La CAN-2023 des U17 confirme la tendance actuelle dans le football africain. Les pays qui ont investi dans la formation de leurs jeunes commencent à récolter les premiers fruits d’une politique qui ne pouvait que réussir.
C’est le sélectionneur des Lionceaux de la Teranga Serigne Saliou Dia qui lève le voile sur la bonne voie à suivre pour gagner les batailles de la relève du football de son pays. Celui qui a passé dix années en tant qu’entraineur de jeunes au Centre Aspire de Doha(Qatar) explique comment le Sénégal est arrivé à former autant de footballeurs et à devenir l’une des puissances africaines du football.
Ceux qui l’ont écouté lors de sa conférence de presse organisée après le franc succès d’Amara Diouf et ses camarades face à l’Algérie n’ont peut être retenu que « le plan idéal élaboré a forcé l’Algérie à buter sur notre stratégie » mais l’ancien international sénégalais a dit des choses encore plus intéressantes que les médias présents ont zappé par mégarde. Des propos réfléchis même si le contexte ne s’y apprêtait pour développer une telle réflexion.
« Il faut saluer le succès du Sénégal. On dit toujours en catégorie de jeunes que tu ne récolte que ce que tu as semé. L’essentiel c’est d’avoir d’excellents joueurs qui peuvent nous représenter tout au long de leur formation. Les joueurs que vous voyez aujourd’hui seront en U20 et il y’a deux ans ils composaient la majorité de la sélection U15. Actuellement chez les U20 ce sont pour la plupart des joueurs qui étaient U17 il y’a deux ans. Ce sont les mêmes coaches qui accompagnent toute une génération. », notait Serigne Saliou Dia très honoré de faire partie de ce « projet » initié par la FSF. «Cette continuité, c’est bon pour l’image du pays, pour la compétitivité, car ces joueurs accumulent ainsi de l’expérience. », estime encore l’ancien joueur de l’AS Douanes.
Cet entraineur a déjà fait ses preuves en étant derrière la médaille d’or remportée par les Olympiques du Sénégal aux Jeux Africains de Brazzaville en 2015, lui qui venait juste de remplacer Aliou Cissé promu chez les A.
Admirateur de Mourinho mais adepte de Wenger, ce technicien de l’INSEPS de Dakar a aussi dirigé les jeunes des clubs de Xam Xam et l’US Ouakam. Deux des nombreuses Académies sur lesquelles s’appuie le football sénégalais pour monter sur le toit de l’Afrique et, pourquoi pas, du monde dans une seconde phase.
Serigne Saliou Dia s’en félicite bien entendu que la fédération ait opté pour une telle dynamique, la seule en mesure de rehausser le niveau des jeunes footballeurs du pays.
« Nous avons désormais deux centres de préparation où les joueurs peuvent rester deux à trois mois à se préparer.», laisse-t-il entendre avant de souligner que « nous avons aussi d’autres grands centres de formation au Sénégal, à l’exemple de Diambars d’où est sorti Idrissa Gana Gueye, Saliou Ciss, ou encore Génération Foot qui a formé Sadio Mané, mais aussi notre capitaine des U17 Amara Diouf. C’est pour vous dire que nous avons des centres de qualité. ».
S’il n y a pas de place au hasard dans la réussite, la persévérance doit certainement être le secret d’une telle œuvre. Dia assure à cet effet que toute cette entreprise repose sur un réel projet.
« Nous avons aussi dans toutes les régions du Sénégal des écoles de foot, des éducateurs qui se battent pour former ces jeunes joueurs et nous qui sommes loin du pays, on est juste entrain de récolter ce travail. On s’appuie sur le travail de ces éducateurs. Moi par exemple, j’ai passé dix ans à Aspire, c’est à dire que je connais c’est quoi la qualité de la formation. ».
Et de convenir que le football sénégalais est sur les bons rails même si rien n’est encore terminé. « On est sur le bon chemin mais il y’a encore beaucoup d’efforts à fournir, on doit continuer et ne pas nous endormir. Si on ne continue pas ce travail ça va disparaitre. En football il n’y a pas de secret, seul le travail paie».
Ce que fait le Sénégal et d’autres pays africains sont entrain de l’accomplir. Il n’y qu’à voir les listes des 12 sélections présentes à cette CAN-2023 des « cadets » composées fondamentalement par des joueurs issus des Académies.
En Afrique du Sud mais également en Somalie de même qu’au Sud-Soudan dont l’équipe a été disqualifiée en raison de la présence de joueurs dont l’âge n’est pas conforme à la catégorie de cette compétition. A ce sujet, il faut saluer l’intransigeance de la CAF qui n’a pas voulu entendre parler des explications fournies par les sud-soudanais qui invoquaient le fait que ce soit les mêmes joueurs qui avaient participé aux qualifications zonales sans être inquiétés.
Un tel examen a poussé les fédérations dont les équipes devaient prendre part à cette CAN à prendre les mesures qui s’imposaient en examinant leurs joueurs avant de se déplacer en Algérie. Le président de la fédération sénégalaise s’exprimera sur cette question en précisant qu’il fallait mieux être prévoyant en prenant le soin de faire l’examen avant le départ en Algérie.
Interrogé sur la fiabilité d’un tel examen, le Dr. Yacine Zerguini dont le centre médical est agréé aussi bien par la CAF que par la Fifa a révélé que « l’IRM est imparable pour débusquer les éventuels fraudeurs. Celui qui vous dira qu’on peut savoir l’âge d’un joueur à partir de sa masse athlétique, son visage ou tout autre signe corporel vous mène en bateau. ».
Zéro fraude, l’ambition de la CAF
Il n’en demeure pas moins que certaines carrures de jeunes footballeurs suscitent des soupçons. L’entraineur algérien Arezki Remmane a trouvé en tout cas la parade pour justifier la déroute de son équipe face au Sénégal.
« Les Sénégalais nous ont bousculés grâce à leur gabarit, ce qui leur a permis de gagner les duels, chose qui a fait la différence dans cette rencontre. On avait l’impression de voir des cadets contre les seniors, tellement il y avait une grande différence de taille avec mes joueurs. Sur le plan tactique, nous avons fait ce qu’il fallait faire, mais la morphologie des joueurs sénégalais et leur puissance a pesé lourd. Je suis vraiment impressionné par cette équipe du Sénégal.», a estimé le sélectionneur des algériens certainement déçu par la tournure prise par une telle confrontation qui pouvait sceller la qualification de son équipe en quarts de finale.
Un objectif que les camarades de Younes Benali vont devoir chercher ce vendredi en croisant le Congo pas encore éliminé malgré sa défaite face au Sénégal et le nul que lui a imposé la Somalie. Avec treize joueurs évoluant à l’étranger, cette équipe du Congo est une autre preuve que le meilleur moyen de développer son football doit passer par un travail intramuros. C’est la même carence qui affaiblit les sélections de jeunes en Algérie, Remmane dut faire appel à 9 jeunes issus de l’émigration, soit plus du double du nombre retenu (4 exactement) lors de la Coupe arabe remportée par l’EN algérienne.
Le technicien algérien aurait subi des pressions pour faire venir un nombre aussi important de joueurs en formation dans les clubs européens (France et Espagne), au Canada et en Egypte. Lui qui pense que l’apport de la formation à l’européenne aux sélections de jeunes est insignifiant sur le plan compétitif.
C’est d’ailleurs l’avis du coach marocain Said Chiba qui n’a coché que trois jeunes pousses évoluant en Europe, à savoir, le milieu Adam Boufandar (Juventus, Italie) et les attaquants Othmane El Idrissi Errahali (Darmstadt, Allemagne) et Zakaria Ouazane (FW, Ajax, Pays-Bas). Il faut savoir que du trio en question seul Boufandar a disputé les deux premières rencontres en tant que titulaire à part entière, les deux autres ont été utilisés suivant les besoins de l’équipe. Un ensemble marocain composé majoritairement de jeunes issus de l’Académie Mohamed-VI(AMF) avec 9 éléments, l’AS FAR de Rabat et le FUS de Rabat (4 joueurs chacun). L’AMF a été créée en 2009 sur décision du roi du Maroc et qui a mobilisé à l’époque 13 millions d’euros pour l’édification d’un centre de formation pour servir de modèle sur le plan local et, à termes, international.
Une Académie confiée à Nasser Larguet, celui-là même qui s’occupera notamment des centres de formation de nombreux clubs en France (Rouen, AS Cannes, Strasbourg, Caen et Marseille), assisté par Pascal Théault, un des piliers de l’Académie JMG qui a lancé l’ASEC Mimosas.
En 2019, l’AMF signera une coopération technique avec l’O. Lyon, école connue pour avoir formé les meilleurs joueurs en France à l’exemple de Benzema, actuel capitaine et buteur du Real Madrid.
Un partenariat technique que la fédération sénégalaise a engagé avec des clubs français à l’instar du FC Metz dont l’investissement est récompensé par une « récolte » fructueuse en joueurs de qualité comme ce fut le cas de la promotion de trois jeunes de l’Académie Génération Foot de Dakar qui avaient brillé lors du CHAN et de la CAN-2023 des U20.
Faire comme le Nigéria
C’est de cette manière que le Nigéria, et un degré moindre le Ghana, a instauré son hégémonie sur le football mondial. Cinq fois champions du monde, les Golden Eagles ont fait la fierté de l’Afrique durant plus de trois décennies. Le travail mené dans les terrains vagues d’Abuja, Lagos et Ibadan a fini par payer.
Le Nigéria fait d’ailleurs partie des plus grands pays exportateurs de jeunes talents. Le produit made in Nigeria est très prisé en Premier League et les grands championnats européens, de même qu’en Chine et au Japon. Ceci sans que les Super Eagles, surnom de la sélection A, soient au sommet du football africain.
En effet, depuis le sacre de 2013 en Afrique du Sud le Nigéria a reculé dans la hiérarchie continentale. Son meilleur résultat ces dix dernières années fut cette demi-finale perdue contre l’Algérie en 2019 lors de la CAN disputée en Egypte.
Pour autant, le football nigérian est bien représenté en jeunes catégories et chez les féminines. Les Super Falcons ont remporté 11 des quatorze tournois africains depuis 1991. C’est la seule équipe africaine féminine à avoir réussi à atteindre les quarts de finale d’une Coupe du Monde(1999) qu’elle a disputée à 8 reprises. Les cadets-garçons (U17), eux, ont remporté deux CAN et, mieux, cinq Coupe du Monde (1985, 1993, 2007, 2013 et 2013) et furent trois fois finalistes (1987 , 2001 et 2009). Les U20 ont remporté, quant à eux, 7 Coupes d’Afrique (2 fois finaliste) et ont atteint la finale d’une Coupe du monde à deux reprises (1989 et 2005), le tout en douze participations. C’est la référence non seulement en Afrique mais à travers les cinq continents. Dans cette extraordinaire réussite, il y a une part de la nature, le morphotype des footballeurs nigérians(et africain en général) est exceptionnel et souvent les jeunes footballeurs issus de ce pays sont soupçonnés de fraude sur l’âge, mais c’est surtout le travail foncier qui est pour beaucoup dans la place qu’occupe le football nigérian dans le ranking mondial.
Le 1er mars dernier, studyabroadnations.com a recensé les dix meilleures Académies de football au Nigéria. Il s’agit de l’Académie de football Pepsi, l’Académie de football de l’État de Kwara (KFA), l’Académie de football de Barcelone, le Collège de football d’Abuja (AFC), l’Académie de football Midas (MFA), l’Académie de football Papilo (PNKFA), l’Académie Internationale des Sports, Edusko, Les Petits Tigres FC, l’Académie de football de Siaone et l’Académie de football Ayicrip.
Ce sont des projets qui coutent peu et rapportent beaucoup. C’est au départ à l’initiative d’anciens footballeurs que ces Académies sont lancées. C’est le cas de l’Académie de football de Siaone ouverte par l’ancienne vedette du football nigérian Samson Siasia. Le meilleur produit fourni par de telles institution nous vient de l’Académie football Pepsi qui a formé l’ex-international nigérian de Chelsea Mikel Obi. La nouvelle star mondiale du Napoli, Victor Osimhen, a quant à lui appris le football dans la rue avant de rejoindre l’Académie Ultimate Strikers. Son père, Patrick, qui rêvait de le voir devenir…médecin dut s’avouer vaincu en voyant son rejeton livrer des matches pieds nus dans les rues et terrains vagues de Lagos. Le rêve du petit Victor était plus grand et depuis qu’il a été découvert par le monde lors de la CM U17 de 2015 au Chili son étoile n’a jamais cessé de briller. C’est ce même rêve que font tous les jeunes des quartiers et bourgs déshérités en Afrique. Un rêve d’enfant qui ne demande qu’un minimum d’attention…
Le Sénégal et le Maroc couvent leurs pousses !
Ce n’est donc un secret pour personne si les deux premières équipes à réserver une place en quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations des U17 sont le Sénégal et le Maroc. Deux sélections qui ont fait le vide autour d’elles en se préparant sans faire de bruit. Car, au-delà d’une préparation à coup de tournois internationaux et de stages à l’étranger, c’est bien le travail de base qui est à l’origine de cette profusion de talents et de ces résultats encourageants. Un travail fait par des professionnels, d’anciens internationaux de surcroit.
L’entraineur marocain, Said Chiba, n’est que la vitrine de ce staff des Lionceaux de l’Atlas composé également de l’ancien portier Nadir Lemyaghri, mais également Aziz Massai, entraineur et formateur de gardien et technicien en analyse vidéo en poste depuis… 2014. Une longévité qui explique tout.
C’est, en effet, dans la durée que le vrai travail paie. Le choix de la ressource humaine étant essentiel, l’œuvre ne peut aboutir si elle n’est pas suivie d’attention et de patience.
Surtout lorsqu’il est question de la formation où l’erreur intervient à l’heure du choix sinon au moment où le travail réalisé n’est pas encore capitalisé. C’est un peu le drame de nombre de fédérations africaines qui croient toujours que le changement des hommes est la solution idoine à la bonne marche des projets. La Fédération algérienne de football, à titre illustratif, n’est jamais arrivée à conserver un staff technique chez les jeunes sélections plus de deux ans. Même pas un cycle olympique, en somme. Tous sont remerciés (comme s’ils avaient réussi !) à la fin de l’aventure de la sélection qu’ils dirigent lors des qualifications, la plupart du temps dès le premier tour.
Outre les limogeages à répétition, ces instances font preuve d’une négligence coupable en confiant des missions académiques à des intérimaires. Tewfik Korichi aura incarné le parfait exemple de cet intérim qui dure puisque l’ancien coach de l’USMA a dirigé la DTN au titre d’intérimaire sous Raouraoua, Zetchi, Amara et Zefizef. Ce n’est qu’en décembre 2022 que le poste de Directeur technique national a été confié à un permanent, Mustapha Biskri en l’occurrence. Korichi a assumé une responsabilité sans portefeuille et sans projet. Il a géré comme bon lui semblait. Les DTN qu’il a remplacés (Fodil Tikanouine, Rabah Saâdane et Ameur Chafik) n’avaient ni le temps ni les moyens de la politique exprimée par les présidents qui se sont succédé à la FAF. Au-delà des vœux pieux, ces derniers n’avaient en effet pas de projet pour le football algérien. Augustin Senghor et Faouzi Lekdjaâ, eux, ont suivi à la lettre la volonté des décideurs de revenir aux fondamentaux pour reconstruire une assise foudroyée par la fuite en avant que constituait l’apport massif des footballeurs binationaux dont la venue en sélection est conditionnée par un plan de carrière « hybride », la plupart d’entre eux n’optant pour le pays d’origine que parce qu’ils ont perdu espoir de faire partie de la sélection du pays de naissance…
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