la sobriété est-elle une punition ?

Ce matin, la politique me fait penser à une boîte de nuit : deux salles, deux ambiances. D’un côté, les Nations Unies. De l’autre, le salon du Bourget, le grand rendez-vous du secteur aérien. A l’ONU, les spécialistes du climat confirment leur analyse : l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde. En France, en Allemagne, au Royaume-Uni, l’année dernière a été la plus chaude jamais enregistrée. 2,3 degrés de plus qu’à la fin du XIXème siècle. Déjà.

Au salon du Bourget, autre ambiance… Le secteur aérien est en pleine forme. Les commandes se multiplient. Emmanuel Macron arrive en hélicoptère. Dans le réservoir, du carburant en partie non fossile. Le chef de l’Etat défend les progrès de la technologie et la « bonne sobriété« , « raisonnable« , « non-punitive« , « partagée par tous« . Il l’oppose à une autre sobriété, « celle qui consiste à dire » : « Il faut tout arrêter« . Vive les gestes du quotidien, les efforts bien compris : éteindre la lumière en quittant la pièce, couper l’eau du robinet en se lavant les dents. Mais pas de sobriété « punitive« . Des incitations, plutôt que des contraintes. Que dit Emmanuel Macron encore ? « Je ne souhaite pas vivre dans un pays où l’Etat vous dit ce que vous devez faire à chaque seconde« .

Un puissant décalage

Entendez-vous le décalage ? Le choix des mots ? « Non punitif« , « raisonnable« . Comme si le risque était faire d’en trop… Mais une France avec quatre degrés de plus par rapport à l’ère préindustrielle, est-ce raisonnable ? Et des villes à 50 degrés l’été, n’est-ce pas punitif ?

Le chef de l’Etat ne veut pas brusquer les Français. Souvenir des gilets jaunes. Il faut y faire attention. C’est vrai, et c’est même indispensable. Quand des mesures sont mal calibrées, elles échouent. De nombreux Français vont devoir en même temps changer de chaudière, changer de voiture, changer d’habitudes. Ils ont besoin de soutien financier, beaucoup plus qu’aujourd’hui. Des explications, des aides, plutôt que des injonctions.

Mais ils ont aussi besoin que les dirigeants leur disent la vérité. Cette sobriété ne se résume pas à quelques aménagements. C’est un changement complet et urgent. Il faut appeler les choses par leur nom. Le réchauffement climatique est une catastrophe. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, juge notre réponse collective « pitoyable« . Il a raison.

Les progrès de la sobriété

En France, la sobriété progresse. Nous commençons à prendre de nouveaux réflexes, souvent pour faire des économies sur la facture. De son côté, l’Etat multiplie les plans, sur l’énergie et sur l’eau. Tant mieux. Il fait aussi évoluer la fiscalité. Bientôt, les billets d’avions seront taxés davantage. L’Etat cherche de l’argent, du côté des compagnies aériennes, comme du côté des autoroutes – le gouvernement étudie une nouvelle taxation des sociétés autoroutières. Le développement du train redevient une priorité. Tant mieux, là encore.

Mais la vision globale d’Emmanuel Macron a-t-elle changé ? Sur ce sujet, la sobriété, le chef de l’Etat continue, dans ses interventions, à opposer deux modèles : la croissance, d’un côté, celle qui devrait nous sauver, grâce à la technologie ; et la régression de l’autre, la sobriété de ceux qui voudraient « tout arrêter« . Ce discours-là ne mène nulle part. La sobriété est une condition de notre avenir. Rien de moins. Elle n’est pas, elle ne peut pas être une punition.


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