Le captage et le stockage du carbone sont devenus des éléments clés des objectifs de décarbonation du secteur pétrolier et gazier canadien, mais un nouveau rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) met en garde contre le fait de miser sur cette technologie alors que la planète continue de se réchauffer.
Dans un rapport publié jeudi, l’AIE, établie à Paris, estime que les sociétés pétrolières et gazières doivent commencer à « abandonner l’illusion » selon laquelle des quantités « invraisemblables » de capture de carbone sont la solution à la crise climatique mondiale.
Le captage et le stockage du carbone font référence à l’utilisation de technologies pour séquestrer les émissions nocives de gaz à effet de serre provenant des processus industriels et les stocker en toute sécurité sous terre.
Au Canada, le captage et le stockage du carbone sont devenus un pilier des objectifs de décarbonation du secteur pétrolier et gazier.
Les entreprises du secteur des sables bitumineux, par exemple, se sont regroupées pour proposer un projet de captage et de stockage du carbone de 16,5 milliards de dollars dans le nord de l’Alberta qui, selon elles, les aiderait à réduire à zéro les émissions liées à la production d’ici 2050.
Le gouvernement fédéral tente également de stimuler les investissements dans cette technologie coûteuse en promettant un crédit d’impôt pour les entreprises qui déploient des projets de captage du carbone. La législation visant à mettre en oeuvre le crédit d’impôt devrait être déposée d’ici quelques semaines.
Des « attentes excessives »
Cependant, si le rapport de l’AIE reconnaît que le captage du carbone est un outil important dans la lutte contre le changement climatique — en particulier lorsqu’il s’agit de compenser les émissions de secteurs qui n’ont pas de solutions de rechange viables — il met en garde contre les « attentes excessives » et la dépendance à l’égard de la technologie.
Le rapport indique que limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5 degré Celsius, l’objectif auquel la communauté internationale s’est engagée avec l’accord de Paris, nécessiterait que 32 milliards de tonnes d’émissions soient séquestrées par le captage du carbone d’ici 2050.
« La quantité d’électricité nécessaire pour alimenter ces technologies serait supérieure à la demande mondiale d’électricité actuelle », indique le rapport, qui ajoute que cette quantité de carbone capturé nécessiterait également une augmentation des dépenses mondiales consacrées à la technologie, qui passeraient de 4 milliards l’année dernière à 3500 milliards d’ici 2050.
Le rapport ajoute que les sociétés pétrolières et gazières doivent envisager de se diversifier dans les énergies propres plutôt que de simplement compter sur le captage du carbone pour les aider à maintenir le statu quo.
Plusieurs organisations mondiales, dont les Nations unies, ont affirmé que le captage du carbone à grande échelle serait essentiel si le monde voulait avoir une chance de gagner la bataille climatique.
Mais certains écologistes affirment que le secteur pétrolier et gazier se tourne vers la technologie qui lui permettra d’augmenter la production de combustibles fossiles alors qu’il serait préférable de laisser ces matières dans le sol.
« Ce rapport [de l’AIE] est un blâme retentissant à l’encontre de tous les dirigeants du secteur pétrolier canadien et politiciens, qui prétendent qu’ils peuvent simplement recourir à un système de capture du carbone financé par le gouvernement et poursuivre leurs activités comme d’habitude dans un monde qui s’éloigne rapidement du pétrole et du gaz », a souligné Keith Stewart, stratège énergétique principal de Greenpeace Canada, dans un courriel jeudi.
Toutes les solutions disponibles
Kendall Dilling, président du groupe industriel des sables bitumineux Pathways Alliance, a commenté que le captage du carbone n’est pas la seule technologie que les entreprises canadiennes explorent dans leur quête de décarbonisation. L’industrie des sables bitumineux s’intéresse également à l’hydrogène, à la géothermie, à la technologie des piles à combustible et même au potentiel de petits réacteurs nucléaires modulaires, selon lui.
Mais M. Dilling a ajouté que la géologie de l’Alberta est parfaitement adaptée à la séquestration du carbone et que le réseau fondamental de captage et de stockage du carbone proposé par Pathways Alliance pourrait capturer 10 à 12 millions de tonnes d’émissions de carbone chaque année.
« [Le captage du carbone] est la clé d’un avenir responsable pour de nombreuses industries, y compris le secteur pétrolier et gazier, qui doit continuer à fournir les produits et services dont le monde continuera à avoir besoin pendant des décennies », a indiqué M. Dilling.
Grady Semmens, porte-parole de l’International CCS Knowledge Centre — un groupe de réflexion établi à Regina qui vise à faire progresser le déploiement du captage du carbone — a expliqué que pour parvenir à des réductions mondiales à grande échelle des émissions tout en répondant à la demande croissante d’énergie, il faudra toutes les solutions disponibles.
Cela comprend le déploiement à grande échelle du captage et du stockage du carbone, a-t-il ajouté, mais les projets devront avancer rapidement afin de réduire efficacement le profil global des émissions du Canada.
« Ce n’est pas un fantasme, mais il faudra une collaboration sans précédent entre l’industrie, les gouvernements, les financiers et d’autres partenaires pour construire les projets [de captage du carbone] nécessaires à l’échelle massive et dans les délais courts requis pour respecter l’accord de Paris », a conclu M. Semmens.
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