Brutal et viril le rugby ? Vous ne connaissez pas la soule, un sport pratiqué en Bretagne, mais également dans des régions de la Manche et dans d’autres pays celtiques depuis au moins le Moyen Âge. Elle réunissait des dizaines de joueurs et se terminait parfois par des morts…
Soule au pied
Difficile de remonter aux origines de la soule. Au XVIIIe, certains érudits attribuaient son invention aux Gaulois et, de fait, elle a été pratiquée dans la plupart des actuels pays celtiques bordant l’Atlantique. Les premières mentions écrites remontent au XIVe siècle et évoquent la « soule à pied », le mot soule venant sans doute du latin solea, sandale. L’historien et bénédictin, Louis Gougaud émet même l’hypothèse que cette « soule au pied » aurait donné le terme « football », rapporté chez eux par les soldats anglais lors de la guerre de Cent Ans. Rappelons d’ailleurs qu’on parle toujours officiellement de Rugby football et de football association (notre football moderne)…
Soule à la crosse
Au Moyen Âge, on évoque aussi le terme de « chouler à la crosse », c’est-à-dire de jouer à la soule avec des crosses ou des bâtons. Les joueurs se disputaient un ballon ou une boule à coups de crosse. On en voit un exemple, au XIXe siècle en basse Bretagne, sur une gravure de Perrin. Des hommes jouent avec leur penn-bazh, le bâton traditionnel breton. Cette pratique semble avoir cependant disparu assez vite en Bretagne et en Normandie, mais elle serait à l’origine du jeu de Lacrosse, populaire au Québec et sur la côte est de l’Amérique du Nord. Elle est, sans doute, la cousine des jeux traditionnels irlandais et écossais, le hurley et le shinty, toujours très populaires dans ces pays.
Tous les coups sont permis
La soule au pied réunissait des équipes issues de deux paroisses ou de regroupements de paroisses, devant une chapelle isolée. On pouvait compter plusieurs centaines de joueurs, comme, en 1888, entre Saint-Caradec et Trégomel en centre-Bretagne. Un ballon de cuir, bourré de filasse ou de foin, voire de sciure de bois, était utilisé. Nommé parfois « mellat », il pouvait aussi être huilé afin de le rendre glissant. Une personnalité locale le présentait aux joueurs en début d’après-midi. La soule était ensuite lancée entre les équipes et il s’ensuivait un extraordinaire pugilat. Alexandre Bouët raconte : « La soule a été lancée ! Tout à coup, les deux armées n’en font plus qu’une, se mêlent, s’étreignent, s’étouffent. À la surface de cet impénétrable chaos, on voit mille têtes s’agiter comme les vagues d’une mer furieuse, et des cris inarticulés et sauvages s’en échappent… » Il s’agit ensuite de rapporter la soule devant l’église de sa paroisse. La partie peut durer des heures, parfois après le coucher du soleil. Et tous les coups sont permis. On peut même ligoter
son adversaire ! Les fractures, voire les drames, sont fréquents, tant la passion pour ce jeu semble imprégner les Bretons…
Tragédies et interdictions
La brutalité de la soule provoquait des tragédies, comme à Pont-l’Abbé, où une cinquantaine de joueurs se seraient noyés dans les étangs à proximité de la ville au XVIIIe siècle. Dès le Moyen Âge, les autorités religieuses et administratives ont tenté d’en interdire la pratique. Au XVe siècle, l’évêque de Tréguier menaçait ainsi les « souleurs » d’excommunication.
Interdite par le Parlement de Bretagne en 1686, la mesure contre la soule ne fut guère appliquée, tant elle était populaire dans les villes, comme dans les campagnes, jusqu’à la fin du XIXe siècle. Sa pratique s’est ensuite réduite à certains cantons du Morbihan, particulièrement dans le pays de Guéméné.
Aujourd’hui, la soule n’a pas totalement disparu. Elle est encore régulièrement pratiquée par des passionnés, mais sans les excès d’autrefois !
À lire
Louis Gougaud, « La soule en Bretagne et les jeux similaires du Cornwall et du pays de Galles », Annales de Bretagne, tome 27, 1911.
Thierry Jigourel, Nicolas Ollitraut, Les Jeux bretons, Coop Breizh, 2016.
À voir
« La Soule », le film de Michel Sibra avec Richard Bohringer, Christophe Malavoy… En salle le 3 octobre aux Korrigans à Guingamp.
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