«La technologie est au service d’une inspiration»

CTB : Aujourd’hui, un maire doit s’intéresser à l’existant avant le neuf. Comment cela se traduit-il concrètement à Grenoble ?

Quelque 80 % de la ville de 2050 sont déjà là. L’enjeu majeur consiste donc à utiliser l’existant, à réhabiliter, à faire la chasse à la vacance dans tous les domaines… Nous avons monté une foncière commerciale pour racheter des pas de porte, créé un office foncier solidaire pour faire du BRS [bail réel solidaire, NDLR]. Au cours du mandat, nous allons aussi soutenir la réhabilitation des logements à hauteur de 28 millions d’euros. Alors, certes, on peut démolir si le plan urbain l’exige. Dans le cas contraire, mieux vaut réhabiliter. D’abord, parce que cela coûte moins cher qu’une démolition-reconstruction, ensuite parce que nous avons besoin de logements et, enfin en raison des conséquences environnementales.

CTB : Les acteurs de la construction sont-ils prêts à un changement de paradigme ?

Le monde de l’architecture doit encore bouger. Au-delà des questions financières, les élèves des Ensa ont, lors de leurs grèves au printemps, questionné les cours. Ils veulent apprendre à réhabiliter, à construire avec des matériaux biosourcés. Or, les grands architectes spécialistes de ces sujets sont peu nombreux. Nous n’attendons plus le grand geste architectural mais le professionnel capable de transformer un bâtiment existant ici, d’en rehausser un autre là, de boucher une dent creuse.

CTB : Comment appréhendez-vous l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) ?

La question foncière s’annonce comme l’un des sujets majeurs des vingt prochaines années. Entre le foncier agricole, l’espace naturel, le foncier économique et le logement, les concurrences sont féroces. Le ZAN vise d’abord à protéger l’agriculture, les espaces naturels, mais aussi à rationnaliser nos usages. A Grenoble, qui est déjà la troisième ville la plus dense de France, cela pose la question des réquisitions de logements vides, qui sont quelques milliers dans le bassin de vie.

CTB : Quid des friches ?

Une aide publique majeure est nécessaire. Sans cela, aucun acteur local privé ne peut prendre en charge les frais de dépollution, puisqu’il est quasiment impossible de faire payer le pollueur des décennies passées.

CTB : En tant que maître d’ouvrage, quels matériaux ont votre préférence ?

Nous essayons d’innover. Le bailleur social que j’ai présidé pendant six ans [l’OPH Actis, NDLR] a par exemple construit le plus haut bâtiment en bois de France. Nous recherchons à développer les filières courtes et biosourcées et, dans le même temps, nous restaurons la tour Perret dans le cadre d’un projet scientifique sur la rénovation des bétons armés. Ingénieur de formation, vous dirigez une ville où vivent de nombreux ingénieurs.

CTB : Quelle place doit occuper la technologie dans la transition écologique ?

Nous ne sommes pas techno-solutionnistes. Nous ne croyons pas pouvoir attendre que la technologie nous offre une solution : elle est au service d’une inspiration. C’est le cas du bâtiment autonome ABC conçu par Valode et Pistre et édifié par Bouygues Construction sur la Presqu’île grâce à notre SEM Innovia. Il permet à tous de gagner en expérience pour réaliser des immeubles qui consomment moins d’électricité et d’eau et qui produisent moins de déchets.

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