« La technologie reste très forte malgré la crise », d’après Gary Shapiro


Le séjour parisien de Gary Shapiro était particulièrement chargé cette semaine. Mais entre une rencontre avec la Première ministre Elisabethe Borne, un déjeuner avec l’ambassadrice des Etats-Unis en France et une prise de parole à l’occasion de l’événement FDDAY organisé par France Digitale au Musée des arts forains mercredi 20 septembre, le président de la Consumer Technology Association (CTA) a su trouver du temps pour échanger avec la presse française. À L’Usine Digitale, l’homme derrière le CES s’est confié sur les tendances qui se dessinent pour la prochaine édition de cet immense salon technologique, organisé du 9 au 12 janvier 2024 à Las Vegas, aux Etats-Unis. 130 000 participants y sont attendus.

L’Usine Digitale : Pour commencer, pouvez-vous rappeler ce qu’est le CES, le salon que vous organisez chaque année ?

Gary Shapiro : Le CES est le plus grand événement technologique annuel, au regard du nombre de personnes présentes. Réservé aux médias et aux personnes ayant un intérêt commercial dans la technologie, c’est un événement de grande envergure dont l’impact mondial est considérable. Plus de 40 000 personnes qui viendront en 2024 ne seront pas originaires des États-Unis. C’est pourquoi les quelque 3500 entreprises qui exposeront l’abordent comme s’il s’agissait d’un marché mondial.

L’accent est mis sur l’innovation, les progrès à venir. De nombreuses grandes entreprises du monde entier – plus de 60% des entreprises du classement Fortune 500 – seront donc présentes. Bien entendu, il y a des investisseurs, des acheteurs, toutes sortes d’entreprises intéressées à faire des affaires les unes avec les autres, mais aussi des universités qui présentent leurs technologies.

L’économie mondiale est depuis peu secouée par un essor considérable de l’intelligence artificielle dans de nombreux secteurs d’activité. Est-ce que l’IA aura une place de premier plan au CES 2024 ?

Oui, vous verrez de l’intelligence artificielle à travers de nombreuses entreprises qui présenteront la manière dont leurs services ou leurs produits changent grâce à l’IA, ce qu’elles offrent en la matière et pourquoi elles sont meilleures que d’autres. Nous verrons cela dans le domaine de la productivité des entreprises mais aussi dans celui des produits de consommation. C’est l’un des domaines qui se développent le plus rapidement au CES.

Quels autres domaines seront en vogue l’an prochain ?

De nombreux autres domaines de technologie seront importants. La santé sera absolument énorme. Idem pour les technologies de mobilité, avec de grandes entreprises automobiles qui présenteront leurs voitures électriques et autonomes, des scooters et des vélos électriques, des véhicules qui transportent les gens dans les airs, même des véhicules spatiaux.

On trouvera également des exposants dans les domaines de l’agriculture, la finance inclusive, la robotique, le divertissement avec la vidéo, l’audio ainsi que l’AR et la VR. Il y aura également beaucoup d’entreprises de cybersécurité ainsi que des tables rondes sur le sujet car c’est malheureusement un domaine en pleine expansion dans lequel les entreprises doivent à la fois développer et fournir des solutions.

Quelle place occuperont la French Tech et, plus largement, la France dans ce salon ?

Cette année, nous allons marquer notre histoire avec le pays en faisant intervenir sur la scène d’ouverture un PDG français, celui de L’Oréal. Il parlera de la façon dont l’entreprise est devenue une société qui ne se concentre pas seulement sur la beauté mais aussi sur la technologie en l’utilisant pour améliorer la vie de chacun d’une manière positive et inclusive.

La France aura un pavillon national, au même titre que les Pays-Bas, l’Italie, le Japon et la Corée du Sud par exemple. Le ministre Jean-Noël Barrot [ministre délégué chargé du numérique, ndlr] sera probablement présent, ainsi que des représentants de Business France, du label French Tech et de France Digitale. La France a donc une présence très significative dans cet événement mondial, notamment grâce à l’esprit d’entreprise et d’innovation français et grâce à la présence par le passé du président Macron lui-même.

La crise économique que nous traversons a-t-elle un quelconque impact sur le CES ?

Il est certain que certains segments du monde de la technologie subissent d’énormes pressions financières. Mais nous n’avons pas constaté de baisse en termes d’inscriptions ou d’exposants. Nos inscriptions ont au contraire augmenté de plus de 40%. J’ai discuté la semaine dernière avec mes collègues américains du monde des foires et salons et il apparaît que les grands salons ont moins souffert que les plus petits.

La particularité du nôtre, c’est qu’il comporte un grand nombre de catégories différentes et que, si l’une d’entre elles n’est peut-être pas florissante, d’autres le sont ou sont en train de naître. Même si la technologie a quelque peu perdu du point de vue des dépenses des consommateurs par rapport à la période Covid, elle reste très forte.

Les tensions croissantes entre les Etats-Unis et la Chine ont-elles un impact sur le nombre d’exposants chinois qui seront présents en janvier ?

La présence chinoise dans notre événement sera plus importante cette année mais elle reste nettement inférieure à ce qu’elle était en 2020, avant le Covid. Et ce, pour diverses raisons : la pandémie, l’état de l’économie chinoise peut-être et des questions géopolitiques qui échappent à notre contrôle. En janvier prochain, je pense qu’il y aura encore des restrictions et des règles que notre gouvernement a établies et nous les respectons.

Comment vous préparez-vous dans les derniers mois qui précèdent l’événement ?

Tout d’abord, il y a beaucoup de travail sur notre site web, l’application mobile et le système d’inscription. Nous avons déjà ouvert les inscriptions et, à ce stade, la plupart des choses sont en place, en particulier en ce qui concerne les grands exposants qui planifient parfois des années à l’avance. Il n’y a donc généralement pas de gros problèmes mais j’ai appris en 40 ans de métier qu’il y a toujours quelque chose qui nous surprend le dernier mois et auquel nous devons faire face.

Nous avons déjà des listes d’attente pour certains espaces d’exposition afin de remplacer les éventuels absents de dernière minute. Il y a donc toujours des choses à surveiller mais le salon a lieu cette année une semaine plus tard que l’année dernière et cela nous donne un peu plus de marge de manœuvre vis-à-vis du 1er janvier.

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