nous faisons ça depuis longtemps, faire jouer et développer les jeunes.
Je pense que la France a compris que c’était un problème et a commencé à s’organiser. Un travail fabuleux a été fait par Fabien, avec une vue d’ensemble. Il développe des joueurs, a un staff autour de lui qui fait de même, et maintenant le système est comme il aurait dû être vingt ans avant (sourire). Mais ce n’est pas une surprise, il y a toujours eu du talent en France. Pour moi, la faiblesse de cette équipe reste l’inexpérience. Mais je pense que la France, lors de la prochaine Coupe du monde, devrait être inarrêtable. Pour celle-ci, je pense que vous êtes favoris, mais peut-être encore inexpérimentés. Même pour des Dupont, ce sera une première à ce niveau d’attente. Quoi qu’il en soit, je vous dis bonne chance (sourire)…
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