L’Amicale des sociologues-anthropologues (Amisa) a organisé samedi, 17 juin 2023 dans les locaux du Centre de documentation et d’information juridique de la Cour d’appel de Cotonou, un café sociologique sur la cybercriminalité au Bénin. Une conférence-débat qui a permis de débattre des différents aspects et implications de la cybercriminalité. A l’issue des échanges, de pertinentes recommandations ont été faites pour une lutte efficace contre le fléau…
“Cybercriminalité : une logique de vie, une crise de sociétés“. Tel est le thème autour duquel se sont articulés les échanges au cours de ce café sociologique, organisé par l’Amicale des sociologues-anthropologues (Amisa). A en croire le président de l’Amicale, Darius Vegba, l’initiative vise à mobiliser les sachants qui peuvent débattre de la question tout en évoquant les opinions, les définitions, les relents du concept de la cybercriminalité. Ceci, dans l’optique de parvenir à des propositions susceptibles de renforcer la lutte contre la cybercriminalité au Bénin. Dans sa communication, le conférencier principal, Prof Hygin Kakai a fait savoir que la cybercriminalité n’est pas propre au Bénin même si l’on a de fortes raisons de s’alarmer au plan national. Selon lui, le concept, qui présente plusieurs facettes, renvoie à un rapport de force entre acteurs étatiques et des citoyens. Et de faire remarquer que le cybercriminel est détenteur de savoirs, de savoir-faire informatique même si malheureusement, il s’en sert à des fins d’escroquerie en ligne. Toute chose qui pose un problème d’éthique. Les espaces numériques sont donc devenus des espaces trompeurs, a-t-il déploré. Pour le Prof Hygin Kakai, pour apprécier, évoquer la cybercriminalité, il importe de recourir à une approche holistique du fait de sa complexité. Dans le fond, c’est comme une religion, argue-t-il pour démontrer que bon nombre de personnes ont foi en la cybercriminalité pour réussir leur vie. Si être cybercriminel reste un choix individuel, délibéré et conscient, il est parfois imposé par l’implication de l’individu dans un réseau. Contrairement à ce que pense le grand nombre, l’universitaire laisse entendre que “le cybercriminel n’est pas toujours un pauvre“, évoquant des cas illustratifs dans plusieurs pays occidentaux. A l’en croire, elle résulte de la recherche du gain facile plutôt qu’une conséquence de la pauvreté. Evoquant l’arrestation des policiers, censés mener la lutte, Prof Hygin Kakai souligne que la complicité reste un véritable handicap à la lutte. La cybercriminalité se révèle être un acte toléré et accepté par la société béninoise, déplore-t-il avant de faire savoir que parents et amis profitent des retombées de la cybercriminalité. Mais le plus important, selon l’universitaire, reste comment récupérer les cybercriminels après qu’ils aient purgé leurs peines de prison. Des échanges se sont poursuivis autour du profil, du mode opératoire, de l’éducation numérique à la citoyenneté responsable etc. Dans son intervention, Gouton Corneille, représentant de l’Office central de répression de la cybercriminalité a évoqué les modes opératoires des cybercriminels, les dispositions prises ainsi que les exploits réalisés quant à la traque des cybercriminels au Bénin. A l’issue des échanges, des recommandations pertinentes ont été formulées. Pour Darius Vegba, président de l’Amicale, il urge d’œuvrer au renforcement des capacités des acteurs de la lutte contre la cybercriminalité notamment les agents de police et acteurs de la justice. De ses explications, il ressort que ces derniers, au cours de leur formation, n’avaient pas été outillés sur la réalité actuelle de la cybercriminalité. D’où la nécessité d’actualiser leurs compétences et d’inscrire cela dans les formations, dans les curricula de formation, a-t-il précisé. Il a également souligné la nécessité d’intensifier la sensibilisation et de mettre l’accent sur l’éducation. “Nous insistons sur la question de l’éducation familiale. Si chaque parent réussit le pari de l’éducation de son enfant, en mettant en avant les questions de valeurs de la société, nous pensons que ce faisant, on peut significativement réduire le phénomène. Parce qu’en éduquant l’enfant, en le forgeant au respect des valeurs sociales, il va s’éloigner de ces déviances qui ont des relents et impacts économiques très importants et psychologiques aussi“ a fait savoir Darius Vegba. Il a, par ailleurs, rassuré que les recommandations seront transmises aux autorités compétentes.
A.B
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